Un guru, c’est quoi, en vérité ?
En France, le mot guru évoque souvent l’embrigadement, la manipulation et les dérives sectaires. Pourtant, dans la tradition spirituelle, le guru est tout autre chose : un maître vivant qui transmet les moyens de connaître par soi-même, guide le disciple dans la sadhana et l’aide à ne pas transformer la voie selon les préférences de son propre mental. Alors, qu’est-ce qu’un guru, en vérité, et pourquoi est-il nécessaire ?
Accueil / Le blog des satsang/La Révélation
Ce qu’il transmet, à quoi il sert et pourquoi un maître vivant est nécessaire
En France, le mot guru évoque souvent l’embrigadement, la manipulation et les dérives sectaires. Pourtant, dans la tradition spirituelle, le guru est tout autre chose : un maître vivant qui transmet les moyens de connaître par soi-même, guide le disciple dans la sadhana et l’aide à ne pas transformer la voie selon les préférences de son propre mental. Alors, qu’est-ce qu’un guru, en vérité, et pourquoi est-il nécessaire ?
Si les satsangs avaient des sous-titres, à la manière des chapitres de romans du dix-neuvième siècle, celui d’aujourd’hui s’intitulerait : « De l’utilité d’un guru ».
En France, le mot guru a mauvaise presse. Dans la langue française, on l’écrit généralement « gourou », mais je préfère ici conserver la forme sanskrite guru, parce qu’elle désigne une réalité traditionnelle bien différente de ce que le mot « gourou » évoque aujourd’hui dans l’imaginaire collectif.
Pour beaucoup de Français, un gourou est quelqu’un qui embrigade, manipule et profite de la faiblesse des autres. Cette image n’est pas apparue par hasard. Plusieurs scandales, particulièrement médiatisés à partir des années quatre-vingts, ont durablement associé ce mot aux sectes, aux escrocs et aux personnages mégalomanes.
Depuis, le mot est employé à toutes les sauces. On parle même de « gourou » en politique, en économie ou en informatique. Pourtant, dans la tradition spirituelle dont vient ce mot, un guru est tout autre chose.
Une interprétation traditionnelle du mot guru voit dans « gu » les ténèbres de l’ignorance et dans « ru » ce qui les dissipe. Le guru est ainsi celui qui aide à chasser les ténèbres de l’ignorance par la lumière de la connaissance.
Un chercheur comme Jean Varenne a très bien expliqué la place du guru dans les traditions de l’Inde, notamment dans son Dictionnaire de l’hindouisme. Mais un guru n’est pas nécessairement hindouiste. On retrouve cette relation entre maître et disciple dans différentes traditions du yoga, du bouddhisme, du jaïnisme, du sikhisme et ailleurs encore.
Un guru maîtrise une sadhana, c’est-à-dire un ensemble cohérent de pratiques et de recommandations constituant une voie spirituelle. Il enseigne ce qui est nécessaire pour que d’autres puissent, à leur tour, suivre cette voie. Il connaît le chemin parce qu’il l’a parcouru.
On peut apprendre beaucoup de choses sur un chemin en regardant une carte, en lisant les récits de voyageurs ou en étudiant sa géographie. Mais celui qui l’a parcouru sait où sont les passages difficiles, les fausses pistes et les endroits où l’on risque de se perdre. C’est là l’utilité du guru.
Il y a cependant une chose importante à comprendre : le guru ne peut pas donner la vérité au disciple comme on lui donnerait un objet ou comme un professeur lui transmettrait une leçon à apprendre. La vérité dont il est question dans la spiritualité n’est pas un ensemble d’informations.
Le guru peut enseigner les techniques de méditation qui permettront au disciple de trouver en lui cette connaissance non apprise. Il peut lui montrer où porter son attention et comment pratiquer. Ensuite, c’est au disciple de pratiquer.
Personne ne peut méditer à sa place, pas plus que quelqu’un ne peut manger à votre place lorsque vous avez faim.
La connaissance spirituelle véritable est intérieure, intime, vécue. Elle ne vient pas de l’accumulation des savoirs, mais de l’expérience directe. C’est pourquoi une voie spirituelle est d’abord une pratique, et une pratique individuelle.
Cela ne signifie pas que les livres spirituels soient inutiles. Les Upanishades, les Védas, le Râmâyana, la Bhagavad-Gîtâ, le Mahabharata, le Tao-Te-King, le Nouveau Testament, le Guru Granth Sahib, le Yogasûtra, les suttas, le Bhaktimàrga et tant d’autres textes peuvent profondément inspirer un chercheur ou un disciple.
Ils peuvent montrer une direction, encourager, éclairer, rappeler ce qui compte et parfois mettre des mots sur une expérience vécue dans la méditation. Mais un livre ne médite pas. Il peut décrire le goût du miel avec beaucoup de précision ; il ne peut pas vous le faire goûter.
Il peut parler de la vérité, mais il ne peut pas remplacer l’expérience de cette vérité. À mesure que la pratique s’approfondit, certains passages autrefois obscurs deviennent même plus clairs. On comprend alors de l’intérieur ce que l’on avait d’abord seulement compris avec l’intellect.
Lao-Tseu disait : « Connaître la loi éternelle, c’est être éclairé. Celui qui ne s’y soumet pas se perd dans la confusion et la souffrance. Celui qui connaît la loi possède la connaissance non apprise venue du Tao. »
Il disait aussi : « Avec peu de connaissances, on gagne la paix du Tao ; avec beaucoup de savoirs, on s’égare dans la confusion. »
Ce que les livres peuvent faire, c’est nous montrer la lune. Mais il ne faut pas confondre le doigt qui la montre avec la lune elle-même.
La connaissance dont il est question ici ne consiste pas à connaître davantage de choses. On peut connaître les différentes écoles du Vedānta, réciter des sûtras en sanskrit, avoir lu les principaux textes sacrés et connaître par cœur les doctrines des grands maîtres sans avoir fait un seul pas vers cette connaissance intérieure.
Inversement, quelqu’un peut ne connaître presque rien de tout cela et avoir une vie intérieure profonde.
Celui que les aryas avaient surnommé « Krishna », c’est-à-dire « le noir », parlait lui aussi de la connaissance comme d’une voie. Il disait : « Après avoir reçu la connaissance de la nature réelle de l’âme, l’initié peut maîtriser le mental, ce qui lui permet de se détacher du fruit de ses actes ; alors il goûte aux délices de l’harmonie de sa Grâce. »
Le guru connaît cette voie par expérience. Il peut donc en transmettre les moyens. Mais son rôle ne s’arrête pas à l’enseignement des techniques.
Une fois que le disciple connaît les techniques de méditation, il lui reste à vivre. Et c’est souvent là que les choses deviennent intéressantes.
Il faut travailler, parler avec les autres, prendre des décisions, supporter les contrariétés, agir, servir, se tromper, recommencer. Il faut apprendre à faire de la spiritualité autre chose qu’un moment particulier passé les yeux fermés.
La sadhana est précisément cet ensemble de pratiques et de recommandations permettant à l’expérience intérieure de trouver sa place dans la vie. Le satsang sert à guider le disciple dans cette Observance.
Le guru rappelle ce qui est essentiel. Il précise certains points de la pratique. Il répond aux incompréhensions. Il peut aussi montrer au disciple qu’il est en train de s’égarer alors que celui-ci est persuadé d’avancer. Et c’est probablement là que commence la partie la moins confortable de la relation avec un maître.
Pour celui qui veut réellement suivre une voie, il y a une différence importante entre un maître vivant et un maître disparu. Un maître disparu peut énormément inspirer. Ses paroles peuvent accompagner toute une vie. Mais il ne peut plus vous répondre. Il ne peut pas vous dire : « Là, tu n’as pas compris. »
Il ne peut pas vous faire remarquer que vous êtes en train de transformer son enseignement pour qu’il corresponde davantage à vos préférences. Il ne peut pas vous corriger lorsque vous êtes persuadé d’avoir raison. C’est peut-être aussi pour cela que les maîtres morts sont souvent plus faciles à aimer que les maîtres vivants. Il y a, en l’Homme, quelque chose qui n’aime pas beaucoup être contrarié.
Avec un maître disparu, on peut choisir les phrases qui nous conviennent, interpréter les autres et construire progressivement une spiritualité à notre mesure. Un maître vivant peut quelquefois nous rappeler que ce n’est pas à la voie de se conformer à nous. C’est à nous de marcher.
Certaines personnes préfèrent donc se fabriquer leur propre voie. Un peu de yoga pris ici, une méditation trouvée ailleurs, quelques idées bouddhistes, un peu de psychologie, une citation de Jésus, deux phrases de Lao-Tseu, quelques notions de Vedānta : chacun compose alors sa sadhana selon ses goûts.
Le problème n’est pas que ces éléments soient mauvais. Le problème est que celui qui choisit est aussi celui qui devrait être remis en question par la pratique. Le mental devient à la fois le disciple, le maître, le juge et l’arbitre de ses propres progrès. Comment pourrait-il facilement choisir ce qui le dérange vraiment ?
Une sadhana authentique n’a pas pour fonction de conforter notre ancienne identité. Elle permet peu à peu de la remettre à sa juste place. C’est ce que Jésus exprimait lorsqu’il parlait à Nicodème de la nécessité de renaître en esprit. Pour renaître à ce que l’on est véritablement, il faut que le « vieil homme » cesse peu à peu de gouverner notre existence.
C’est difficile pour la vanité, pour ce mécanisme que « Krishna » appelait le faux-ego. Si nous décidons nous-mêmes de tout ce que doit être notre pratique, il est très facile de conserver ce qui nous arrange et d’abandonner ce qui nous dérange.
Le guru sert aussi à cela : à empêcher que nous transformions progressivement la voie en reflet de nous-mêmes.
Il reste alors une question : comment reconnaître un vrai guru et le distinguer de celui qui ne fait qu’en prendre l’apparence ? Jésus disait : « Tu reconnaîtras l’arbre à ses fruits. » Quels sont donc les fruits d’un guru ?
On ne reconnaît pas un vrai guru à ses vêtements, à son titre, à son origine, à son charisme, au nombre de ses disciples ni aux histoires extraordinaires que l’on raconte sur lui. On le reconnaît d’abord à ce qu’il enseigne, à la sadhana qu’il transmet et aux fruits que cette pratique porte chez ceux qui l’observent.
Est-ce que cette sadhana rend le disciple plus conscient ? L’aide-t-elle à connaître intérieurement ce que les textes ne peuvent que décrire ? L’aide-t-elle à prendre de la distance avec son faux-ego, à trouver davantage de paix, de simplicité et de disponibilité au service ? L’enseignement porte-t-il vers l’intérieur ou vers la personne du maître ?
Voilà des questions plus utiles que de savoir si le mot guru nous plaît ou nous déplaît.
Certains viennent auprès d’un guru uniquement pour recevoir les techniques essentielles. Puis ils repartent et le guru n’entend parfois plus jamais parler d’eux, un peu comme le moniteur d’auto-école ne reçoit pas régulièrement des nouvelles de tous ceux à qui il a appris à conduire. On est alors assez loin de l’embrigadement.
D’autres restent disciples parce qu’ils ont compris que recevoir les techniques n’était que le commencement. La méditation permet de trouver en soi la connaissance non apprise. La sadhana permet de vivre en accord avec elle. Et le satsang aide le disciple à garder la direction tandis qu’il marche.
Voilà, finalement, à quoi peut servir un guru.
Si vous avez des questions, vous pouvez les poser ici :
madhyama.marga@gmail.com
#spiritualité, #Guru, #gourou, #Maître spirituel, #Guide spirituel, #yoga, #Yoga Originel, #meditation, #sadhana, #La Voie, #Hans Yoganand