Où a-t-on caché notre enfant intérieur ?
Les petits enfants ont souvent cette simplicité, cette vérité que les adultes semblent avoir perdues. Où se cache donc cet enfant intérieur, entre l'innocence du berceau et l'âge adulte ? Ce texte explore ce basculement, et ce qu'il reste possible d'en retrouver.
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Les petits enfants ont souvent cette simplicité, cette vérité que les adultes semblent avoir perdues. Où se cache donc cet enfant intérieur, entre l'innocence du berceau et l'âge adulte ? Ce texte explore ce basculement, et ce qu'il reste possible d'en retrouver.
Une question revient souvent dans les échanges que j'ai avec des personnes en recherche spirituelle, et je me suis aperçu qu'aucun texte existant n'y répondait vraiment : Comment expliquer que les petits enfants sont souvent des exemples de simplicité, de vérité, quand les adultes semblent avoir perdu leur innocence ? Ou, sous une autre forme : Que se passe-t-il quand les humains grandissent ?
C'est pourquoi j'ai écrit ce texte. Il y a de quoi se poser la question, au spectacle du monde tel qu'il apparaît à travers les écrans d'actualités. Quelle est donc la cause de cette différence entre les petits enfants et les adultes ?
Où vont l'innocence, la simplicité, la gentillesse, la tendresse, l'amour qu'il y a en l'Homme quand il est petit, et qu'il grandit ? Cette belle tournure d'esprit disparaît-elle avec le temps ?
Non ; je sais que non, car il existe une quantité innombrable d'adultes qui ont gardé cette gentillesse, cette simplicité, cet amour, cette générosité. Il est vrai qu'on n'en parle pas beaucoup et que cela ne se voit pas forcément sur le visage. Il est vrai aussi que la vie nous apprend à cacher notre bon fond de peur qu'il nous desserve.
Je regarde en moi et je vois que l'amour, la gentillesse, la générosité, la simplicité y sont présents, et je suis adulte. Je sais qu'au premier abord, cela n'est pas évident... peut-être que la vie m'a appris à le cacher, mais par peur ou par pudeur ? Je pencherais pour la pudeur. J'en conclus que ce doit être le cas chez beaucoup d'autres personnes, voire chez la majorité des gens.
La paix et l'amour sont universels, parce qu'ils viennent d'une source que les traditions nomment de bien des manières ; certains parlent du souffle de vie, de l'Esprit, de la force active de Dieu. Le fond de simplicité, d'amour et de gentillesse des petits enfants ne disparaît donc pas chez l'adulte. Alors, que se passe-t-il quand l'Homme grandit ?
La béatitude des origines
Quand l'âme vient de s'incarner, elle est encore baignée dans une forme de béatitude première ; une paix sans raison, que chacun a pu pressentir une fois, dans un instant de grâce dont on ne sait pas toujours dire d'où il vient.
Les traditions ont chacune essayé de nommer cet état d'origine. Jésus parlait du « Royaume » ; c'est le mot que je reprends ici, sous la forme « l'innocence du Royaume ». Lao-Tseu, de son côté, disait le « Tao ».
Dans les deux cas, il ne s'agit pas d'un lieu à part, mais de Dieu lui-même, ou, pour ceux que ce mot rebute, du Tout, de l'infinie Unité. Cette béatitude est le bonheur essentiel que donne la conscience de l'harmonie fondamentale du Tout.
L'âme vient de ce Royaume, pour s'incarner dans l'enfant que la mère porte en elle. Quand il naît, il reste encore baigné dans cette béatitude. Il n'y a qu'à regarder ces sourires qu'ont souvent les nourrissons quand ils dorment pour entrevoir ce que je veux dire. Puis l'enfant grandit.
En grandissant, ses sens se développent : d'abord l'ouïe, puis la vue, puis le toucher, en même temps que se perfectionne sa capacité à explorer son entourage par la maîtrise de son corps, de ses gestes et de sa locomotion. Plus ses sens et sa capacité à se déplacer se développent, plus sa curiosité le pousse vers le monde qui l'entoure.
Il va ainsi, grandissant au fil des mois et des années, de plus en plus porté vers l'extérieur, de moins en moins vers l'intérieur. La paix, l'amour, la simplicité de l'âme sont à l'intérieur de nous ; c'est là qu'il faut aller pour les trouver. Si l'on tend vers l'extérieur, les sens tournés vers le dehors, on perd la conscience de cet intérieur.
À partir de six ou sept ans
Jusqu'à l'âge de six ans environ, ou sept, l'enfant garde encore cette paix, cette simplicité. Le bébé vit dans l'instant présent. Plus il grandit, plus il entre dans le monde des sens tournés vers le dehors, plus il a un emploi du temps chargé : l'école, le calendrier, les vacances scolaires, les fins de semaine, et plus il s'éloigne de l'instant présent.
Il commence à se projeter au-dehors, et plus tard : « Quand je serai grand ! » ; il s'éloigne encore de l'instant présent. Or la vérité de la vie est dans l'instant, et plus on s'en éloigne, moins on la vit.
L'enfant grandit, va à l'école, où il apprend des mots, la manière d'en faire des phrases, et des connaissances enseignées. Avec les connaissances intellectuelles viennent les concepts, les avis que l'on se fait sur les choses et les gens, la vanité et tout ce que l'on croit savoir.
Plus l'enfant grandit, plus il devient adulte. J'ai eu du mal, pour ma part, à devenir adulte et je ne suis pas sûr d'y être arrivé tout à fait.
Le fond de l'âme reste toujours la paix, la simplicité et l'amour. Mais en grandissant, nous perdons le goût de l'instant présent. Ainsi nous finissons par nous identifier à notre personnalité, aux connaissances apprises, aux concepts, aux conditionnements, à l'atavisme familial, aux pensées. C'est ainsi que se perd la conscience de la paix, de l'amour, de la simplicité.
La retrouver demande un travail intérieur que peu de gens entreprennent. Ce travail commence par une remise en question de ses certitudes, et par se poser les bonnes questions, comme : « qui suis-je, au fond ? » « Quel est le but de la vie ? » « Qu'est-ce qui est vraiment important ? » « L'âme existe-t-elle ? Et Dieu ? » C'est le début d'une recherche de vérité.
À partir de l'âge de raison, sept ans environ, l'enfant s'éloigne de l'innocence, de cette béatitude, de l'instant présent. Il empile tant de choses par-dessus son identité profonde, que finit par disparaître, à ses propres yeux, ce qui faisait de lui un « petit enfant », comme disait Jésus.
Voilà ce qui se passe quand l'Homme grandit ; et voilà aussi, en creux, ce qu'un chemin intérieur peut aider à retrouver.
Si vous avez des questions, vous pouvez les poser ici :
madhyama.marga@gmail.com
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