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Publié par Hans Yoganand

Le chapitre précédent invitait à revenir au souffle, cette respiration que nous oublions sans cesse. Celui-ci va plus loin : que reste-t-il quand les pensées se taisent un instant ? Sommes-nous nos pensées, nos émotions, ou seulement ce qui les traverse ? Ce chapitre explore une question aussi simple que vertigineuse : qui regarde ?

Une source sur une mantagne de la Grèce antique, avec vue sur la mer et sur un ciel du matin.

 

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Aux sources de la spiritualité, 4

 

Ce qui regarde

 

Le chapitre précédent invitait à revenir au souffle, cette respiration que nous oublions sans cesse. Celui-ci va plus loin : que reste-t-il quand les pensées se taisent un instant ? Sommes-nous nos pensées, nos émotions, ou seulement ce qui les traverse ? Ce chapitre explore une question aussi simple que vertigineuse : qui regarde ?

 

 

Nous croyons souvent savoir ce qu'est la conscience, parce que nous sommes conscients.

 

Nous ouvrons les yeux le matin. Nous reconnaissons la chambre, le jour qui entre par la fenêtre, le bruit de la rue ou de la maison. Nous savons qui nous sommes, ce que nous avons à faire, ce que nous avons vécu la veille et ce que nous attendons du jour qui commence. Tout cela nous paraît naturel. Nous appelons cela être conscient.

 

Et pourtant, cette conscience mérite d'être regardée de plus près — non comme un état stable, mais comme une vision traversée, troublée par les mouvements de la pensée et les émotions.

 

Des pensées apparaissent, disparaissent, reviennent. Des souvenirs se mêlent à des projets et à des restes de rêves. Une inquiétude chasse une envie, une émotion colore un jugement, une image de soi vient se superposer au réel.

 

L'Homme ne voit pas seulement le monde ; il le commente. Il ne traverse pas seulement les événements ; il les interprète, les compare, les juge, les rattache à son histoire, à ses désirs, à ses peurs, à l'image qu'il a de lui-même. Cette activité est si rapide, si habituelle, qu'elle passe pour la conscience elle-même.

 

Mais est-ce vraiment la conscience ? Ou seulement ce qui la traverse ? Un ciel traversé de nuages n'est pas les nuages. Un lac agité par le vent n'est pas l'agitation de sa surface. Ce qui traverse la conscience n'est pas la conscience.

 

Nous disons : je suis triste, je suis inquiet, je suis en colère, je suis perdu. Ces phrases disent notre confusion. Une tristesse apparaît, une inquiétude passe, une colère monte — et aussitôt nous disons : c'est moi. L'identification commence là. Non dans l'existence des pensées, des émotions, mais dans le fait de s'y réduire.

 

Il ne s'agit pas de mépriser le mental. Sans lui, aucune vie humaine ne serait possible : il nomme, retient, prévoit, raisonne, choisit, oriente. Mais lorsqu'il occupe toute la place, l'Homme finit par croire que ce mouvement est son identité la plus profonde.

 

Le souffle, dans le chapitre précédent, montrait déjà une autre possibilité. Lorsque l'attention y revient, les pensées ne sont plus au centre de notre attention. Quelque chose se décale ; l'Homme voit qu'il peut être présent sans suivre tout ce qui traverse son esprit. Ce déplacement remet les choses à leur place.

 

Une pensée peut apparaître sans devenir un ordre. Une émotion peut se lever sans devenir toute la vérité. Un souvenir peut revenir sans monopoliser l'attention. C'est ainsi que commence une autre compréhension de la conscience — non comme la somme de nos pensées et de nos émotions, mais comme celui qui regarde.

 

Il suffit parfois d'un moment très simple. Une personne marche dans une rue, préoccupée par mille choses. Son attention revient au souffle. Le bruit des pensées ne disparaît pas, mais il perd un peu de son autorité. Les pas sont sentis. La lumière est vue. L'air touche le visage. Le monde cesse d'être seulement le décor d'une préoccupation.

 

Rien d'extraordinaire ne s'est produit. Et pourtant quelque chose a changé : celui qui regardait s'est, un instant, distingué de ce qui était regardé.

 

Cette disponibilité ne dépend d'aucune croyance, d'aucune doctrine, d'aucun mot particulier. Elle peut être reconnue par n'importe quelle personne capable de s'apercevoir qu'elle était perdue dans ses pensées, puis de revenir — au souffle, au corps, au monde, à ce qui est là avant que le mental ne le recouvre de ses images. Voir le mental ce n'est pas le combattre, c'est ne plus se confondre entièrement avec lui.

 

Beaucoup imaginent que la vie intérieure devrait faire taire les pensées, effacer les émotions, lisser la personnalité. Cette idée conduit à une lutte inutile. L'Homme ne cesse pas d'être humain parce qu'il devient plus attentif ; il continue d'avoir des pensées, des fragilités, des peurs et du désir.

 

La différence n'est pas que tout cela disparaisse. La différence est qu'il commence à le voir — et ce qu'il voit perd déjà une partie de son pouvoir. Il voit aussi, sous les pensées, une attention qui s'apaise. Il voit aussi, sous l'agitation mentale, la réalité d'une présence plus profonde et la vertu du silence.

 

Ce silence n'est pas vide — le chapitre 3 l'a montré. Ce souffle n'est pas une abstraction — le chapitre 4 l'a rappelé. Ensemble, ils ouvrent une première évidence : la conscience n'est pas seulement ce qui pense. Elle est ce qui peut être présent à la pensée, au corps, au monde et à la vie en train de se vivre.

 

C'est cette réalité que les anciens ont remarquée avant de l'expliquer — qu'il existe en l'Homme une confusion ordinaire entre ce qui était, ce qui est et ce qui sera toujours, entre les fluctuations du mental et celui qui les perçoit. Parfois l'Homme prend les nuages pour le ciel. Il prend l'agitation du lac pour la profondeur de l'eau. Il prend le bruit du mental pour la totalité de sa conscience.

 

Nous verrons, plus loin dans ce livre, que les plus anciennes traditions ont chacune donné un nom à celui qui regarde ainsi, sans se confondre avec ce qu'il voit.

 

 

Si vous avez des questions, vous pouvez les poser ici :

madhyama.marga@gmail.com

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