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Publié par Hans Yoganand

Pourquoi revient-on, vie après vie, dans un monde qui nous fait connaître les mêmes joies et les mêmes souffrances ? Derrière l'image du cycle des réincarnations se cache un mouvement que l'on ne voit pas au premier regard : loin d'être une répétition sans fin, ce chemin façonne peu à peu une liberté qui n'existait pas au départ. Voici ce que le cycle des vies antérieures révèle vraiment sur le sens de notre existence.

Un disque microsillon symbolisant le cycle des réincarnations
Le samsara vous remène au centre du Tout

 

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Pourquoi se réincarne-t-on ?

Le sens caché du cycle des vies antérieures

 

Pourquoi revient-on, vie après vie, dans un monde qui nous fait connaître les mêmes joies et les mêmes souffrances ? Derrière l'image du cycle des réincarnations se cache un mouvement que l'on ne voit pas au premier regard : loin d'être une répétition sans fin, ce chemin façonne peu à peu une liberté qui n'existait pas au départ. Voici ce que le cycle des vies antérieures révèle vraiment sur le sens de notre existence.

 

 

Quand on parle du samsara, on parle du cycle des incarnations, de cette succession de naissances et de morts qui semble tourner sans fin. L'image de la roue vient naturellement. On naît, on vit, on désire, on souffre, on aime, on apprend, on meurt, puis une nouvelle incarnation commence.

 

À première vue, on pourrait croire que l'on tourne simplement en rond. Mais une roue possède un centre. Lao-Tseu disait que c'était ce centre de la roue qui donnait tout son sens à la roue.

 

À sa périphérie, le mouvement est rapide. Plus on se rapproche du centre, plus le mouvement diminue. Au centre lui-même, tout tourne autour d'un point qui, lui, ne bouge pas.

 

C'est ainsi que La Voie considère le samsara : non pas comme une répétition absurde, mais comme un immense mouvement qui a un sens. Nous tournons, certes, mais nous n'allons pas nulle part. Nous allons vers le centre.

La progression

 

Imaginez un disque vinyle. Lorsque vous posez la pointe du saphir sur le disque, elle entre dans un sillon. À première vue, elle semble tourner toujours autour du même centre. Pourtant, le sillon est une spirale. À chaque tour, la pointe s'est légèrement rapprochée du milieu. Voilà une bonne image du cycle des incarnations. À première vue, tout recommence : une nouvelle personne, un nouveau corps, une nouvelle histoire, de nouveaux désirs, de nouvelles joies, de nouvelles souffrances. Mais ce n'est jamais exactement le même tour.

 

Dans l'enseignement de La Voie, purusha (l'âme éternelle) se réincarne. Il passe d'une existence à une autre. La personne, elle, ne se réincarne pas. Son corps disparaît, son cerveau disparaît, son mental, sa mémoire personnelle, son caractère particulier disparaissent avec elle.

 

Mais purusha poursuit son voyage. Pourquoi ? Parce que l'incarnation lui apporte quelque chose. Elle lui apporte progressivement une conscience individuelle.

 

Au commencement, purusha vient de l'Unité. Il appartient à cette réalité première dont rien n'est véritablement séparé. Mais il n'a pas encore cette conscience individuelle pleinement développée qui permettra, un jour, un retour volontaire. Il faut donc le voyage. Il faut l'incarnation. Il faut l'expérience de la séparation.

L'individualité

 

Quand purusha s'incarne, il devient le noyau essentiel d'un être vivant. Autour de lui se constitue le jivatman, l'être individuel, l'âme incarnée, avec son corps, son mental, ses perceptions, ses désirs, ses peurs et son ego. Et l'ego joue ici un rôle essentiel. On parle souvent de l'ego comme s'il était uniquement un obstacle dont il faudrait se débarrasser le plus vite possible. Ce n'est pas aussi simple.

 

Sans ego, il n'y aurait pas de véritable conscience individuelle. L'ego permet de dire : « Je suis. » Grâce à lui apparaît progressivement la conscience d'être un individu distinct.

 

Cette séparation est d'abord très rudimentaire. Puis elle devient plus complexe, plus affirmée, plus consciente. Incarnation après incarnation, purusha gagne ainsi en individualité. Il ne devient pas davantage purusha. Il est purusha dès le commencement. Ce qu'il acquiert au cours du voyage, c'est la conscience de soi comme individu. Et cette conscience individuelle est nécessaire à quelque chose de fondamental : la liberté.

Le libre-arbitre

 

On ne peut pas véritablement choisir si l'on n'est pas devenu capable de dire « je ». On ne peut pas revenir librement vers l'origine si l'on n'a jamais été capable de s'en éloigner. Voilà pourquoi l'individualité a un sens. Voilà pourquoi l'ego a un sens. Voilà même pourquoi le long détour par le monde a un sens.

 

Le libre-arbitre ne tombe pas du ciel tout achevé. Il mûrit. Au début du long parcours des incarnations, l'être est surtout soumis aux impulsions de la vie, aux besoins, aux instincts, aux circonstances. Puis, progressivement, avec le développement de la conscience individuelle, apparaît la capacité de choisir.

 

D'abord entre une chose agréable et une autre. Puis entre l'immédiat et ce qui demande un effort. Puis entre ce qui flatte l'ego et ce que l'on sait juste. Et, finalement, entre le monde tel qu'il nous attire et le retour vers l'origine. Le voyage à travers le samsara rend cette liberté possible.

Le fils prodigue

 

La parabole du fils prodigue donne une très belle image de ce mouvement. Le fils vit dans la maison de son père. Il ne lui manque rien. Pourtant, il veut partir. Alors il quitte la maison. Il va dans le monde.

 

Il connaît l'indépendance, les plaisirs, les désirs, les enthousiasmes, les erreurs, les déconvenues. Il doit partir pour comprendre ce qu'était la maison de son père. Tant qu'il y vivait sans avoir connu autre chose, il ne pouvait pas véritablement mesurer sa valeur. Puis, après de longues pérégrinations, quelque chose mûrit en lui. Il comprend. Et il revient.

 

Mais le retour n'est pas un simple retour en arrière. Ce n'est pas le même fils qui revient. Celui qui revient a vécu. Il a connu le monde. Il a comparé. Il a choisi. Il revient de sa propre volonté. C'est là toute la différence.

 

Au départ, le fils était là sans avoir choisi. À la fin, il revient parce qu'il le veut. Voilà le sens du voyage. On retrouve cette même idée dans le logion 18 de l'Évangile selon Thomas : « Là où est le commencement, là sera la fin. Heureux celui qui se tiendra dans le commencement : il connaîtra la fin et ne goûtera pas la mort. »

La lila

 

La vie participe à cette maturation. La lila, le jeu divin de la manifestation, travaille l'être comme le courant d'un torrent travaille une pierre. Au début, la pierre est brute. Elle a des angles, des aspérités. Le courant la roule, la heurte, la pousse contre d'autres pierres. Elle pourrait croire, si elle pensait, que toutes ces secousses ne servent à rien. Pourtant, lentement, elle se polit. Ses angles s'adoucissent. Elle devient un galet. Puis, avec le temps, quelque chose qui était caché apparaît. Lao-Tseu disait que le sage, sous des habits grossiers, cache un trésor de jade.

 

L'existence fait ce travail. Elle polit. Elle confronte. Elle oblige à désirer certaines choses jusqu'à ce que l'on comprenne qu'elles ne peuvent pas donner ce que nous attendions d'elles. Elle nous fait poursuivre des plaisirs, des réussites, des possessions, des reconnaissances, jusqu'au jour où nous commençons à voir leurs limites. Ce n'est pas inutile.

 

Le fils prodigue devait connaître le monde pour vouloir revenir.

Le jivatman

 

Dans chaque incarnation, c'est le jivatman, l'âme incarnée qui se transforme. Le jivatman est cet être individuel constitué autour de purusha dans l'existence présente. Il possède un corps, un mental, une personnalité, un ego. Il apprend. Il se trompe. Il change.

 

Il peut devenir plus conscient, plus raisonnable, plus sattvique (du guna sattva), ou au contraire se laisser entraîner par le désir, l'agitation ou l'ignorance. C'est lui qui vit concrètement l'expérience de cette incarnation.

 

Purusha, au cœur de cet être, recueille à travers cette expérience ce qui participe à son individualisation. Ainsi, une incarnation n'est pas seulement une parenthèse entre deux naissances. Elle est une étape. Chaque existence contribue à former progressivement cette conscience individuelle qui, au terme du voyage, sera capable de choisir librement son retour.

Le karma

 

On parle souvent du karma comme d'une sorte de justice cosmique. On aurait fait de bonnes actions dans une vie, on serait récompensé dans la suivante. On aurait fait de mauvaises actions, on serait puni. La Voie ne voit pas les choses ainsi.

 

La personne qui naît aujourd'hui n'est pas la personne qui vivait dans l'incarnation précédente. Elle a un autre corps, un autre cerveau, un autre mental, une autre famille, une autre histoire. Pourquoi cette nouvelle personne devrait-elle payer les fautes d'une ancienne personne ? Cela n'aurait pas beaucoup de sens.

 

En revanche, une existence laisse des traces. Les expériences, les choix, les désirs, les habitudes de conscience produisent des samskara, des empreintes. Ce ne sont pas des souvenirs : elles ne portent ni image, ni nom, ni scène précise. Ce sont plutôt des orientations, des inclinations plus ou moins fortes vers telle ou telle qualité de conscience, que purusha porte avec lui sans avoir besoin de se rappeler d'où elles viennent. Tout cela participe à la maturation générale.

 

Il existe donc bien une continuité entre les incarnations, mais ce n'est pas celle d'une personnalité qui transporterait ses souvenirs et ses dettes d'une vie à l'autre. La continuité est plus profonde. C'est celle du chemin parcouru par purusha à travers les existences successives.

La qualité de la conscience

 

La Bhagavad-Gîtâ parle de shraddha, que l'on traduit souvent par « foi », et relie cette disposition intérieure aux trois guna : sattva, rajas et tamas. Sattva est lié à la clarté, à l'harmonie, à la raison, à la lumière. Rajas est lié au mouvement, au désir, à la passion, à l'ambition. Tamas est lié à l'inertie, à la confusion, à l'ignorance. Nous avons tous ces trois tendances. Mais elles ne sont pas présentes dans les mêmes proportions.

 

On pourrait dire que leur mélange constitue une sorte de génome de la conscience. Certaines personnes sont spontanément attirées par la vérité, le silence, la contemplation, la simplicité. D'autres sont davantage attirées par le succès, les plaisirs, le pouvoir, la reconnaissance. D'autres encore vivent principalement dans la confusion ou l'inertie. Il ne s'agit pas de juger.

 

Nous ne sommes simplement pas tous au même point du voyage. À mesure que les incarnations se succèdent, la conscience mûrit. Progressivement, sattva prend davantage de place. La capacité de discernement augmente. Et, avec elle, la liberté véritable. Car le libre-arbitre n'est pas simplement la possibilité de choisir entre une glace à la vanille et une glace au chocolat.

 

La véritable liberté consiste à pouvoir voir ce qui nous attire et décider pourtant de ne pas le suivre. Elle consiste à pouvoir discerner. À pouvoir choisir en connaissance de cause. Et, finalement, à pouvoir se tourner librement vers l'origine.

Pourquoi tant d'incarnations ?

 

Pourquoi purusha ne resterait-il pas simplement dans l'Unité, plutôt que de traverser tant de vies ? Parce qu'il y manquerait quelque chose : la conscience individuelle et la liberté que seul le voyage permet d'acquérir.

 

Au départ : l'Unité sans choix individuel. À l'arrivée : le retour à l'Unité par choix. Entre les deux : le monde, la séparation, l'ego, les désirs, les expériences, les erreurs, la maturation, la liberté et la sadhana.

 

Pendant très longtemps, cette maturation se fait à travers la seule lila. La vie suffit. Elle enseigne lentement. Elle fait naître les désirs puis montre leurs limites. Elle fait connaître le plaisir puis son caractère passager. Elle donne, reprend, recommence.

 

Purusha poursuit ainsi son long voyage d'incarnation en incarnation. Puis vient un moment où l'être est suffisamment mûr pour qu'une autre possibilité apparaisse : la conscience peut participer volontairement au retour. C'est là que commence véritablement la sadhana, l'ensemble des pratiques et des recommandations d'une voie spirituelle (màrga).

 

L'Observance de la sadhana ne sert pas à fabriquer purusha. Elle ne sert pas non plus à détruire toute individualité ; si toute individualité devait simplement disparaître, pourquoi aurait-elle été acquise au cours d'un si long voyage ? Elle permet à l'être devenu suffisamment conscient de mettre librement son individualité au service du retour. Il ne s'agit plus d'être emporté malgré soi vers le centre. Il s'agit de s'y tourner volontairement.

 

Quand on médite, quand on pratique les techniques, quand on sert, quand on revient à la conscience de la Grâce, on accomplit quelque chose qui n'était pas possible au commencement du voyage : on choisit. On choisit de revenir.

Le rôle de l'ego

 

Vient un moment où l'outil qui a permis le voyage ne doit plus devenir le maître. Le problème n'est pas que l'ego existe ; il a été nécessaire à l'individualisation. Le problème commence lorsqu'il prétend être tout ce que nous sommes. Il a servi à construire la conscience individuelle ; il doit maintenant permettre le choix, puis accepter de ne plus occuper toute la place.

 

L'être peut dire : « Je suis un individu. » Puis comprendre : « Je ne suis pas seulement cet individu. » Et finalement décider : « Je veux revenir à ce dont je viens. » C'est là que l'individualité trouve son véritable accomplissement, non pas dans l'affirmation éternelle de la séparation, mais dans la liberté de choisir l'Unité.

Le centre de la roue

 

Nous passons une grande partie de notre voyage à la périphérie. Nous courons après mille choses. Nous voulons posséder, réussir, être aimés, être admirés, voyager, connaître, expérimenter. Chaque désir nous promet quelque chose. Et chaque expérience nous apprend. Il faut parfois faire beaucoup de tours avant de comprendre. Le fils prodigue ne revient pas à la maison le lendemain de son départ. S'il revenait immédiatement, il n'aurait rien appris.

 

Il faut qu'il aille assez loin. Il faut qu'il épuise certaines illusions. Il faut qu'il comprenne par lui-même. Puis, un jour, le regard change. On comprend que ce que l'on cherche depuis toujours dans le monde ne se trouve pas sur la périphérie de la roue. Il faut aller vers le centre.

 

Alors la méditation prend son véritable sens. Le service prend son véritable sens. L'Observance de la sadhana prend son véritable sens. Ce sont les moyens du retour conscient.

 

Nous ne sommes plus seulement transportés par le courant de la lila. Nous coopérons. Nous choisissons. Et c'est précisément parce que nous pouvons choisir que le retour a désormais une valeur qu'il n'avait pas au point de départ.

Le retour

 

Le samsara n'est donc pas un immense détour inutile. C'est le voyage de l'individualisation. Purusha entre dans l'expérience de la séparation sans avoir encore la pleine conscience individuelle qui lui permettrait de choisir librement le retour à l'Unité. Il traverse les incarnations. Il connaît le monde à travers les jivatman successifs.

 

L'ego lui permet progressivement d'acquérir le sentiment d'être un individu. La conscience mûrit. Le discernement se développe. Le libre-arbitre apparaît. Et, finalement, vient le moment où purusha peut revenir à son origine en toute conscience et en toute liberté. Comme le fils prodigue.

 

La maison est la même. Le père est le même. Mais le fils qui revient n'est plus celui qui était parti. Il sait maintenant pourquoi il revient. Il ne demeure plus dans la maison parce qu'il n'a jamais connu autre chose. Il y demeure parce qu'il a connu autre chose et qu'il a choisi d'y revenir.

 

Voilà la Libération. Ce n'est pas simplement revenir au point de départ. C'est revenir au point de départ après avoir accompli tout le voyage. C'est retrouver l'Unité avec la conscience acquise dans la séparation. C'est rentrer chez soi librement. Et toutes ces vies qui semblaient tourner en rond apparaissent alors pour ce qu'elles étaient depuis le commencement : une longue spirale vers le centre, vers l'Unité.

 

 

Si vous avez des questions, vous pouvez les poser ici :

madhyama.marga@gmail.com

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