L'animal suit sa nature, l'Homme peut la transcender
Naître Homo sapiens ne suffit pas pour être pleinement Homme. Ce qui nous distingue des autres espèces n'est pas l'intelligence, ni le langage, ni la technique — c'est la conscience. Celle de participer à une réalité plus vaste que soi, et d'en être responsable.
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Naître Homo sapiens ne suffit pas pour être pleinement Homme. Ce qui nous distingue des autres espèces n'est pas l'intelligence, ni le langage, ni la technique — c'est la conscience. Celle de participer à une réalité plus vaste que soi, et d'en être responsable.
Cette idée peut surprendre. Pourtant, lorsque nous voyons des personnes commettre des actes de cruauté ou de destruction, nous disons spontanément : « Ce n'est pas humain. » Bien sûr que si, c'est humain. L'Homme porte en lui le meilleur comme le pire. Toute la question est de savoir où se trouve sa conscience.
Les Hommes agissent toujours selon l'état de leur conscience. Lorsque leur conscience est au mauvais endroit, ils peuvent faire le mal ; lorsqu'elle repose dans l'harmonie fondamentale qui soutient toute vie, ils deviennent naturellement incapables de lui nuire. Ils se sentent faire partie de cette harmonie et n'éprouvent plus le besoin de s'y opposer.
Qu'est-ce qui distingue l'Homme ?
On entend parfois dire qu'une personne violente est un animal, ou que les animaux sont plus humains que les Hommes, ce qui est contradictoire. Lorsqu'un chien sauve un enfant ou qu'un dauphin vient au secours d'un nageur, certains affirment que les animaux ont des leçons à nous donner.
Mais cela voudrait-il dire que les Hommes ne viennent jamais au secours d'autres Hommes, ni des animaux ? Ce serait faire insulte à tous ceux qui, chaque jour, donnent le meilleur d'eux-mêmes : pompiers, médecins, infirmiers, marins, ou simples citoyens qui sauvent des vies .
Ces formules disent surtout notre émotion — et parfois notre découragement.
Un lion ne choisira jamais de devenir herbivore. Un cerf ne décidera pas de chasser. L'animal est fidèle à ce qu'il est — et c'est précisément sa force. L'Homme, lui, peut trahir sa nature comme la transcender. C'est sa grandeur, mais aussi sa responsabilité.
Quelle est alors la différence entre un Homo sapiens inconscient et un Homme ? La conscience. Non pas la conscience d'exister, mais la conscience de participer à une réalité plus vaste que soi.
Le cynisme destructeur
Certains dirigeants détruisent des centaines de milliers d'hectares de forêts primaires, d'une biodiversité incroyable et d'une richesse patrimoniale irremplaçable, pour y planter des palmiers à huile ou du soja.
Que leurs lointains cousins, les orangs-outans, périssent dans l'incendie de leur habitat, leur importe peu — tant que la production augmente et avec elle les bénéfices. Pourtant, ce qui se joue là dépasse de loin un problème économique ou même écologique : la biodiversité n'est pas qu'une question d'agrément philosophique ou touristique. L'avenir de la vie sur Terre pourrait dépendre d'espèces animales et végétales que nous ne connaîtrons peut-être jamais.
Certains connaissent l'importance de l'air, de l'eau, des équilibres vivants — et les saccagent quand même. « Après moi le déluge », aurait dit Louis XV. Certains de ses héritiers spirituels sont toujours parmi nous.
Une connaissance qui ne transforme pas
Pourtant, ceux qui prennent ces décisions connaissent souvent les enjeux. Ils ont lu les rapports, entendu les alertes, vu les chiffres. Mais cette connaissance demeure intellectuelle. Elle ne devient pas une conscience vécue.
Ce n'est pas forcément un manque d'intelligence ; c'est un manque de conscience.
Celui qui ressent véritablement son appartenance au vivant ne regarde plus une forêt comme un simple stock de bois, une rivière comme une canalisation ou un animal comme une ressource. Il perçoit spontanément que tout participe d'un même équilibre.
Ressentir l'harmonie fondamentale
Lorsque vous allez en forêt et que vous méditez dans le silence, il arrive qu'une perception nouvelle apparaisse. Vous ressentez ce qui sous-tend toute vie. Vous comprenez que la terre nourrit les plantes, que les plantes nourrissent les insectes, que les insectes nourrissent les oiseaux, que les champignons et les bactéries entretiennent la vie invisible et que rien n'existe séparément.
Vous découvrez que la vie forme un ensemble où chaque être est important, comme chaque brique d'une maison ou chaque pixel d'une image. En retirer un seul modifie l'ensemble.
Dans cet état de conscience, on ne se sent plus au-dessus du vivant, mais simplement l'un de ses éléments. Le respect de la nature, des animaux et des autres Hommes ne relève plus d'une morale : il devient une évidence.
Une sagesse ancienne
Les peuples proches de la nature ont souvent exprimé cette intuition avec une clarté que nous avons perdue. Tecumseh, chef shawnee, disait :
« Quand tu te lèves le matin, remercie pour la lumière du jour, pour ta vie et ta force. Remercie pour la nourriture et le bonheur de vivre. Si tu ne vois pas de raison de remercier, la faute repose en toi-même. »
Cette gratitude n'est pas une croyance. Elle naît naturellement lorsqu'on prend conscience de notre place au sein du vivant.
Sitting Bull, chef sioux, voyait déjà venir ce que nous vivons aujourd'hui :
« Chaque graine s'éveille et de même chaque animal prend vie. C'est à ce mystérieux pouvoir que nous devons, nous aussi, notre existence ; c'est pourquoi nous concédons à nos voisins, même à nos voisins animaux, le même droit qu'à nous d'habiter cette Terre. »
Et il ajoutait, avec une lucidité troublante : « L'amour de posséder est chez eux une maladie. » Nous n'avons pas su l'entendre.
Transformer sa conscience
On peut militer pour la protection de la nature, pour les droits de l'Homme, pour la justice sociale ou pour le respect des animaux. Toutes ces causes sont nécessaires et méritent d'être défendues. Mais elles ne suffisent pas.
Une société devient véritablement plus harmonieuse lorsque les Hommes approfondissent leur propre conscience. C'est là que commence le changement durable.
Pour cela, il faut apprendre à prendre du recul sur soi-même et découvrir qui l'on est réellement, au-delà de ses idées, de ses connaissances, de ses opinions et de son rôle social.
C'est précisément le chemin que propose la pratique quotidienne de La Voie spirituelle : approfondir peu à peu sa conscience jusqu'à faire naître un respect spontané pour toute forme de vie. Non par obligation, ni par idéologie, mais parce que l'on se découvre comme une partie de cette harmonie fondamentale qui soutient le monde.
Être Homme n'est peut-être rien d'autre que cela : vivre en conscience de cette appartenance.
Si vous avez des questions, vous pouvez les poser ici :
madhyama.marga@gmail.com
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