La spiritualité ne s’apprend pas dans les livres
On peut lire des centaines de livres sur la spiritualité, connaître les traditions, les concepts et les enseignements, sans jamais faire l’expérience spirituelle dont ils parlent. Comme un livre de cuisine ne nourrit pas celui qui a faim, les connaissances ne remplacent pas ce qui doit être vécu. La quête du bonheur essentiel, la conscience intérieure et la relation à l’âme commencent là où les explications ne suffisent plus.
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Un livre de cuisine ne calme pas la faim
On peut lire des centaines de livres sur la spiritualité, connaître les traditions, les concepts et les enseignements, sans jamais faire l’expérience spirituelle dont ils parlent. Comme un livre de cuisine ne nourrit pas celui qui a faim, les connaissances ne remplacent pas ce qui doit être vécu. La quête du bonheur essentiel, la conscience intérieure et la relation à l’âme commencent là où les explications ne suffisent plus.
On a toujours le choix de vivre sa vie ou d’y réfléchir. Certaines personnes croient être dans une démarche spirituelle parce qu’elles se plongent dans des livres pour y chercher des connaissances, des explications, des concepts.
C'est bien de lire des livres, même des livres parlant de spiritualité, toutefois, ce n'est pas suffisant : les livres peuvent vous inspirer, nourrir votre soif de vérité, mais aucun livre ne pourra jamais donner l'expérience de la spiritualité. Même une personne illettrée peut connaître le bonheur essentiel.
Ceux qui ont faim peuvent ouvrir des livres de cuisine, lire les recettes, les étudier, décortiquer chaque mot, chaque ingrédient, chaque manière de faire. Ils peuvent devenir incollables sur la cuisine sans jamais rien manger ; un livre de cuisine ne calme pas la faim.
Tout, dans l’existence, ne procède pas de la réflexion. Le mental est un outil merveilleux. Il permet de comprendre, d’apprendre, de comparer, d’organiser, de prévoir. Il est indispensable. Mais tout ne relève pas de lui.
Même l’amoureux le plus cérébral devra bien, à un moment donné, laisser « parler la bête » lorsque la personne aimée lui dira « oui ». Laissons le voile de la pudeur recouvrir cette scène, bien naturelle, mais intime.
Il en va aussi de la spiritualité comme de l’amour : il faut savoir laisser parler la bête. La spiritualité n’a pas vocation à rester une affaire de concepts, de raisonnements et de connaissances. Il faut aussi y prendre plaisir, la vivre.
L’Homme a des besoins fondamentaux : boire, manger, dormir, être en sécurité. Il porte aussi en lui un besoin supérieur : celui de la spiritualité, de l’approfondissement de sa conscience. Ce besoin se manifeste souvent par la quête du bonheur.
Ce n’est pas dans les choses matérielles que ce besoin de bonheur essentiel sera satisfait. Par ignorance, on confond souvent ce besoin supérieur avec le désir de posséder, d’obtenir, de réussir ou de jouir davantage.
Le plaisir est une bonne chose, le désir l’est moins. Un plaisir vécu simplement vient et passe. Le désir, lui, appelle souvent un autre désir. On obtient ce que l’on voulait, puis autre chose se présente. Ainsi, on continue à chercher dans le monde de quoi satisfaire une soif qui ne vient pas du monde.
Les désirs satisfaits ne comblent pas la soif spirituelle. L’insatisfaction persiste, sans que l’on sache toujours pourquoi. Alors on continue à courir après les choses, les situations, les plaisirs, les projets, en pensant que le suivant apportera enfin ce qui manquait au précédent.
Une précision en passant : il y a une différence entre le désir et le besoin, comme il y a une différence entre un désir et une envie. Quand je parle du désir, je parle de ce désir devenu attachement, que certains sages indiens comptent parmi les « afflictions » entravant la réalisation spirituelle.
« Les hommes, frappés de peur, cherchent refuge dans les montagnes, les bois, les jardins, les arbres ou les lieux sacrés. Mais ces refuges ne sont ni sûrs ni suprêmes. Ils n’offrent pas d’abri contre la souffrance. » (Dhammapada, 188-189)
« Les sens, tournés seulement au-dehors, font que les Hommes ne voient plus, n'entendent plus, ne sentent plus l'essentiel. Sans conscience intérieure, l'Homme devient fou. Le désir le pousse à des conduites qui lui nuisent, de là vient que le sage ferme ses yeux et se tourne vers l'intérieur, ainsi, il choisit avec sagesse ce qu’il prend ou ce qu’il laisse. » (Tao-Te-King, chapitre 12)
Cette course est vaine. Ce n’est pas dans les choses du monde, aussi belles et précieuses soient-elles, que le besoin fondamental de bonheur essentiel sera satisfait. Même l’amour des autres, celui d’un conjoint, des enfants, des amis ou des parents, ne peut combler cette soif-là.
Ces amours sont précieux, indispensables à l'équilibre de l'Homme et à son bonheur terrestre ; il est bon de les vivre et de les aimer pleinement. Mais ils appartiennent à un autre plan et ne peuvent donner ce qui relève de l’âme.
L’erreur ne consiste donc pas à aimer le monde, à profiter de ce qu’il offre ou à aimer les êtres qui nous entourent. Elle consiste à demander à ces choses ce qu’elles ne peuvent pas donner.
Le seul moyen de satisfaire cette soif est d’aller à la source du bonheur essentiel, c'est-à-dire à l'essence. Ce bonheur est spirituel. Il procède de l’âme. Si la soif vient de l’âme, c’est sur le plan de l’âme qu’elle doit être satisfaite. Pour cela, tournez-vous vers elle, pas seulement vers votre mental. Le mental peut vous parler de spiritualité, vous permettre d’en étudier les textes, d’en comprendre les idées et d’en discuter pendant des années. Mais connaître la recette n’est toujours pas manger.
Les connaissances livresques sont intéressantes et peuvent même être utiles. Elles peuvent montrer une direction, répondre à certaines questions, éviter certaines erreurs. Mais elles ne peuvent remplacer ce que donne une conscience tournée dans la bonne direction.
L’Homme n’existe pas sur un seul plan, mais sur trois. Il y a le plan matériel, celui du corps, de ses besoins et de ses instincts. Il y a le plan du mental, celui de la pensée, des concepts, des émotions, des sentiments et des connaissances apprises. Enfin, il y a le plan de l’âme, celui de la conscience profonde et de la vie spirituelle. Chacun de ces plans a sa place. Négliger l’un d’eux serait une erreur. Le corps doit recevoir ce dont il a besoin, le mental doit remplir sa fonction, et l’âme doit recevoir ce dont elle a soif.
On ne nourrit pas le corps avec des idées. On ne nourrit pas le mental avec de la nourriture. Et l’on ne nourrit pas l’âme avec des concepts. Il faut savoir ce qui, en nous, a faim, puis lui donner la nourriture qui lui convient.
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