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Publié par Hans Yoganand

Ruach, pneuma, spiritus, prana : dans des langues très éloignées les unes des autres, le souffle et l'esprit portent le même nom. De ce souffle qui anime toute vie, les traditions ont tiré une même intuition : une présence que La Voie spirituelle appelle le Saint-Nom, et que d'autres ont nommée Esprit-Saint, Shekhina ou vertu du Tao. Une présence qu'on ne fabrique pas et qui ne se comprend pas, mais qui se reconnaît.

Une veillée funèbres dans une hutte de l'âge du bronze, avec une famille réunie autours de la dépouille.
Du début à la fin le Saint-Nom accompagne la vie de l'Homme

 

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Qu'est-ce que le yoga originel ?
Une voie spirituelle à la source des traditions

 

Ce texte est inspiré d'un chapitre du livre :

"l'Expérience Fondamentale" PDF

 

Le Saint-Nom

Un nom qui ne s'écrit ni ne se dit

 

 

Ruach, pneuma, spiritus, prana : dans des langues très éloignées les unes des autres, le souffle et l'esprit portent le même nom. De ce souffle qui anime toute vie, les traditions ont tiré une même intuition : une présence que La Voie spirituelle appelle le Saint-Nom, et que d'autres ont nommée Esprit-Saint, Shekhina ou vertu du Tao. Une présence qu'on ne fabrique pas et qui ne se comprend pas, mais qui se reconnaît.

 

Un souffle, un nom

 

Dans des langues venues d'horizons très différents, un même mot a fini par désigner à la fois le vent et l'esprit ou âme. L'hébreu ruach évoque en même temps le vent, le souffle et l'esprit ou âme. Le grec pneuma porte le même double sens.

 

Le latin spiritus, d'où vient notre mot esprit, signifie d'abord souffle ; anima, d'où vient âme, désigne cet air vivant qui anime un corps. En Inde, prana nomme le souffle vital, et nirvana, littéralement, l'extinction de ce souffle, celui des passions et des attachements.

 

Ces mots n'ont pas la même histoire, et les traditions qui les ont forgés ne disent pas exactement la même chose. Mais ils convergent vers le même constat, avant toute doctrine : la vie se manifeste par un souffle invisible qui l'anime.

 

Avant les religions, avant les philosophies et les systèmes de pensée, il y avait des Hommes qui respiraient, qui voyaient un enfant prendre sa première inspiration, un vieillard rendre son dernier souffle, ou sentaient leur propre souffle s'accélérer à l'approche de la chasse ou face à un danger ; certains, peignant sur les parois d'une grotte, se servaient du souffle pour projeter leurs pigments. Ces Hommes connaissaient déjà, sans les nommer, ces instants où la respiration semble plus présente que les pensées.

 

C'est cette présence, celle qui accompagne le premier souffle et rejoint le dernier, comme elle accompagne toute la vie des Hommes, que La Voie spirituelle nomme le Saint-Nom, ou Shabda-Brahman.

 

Ce mot n'est pas pleinement satisfaisant, car le Saint-Nom ne peut ni s'écrire ni se dire ; d'autres traditions l'ont approché sous d'autres noms, la vertu du Tao pour Lao-Tseu, l'Esprit-Saint pour certains courants chrétiens ou la Shekhina pour la pensée juive. Le Saint-Nom porte en lui une paix, une béatitude indescriptibles.

 

Deux choses, pourtant, ne se confondent pas : il y a l'espace infini qui contient tout, ce que Jésus appelait le Royaume et que Lao-Tseu appelait le Tao, et il y a ce qui, en cet espace, se manifeste, agit, se laisse reconnaître : sa vertu, son Te, son Saint-Nom.

 

Le Royaume n'est pas une expérience ; c'est ce qui contient toute expérience. Le Saint-Nom, lui, est cette manifestation vivante, cette présence agissante seule à pouvoir se reconnaître directement.

Une paix qu'on ne fabrique pas

 

Un jour de vent, vous pouvez le vérifier vous-même : allongez-vous dans l'herbe et fermez les yeux. Écoutez le bruissement des feuilles, sans chercher à penser à autre chose. Au bout d'un moment, l'esprit retrouve son calme.

 

Une sensation apparaît dans la poitrine, comme une caresse, une paix simple, sans cause apparente. Vous ne la fabriquez pas. Elle apparaît dès que vous cessez de réfléchir.

 

Cette sensation, vous la connaissez déjà. On la retrouve dans l'amour, dans certains silences, lorsque le mental cesse un instant de commenter ce qu'il perçoit. On pourrait croire qu'elle dépend d'une situation, d'une personne, d'un événement. En réalité, elle est toujours là, en nous. Ce qui change, c'est l'attention que nous lui portons, la conscience que nous en avons.

 

Demeurer en cette présence, plutôt que la chercher ailleurs, est peut-être ce que Jésus disait à sa manière : « Si vous demeurez en ma Parole, vous êtes vraiment mes disciples, et vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous rendra libres. »

 

D'autres traditions encore ont nommé cette même manifestation autrement : Rita, l'harmonie fondamentale, ou Satnam. Les mots changent selon les cultures. La réalité qu'ils désignent ne change pas.

 

Ce Nom, précisément, n'a rien d'un mot. Il ne se prononce pas et ne s'écrit pas. Il s'entend, ou plutôt, il se reconnaît, comme on reconnaît un visage aimé avant même d'avoir cherché à le décrire. Un verset du Bhaktimàrga le dit en une phrase : « Le Saint-Nom ne peut se dire, l'écouter fait connaître la béatitude de l'harmonie fondamentale. »

 

On comprend alors pourquoi il est possible de parler d'une harmonie fondamentale sans toujours la nommer. Ce qu'on appelle une présence, un fond stable derrière l'agitation du mental, porte ici un nom : non pour l'enfermer, mais pour permettre d'y revenir plus directement.

 

Si Dieu, le Tao, l'Un pouvait parler, il est permis de penser que son seul commandement tiendrait en trois mots : « sois en Moi ». Non pas une règle de plus à ajouter à toutes celles que l'histoire des religions a accumulées, mais une invitation à rester conscient de ce qui, déjà, nous traverse et nous habite.

Vivre plutôt que discuter

 

Le mot vertu, ici, n'a rien de moral : il désigne une propriété, au sens où le thé a la vertu de tenir éveillé et l'eau celle d'hydrater. La vertu du Saint-Nom, elle, est d'ouvrir, de calmer, de faire ressentir la béatitude, l'amour transcendant.

 

Un texte attribué à Jésus, dans une version de l'évangile de Jean compilée par Edmond Székely, oppose la loi écrite à la loi vécue : « la loi est vie, l'Écriture est morte ». Cette phrase résume, à sa façon, une idée essentielle : la vérité qui compte se vérifie dans l'expérience de tout ce qui vit, l'herbe, l'arbre, le souffle, le corps lui-même, plutôt qu'elle ne s'apprend dans un texte, aussi savant soit-il.

 

Les discussions spirituelles tournent parfois à la tour de Babel. Chacun défend ses concepts, ses croyances, son vocabulaire, tandis que l'expérience à laquelle ils renvoient disparaît derrière les mots.

 

On discute de l'âme sans jamais s'identifier à elle, sans même s'arrêter pour être conscient de respirer ; on compare des doctrines sans chercher à vivre l'expérience. Le mental adore commenter la réalité ; il est beaucoup moins habile à s'y abandonner.

Une présence à portée de main

 

Reconnaître cette présence une fois ne suffit pas à s'y tenir. C'est pourquoi La Voie spirituelle propose une pratique régulière, une sadhana, dont l'une des techniques porte justement le nom de « technique du Saint-Nom ».

 

Elle ne demande ni de répéter un mot, ni de produire un état particulier : elle consiste à se rendre disponible à l'essentiel, à la paix intérieure toujours présents en soi, jusqu'à ce que cette disponibilité devienne plus naturelle que la confusion qui les cache le plus souvent.

 

Cette présence ne demande pas de s'asseoir en retrait du monde pour se manifester. Un luthier penché sur son établi, un ébéniste ajustant un assemblage, ou simplement quelqu'un qui lave sa vaisselle en silence : leur attention, leur délicatesse dans le geste peuvent déjà être une forme de reconnaissance du Saint-Nom, sans qu'ils aient jamais entendu ce mot. Ce que La Voie enseigne comme technique, d'autres le pratiquent sans le savoir, simplement parce qu'ils aiment ce qu'ils font et qu'ils le font bien.

 

On pourrait multiplier les comparaisons entre traditions, discuter des mots, chercher lequel est le plus juste. Mais cela n'ajoute rien à l'essentiel. Le Saint-Nom ne se comprend pas. Il se reconnaît, comme on reconnaît, dans l'herbe, un jour de vent, la même paix qui attendait, tout ce temps, qu'on cesse de la chercher ailleurs.

 

 

Si vous avez des questions, vous pouvez les poser ici :

madhyama.marga@gmail.com

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