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Publié par Hans Yoganand

On veut tous être aimés. On veut tous être compris. Mais combien d'entre nous offrent ce qu'ils réclament ? Ce texte démonte ce piège à deux, propose un détachement qui n'a rien de l'indifférence, et retrouve, dans la pluie sur un toit ou le parfum d'un foin coupé, ce goût de l'instant présentle bonheur, loin d'être une conquête, se révèle être une présence déjà là.

photo d'un jeune homme, au milieu d'une foule, souriant, regard tourné vers le ciel

 

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Pourquoi l'amour qu'on attend nous échappe

 

On veut tous être aimés. On veut tous être compris. Mais combien d'entre nous offrent ce qu'ils réclament ? Ce texte démonte ce piège à deux, propose un détachement qui n'a rien de l'indifférence, et retrouve, dans la pluie sur un toit ou le parfum d'un foin coupé, ce goût de l'instant présentle bonheur, loin d'être une conquête, se révèle être une présence déjà là.

 

 

Tant de personnes veulent être comprises. Il y a une telle demande d'amour, une telle demande de reconnaissance. « Je veux qu'on m'aime. Je veux qu'on me comprenne. Je veux qu'on me voie tel que je suis. » Oui, bien sûr. Ce désir est humain, et même très ancien en nous. Mais comment demander aux autres ce que nous ne savons pas toujours leur donner ? Comment réclamer d'être compris quand nous ne prenons pas toujours le temps de comprendre les autres ? Comment demander à être aimés pour nous-mêmes quand, parfois, nous ne savons pas encore aimer les autres pour eux-mêmes ?

 

Tout le monde veut être aimé, tout le monde veut être compris, et souvent chacun reste là, dans son coin, comme une île déserte. Chacun voudrait que l'autre traverse la mer, vienne jusqu'à lui, et reconnaisse sa beauté cachée, sa valeur, sa blessure, son importance. « Regardez comme je suis une belle personne ; je mérite qu'on m'aime, qu'on me comprenne. »

 

Beaucoup de demandes, et peu d'offres. On dirait que certains ont été sevrés trop tôt — ces pauvres chats ! Mais cet amour qui manque, il faut qu'ils le cherchent ailleurs que chez les autres — car les autres le cherchent aussi. Ils ont soif eux aussi. Ils ont faim eux aussi. On ne demande pas à un affamé de partager sa faim pour satisfaire la sienne.

 

C'est une erreur de chercher l'amour, la paix et le bonheur chez l'autre comme s'il pouvait nous les donner. L'autre cherche lui aussi quelqu'un qui aurait trop d'amour, trop de paix, trop de bonheur, et qui serait prêt à lui en donner. C'est comme dans ces dialogues où tout le monde cherche à parler, à s'exprimer, à se raconter, et où personne ne veut écouter. Chacun attend de l'autre qu'il fasse ce que lui-même ne sait pas encore faire.

 

On entend parfois dire qu'il faut, pour s'élever, ne s'entourer que de personnes qui nous tirent vers le haut. C'est une belle idée, en apparence. Mais si tout le monde faisait cela, personne ne tirerait personne. Chacun resterait là, la main tendue, attendant qu'une autre main, plus forte, plus généreuse, plus lumineuse, vienne le hisser. Ce n'est pas ainsi que l'on trouve l'amour. Ce n'est pas ainsi que l'on trouve le bonheur essentiel.

 

Vanité, cruauté, injustice, mépris, indifférence, frustration, avidité : voilà les fruits de l'inconscience, quand nous attendons des autres ce que nous refusons de leur donner.

Le détachement véritable

 

Ne confondons pas le bonheur et la satisfaction passagère, pas plus que l'amour et le plaisir — même si les deux peuvent se rencontrer. Le bonheur dont je parle n'est pas seulement l'apaisement d'un désir. Ce n'est pas obtenir ce que l'on voulait, recevoir ce que l'on réclamait, être enfin reconnu par ceux dont on attendait la reconnaissance. Ce bonheur-là dépend encore trop des circonstances. Il dépend encore des autres. Il peut venir et repartir avec eux.

 

Le bonheur, c'est la parfaite satisfaction — non pas celle d'un désir comblé, mais cette paix stable qui vient quand la conscience retrouve, dans l'instant, sa source et sa juste direction.

 

La première chose à faire, pour trouver ce bonheur-là, c'est de se détacher. Mais se détacher de quoi ? Beaucoup pensent qu'il s'agit d'abord de se détacher des choses, des objets, du confort, de la possession, du statut social, de l'image que l'on donne. C'est vrai, ces attachements existent, et ils peuvent prendre beaucoup de place. Mais ils ne sont souvent que les feuilles extérieures.

 

Il faut bien comprendre une chose : le détachement n'est pas l'indifférence. Se détacher, ce n'est pas devenir sec, froid, fermé aux autres. Ce n'est pas cesser d'aimer. C'est cesser de demander aux autres de combler ce qu'on ne possèdent pas et qu'eux même ne possèdent pas. L'indifférence ferme le cœur ; le détachement le libère.

 

La personne qui veut mûrir intérieurement ressemble un peu à un artichaut. Elle retire une feuille, puis une autre. Elle se détache de ceci, puis de cela : de sa voiture, de sa maison, de ses vêtements, de son rang, de ses rêves, de l'idée qu'elle se fait d'elle-même dans le regard des autres. Elle avance ainsi, feuille après feuille, attachement après attachement. Cela peut prendre des années. Et plus elle approche du cœur, plus cela devient difficile.

 

Le père de tous les attachements, ce n'est pas l'attachement aux choses. C'est l'attachement à soi-même — ou plutôt à ce soi d'illusion que l'on prend pour soi. C'est l'attachement au personnage : cette image intérieure qui veut être aimée, reconnue, respectée, comprise, considérée à sa juste valeur. Voilà le grand attachement.

 

L'attachement est l'arme préférée de ce personnage. Il peut nous attacher à des choses grossières, visibles, matérielles — mais aussi à des choses plus subtiles : une image spirituelle de nous-mêmes, une idée de notre détachement, une manière d'être admirés pour notre renoncement. Il n'a pas peur que l'on arrache quelques feuilles extérieures, tant que l'on ne touche pas au cœur de l'artichaut.

 

Les attachements visibles sont comme des fusibles. On les fait sauter l'un après l'autre, et l'on croit avoir réglé le problème — mais le courant de l'illusion continue de passer ailleurs, plus profondément, dans l'attachement au personnage. Tant que celui qui dit « moi » reste à la surface des choses, ce personnage garde sa place.

 

À un moment donné, il faut cesser de réclamer d'être aimé, et essayer d'aimer. Non par devoir moral, non pour se donner une belle image, mais parce qu'en aimant, quelque chose se libère. Quand on trouve son bonheur dans le fait de donner, on devient plus facilement heureux — parce que donner ne dépend que de nous. Recevoir dépend toujours des circonstances, des autres, de leur disponibilité, de leurs propres blessures. Donner, lui, peut commencer maintenant.

Recevoir en donnant

 

En donnant, nous comprenons que nous ne sommes pas les maîtres de l'amour. L'amour passe par nous, et nous en sommes les premiers bénéficiaires. Plus on donne, plus on reçoit. Quand on veut recevoir à tout prix, on reçoit rarement. Mais quand on laisse passer l'amour, quand on cesse d'en faire une possession personnelle, on découvre qu'il ne manque pas.

 

Nous ne sommes pas les créateurs de l'amour. Nous en sommes les bénéficiaires et les serviteurs — nous le recevons, et nous le redonnons à ce qui nous le donne. Cette reconnaissance-là est déjà, en elle-même, une forme d'amour.

 

Le soi que nous croyons être n'est pas notre être véritable. Plus on se rapproche du centre, plus on voit que les attachements visibles cachaient autre chose. Ce que nous défendions n'était pas seulement nos possessions, nos habitudes, nos idées — c'était le personnage lui-même : celui qui veut être aimé, reconnu, qui veut exister dans le regard des autres.

Le goût de l'instant

 

Le bonheur, c'est la parfaite satisfaction. Quand nous sommes pleinement conscients, que nous voyons, entendons, sentons pleinement, sans rien demander d'autre, alors quelque chose remonte : une paix ancienne, une simplicité, une joie sans objet.

 

Tandis que j'écris ce texte, il pleut. Mon bureau est sous le toit et j'entends la pluie tomber. C'est étrange, parce que cette pluie qui tombe ce soir est exactement la même pluie que celle qui tombait, quand j'étais enfant, sur la toile d'une de ces grandes tentes collectives où je dormais en colonie de vacances. Le même bruit doux, régulier, enveloppant.

 

C'est aussi le bruit que faisait la pluie sur ma voiture, quand je vivais dans les Landes, dans le Sud-Ouest de la France, et que je m'y abritais. La pluie tombait sur la carrosserie, et c'était le même bruit. Tous ces moments, dont la pluie me fait me souvenir, sont pareils à celui de maintenant. C'est le même instant — avec le même goût, la même présence.

 

De temps en temps, c'est le parfum du foin coupé dans l'air chaud d'une fin d'été qui ressuscite  le présent. On marche au bord d'une route, il fait chaud, on longe un pré fauché et, tout à coup, un petit vent se lève, et ce parfum vient à nous : c'est l'été qui souffle son haleine de foin coupé, le même parfum que celui que l'on sentait, enfant, en marchant au bord d'une route d'été.

 

Ces instants-là, on ne les fabrique pas. Ils viennent nous visiter, font remonter à surface cette paix parfaite. Il suffit d'être disponible pour en profiter — de l'accueillir plutôt que de l'exiger. Au fond de chacun, il y a cette intuition de la Grâce, qu'on l'appelle providence, synchronicité, ou simplement chance — c'est elle qui vient et nous bénit pour peu qu'on sache la recevoir.

 

Le goût de ces instants est le même. C'est le goût du présent — ce parfum, ce bruit de pluie, cette chaleur, cette lumière, cette simple présence à ce qui est. Tout cela nous rappelle quelque chose que nous connaissons déjà. Ce n'est pas seulement un souvenir : c'est le goût de cette paix qui nous habite depuis toujours, et que nous oublions si souvent, ne sachant plus où la retrouver.

 

C'est le goût de cet état d'être où l'on est pleinement satisfait, où l'on n'a besoin de rien de plus, où l'on n'a plus peur. La paix dans l'instant présent, cette satisfaction sans peur — voilà la perfection. Elle n'est pas ailleurs, elle n'est pas dans un monde lointain. Elle est là, dans cet instant pleinement vécu, quand la conscience cesse de courir après ce qui manque et reconnaît ce qui est donné.

 

Je me souviens, enfant, le bonheur était tellement organique, animal, parfait et simple. Juste vivre, voir, entendre, sentir, ressentir — et j'étais en plein délices. Il n'y avait pas besoin de construire une théorie du bonheur, pas besoin d'attendre que le monde donne sa permission. Le bonheur était là, dans le corps vivant, dans la lumière, dans les bruits, dans les odeurs, dans l'instant toujours reconduit.

 

Quand le corps, l'esprit et l'âme sont en accord avec l'instant, ce bonheur essentiel remonte à la surface de notre conscience. Ce n'est pas un bonheur fabriqué, ni une récompense. C'est ce qui apparaît quand l'agitation se calme, quand l'esprit cesse de réclamer, quand ce personnage en nous cesse un instant de vouloir être nourri par le regard des autres.

 

Nous croyons souvent qu'il faut tant de choses pour être heureux : être aimé, compris, reconnu, considéré, rassuré — que les autres nous donnent enfin ce que nous attendons d'eux. Alors le bonheur devient rare, presque impossible, parce qu'il dépend de trop de conditions. C'est en partie l'effet d'une société de consommation qui voudrait nous faire croire qu'il faut toujours plus de choses pour oser envisager le bonheur. Mais c'est aussi notre manière de chercher le bonheur là où il ne se trouve pas.

 

 

Si vous avez des questions, vous pouvez les poser ici :

madhyama.marga@gmail.com

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