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Publié par Hans Yoganand

Le chapitre précédent ouvrait un espace : celui du silence, où l'agitation peut enfin se déposer. Celui-ci y découvre un rythme déjà présent, qui n'attendait que d'être remarqué : le souffle. Pourquoi tant de traditions anciennes ont-elles accordé une place si centrale à cette respiration que nous oublions sans cesse ? Peut-être parce qu'elle est la seule chose qui ne nous quitte jamais — la seule porte vers le présent qui reste toujours ouverte.

La couverture du livre, avec une source sur une montagne ressemblant à un paysage de la Grèce antique et vue sur la mer et un ciel matinal.

 

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Aux sources de la spiritualité, 4

 

Le souffle et l'attention

 

Le chapitre précédent ouvrait un espace : celui du silence, où l'agitation peut enfin se déposer. Celui-ci y découvre un rythme déjà présent, qui n'attendait que d'être remarqué : le souffle. Pourquoi tant de traditions anciennes ont-elles accordé une place si centrale à cette respiration que nous oublions sans cesse ? Peut-être parce qu'elle est la seule chose qui ne nous quitte jamais — la seule porte vers le présent qui reste toujours ouverte. Lisez-en plus sur yoga-originel.fr.

 

 

Parmi toutes les choses qui accompagnent l'Homme depuis sa naissance, il en est une qu'il oublie presque toujours : il respire.

 

Il respire en dormant, en marchant, en parlant, en travaillant, en aimant, en souffrant. Il respire lorsqu'il pense à l'avenir, lorsqu'il se souvient du passé, lorsqu'il est absorbé par une tâche ou perdu dans ses préoccupations. Le souffle est là, fidèle, discret, ininterrompu, si proche de nous que nous finissons presque par ne plus le remarquer.

 

Il faut parfois qu'il manque pour que nous nous souvenions de lui. Une course trop rapide, une émotion forte, une peur soudaine, une maladie, et voilà que ce qui était oublié devient immédiatement essentiel. Alors l'Homme ne pense plus à ses projets, à ses opinions, à son image ni à ses ambitions. Il cherche seulement à reprendre son souffle.

 

Ce qui nous est le plus indispensable est aussi ce que nous remarquons le moins. Imaginez qu’après avoir vidé vos poumons, il vous soit soudain impossible d’inspirer, impossible de faire entrer un air neuf. Ce serait la mort assurée, votre dernier souffle.

 

La respiration n'a pas besoin de notre accord pour continuer. Elle ne nous appartient pas complètement. Nous pouvons l'accompagner, la retenir quelques instants, l'allonger, l'écouter — mais nous ne l'avons pas inventée. Elle témoigne, à chaque instant, d'une vie qui agit en nous sans même que nous y pensions.

 

Dans le chapitre précédent, le silence ouvrait un espace. Le souffle lui donne un rythme, une musique. Ce rythme est d'abord si simple qu'il semble ne rien dire. L'air entre, l'air sort. La poitrine se soulève, s'abaisse.

 

Parfois le ventre se détend. Parfois une tension se relâche. L'expiration s'allonge un peu, puis une pause apparaît, presque imperceptible, avant que l'inspiration ne revienne d'elle-même, puis une autre pause, au sommet de cette inspiration. Spoiler alerte : Ces pauses naturelles, aux deux extrémités de l'onde respiratoire, ont leur importance, nous y reviendrons plus tard.

 

C'est peut-être pour cette raison que tant de traditions anciennes ont accordé au souffle une place importante : il est l'un des rares phénomènes où le corps, l'attention et la vie se rejoignent de manière immédiatement perceptible.

 

Lorsque l'attention se pose sur le souffle, elle revient à un mouvement vivant, toujours présent. Les pensées et les bruits du monde peuvent continuer. Les difficultés ne disparaissent pas. Mais quelque chose se rassemble. Ce qui était dispersé dans les souvenirs, les anticipations, les inquiétudes et les commentaires revient, pour un instant, au même centre intérieur.

 

L'Homme sent qu'il est là. Non comme une idée, mais comme une présence simple et évidente. Il découvre alors que le présent n'est pas seulement un concept dont on parle. Le présent est ce souffle. Cette lumière sur le mur. Ce poids du corps sur la chaise. Ce bruit lointain. Cette sensation des mains.

 

L'esprit peut parler longtemps du présent sans y être réellement. Le souffle, lui, ne le quitte jamais. On ne respire que dans le présent — c'est peut-être la durée même de l'instant présent.

 

Nous cherchons volontiers la profondeur dans ce qui est rare, difficile ou lointain. Nous imaginons qu'elle exige des explications, des systèmes, des expériences exceptionnelles. Pourtant, l'une des portes les plus anciennes se trouve dans le mouvement le plus ordinaire de notre existence.

 

Inspirer, expirer, être là.

 

Il ne s'agit pas encore de religion. Pas même de spiritualité au sens habituel du mot. Il s'agit d'une découverte élémentaire : l'attention peut revenir à la vie en train de se vivre.

 

Dans le silence, l'Homme cesse d'ajouter son propre bruit au bruit du monde. Dans le souffle, il découvre que la vie n'est pas seulement devant lui, autour de lui ou après lui. Elle se manifeste en lui, maintenant, dans un mouvement simple qu'il ne fabrique pas.

 

Ce retour n'a rien de spectaculaire. Personne ne le voit nécessairement. Il peut se produire au milieu d'une pièce, sur un chemin, dans un train, devant une fenêtre ouverte. Un instant auparavant, l'Homme était absorbé par ses pensées, puis l'attention se pose. Le souffle existe. Le corps retrouve sa place. Le monde cesse d'être seulement un décor pour redevenir une présence.

 

Chaque fois que l'attention revient ainsi au souffle, elle quitte un peu les constructions du mental. Elle cesse de courir derrière les images. Elle retrouve un point d'appui qui n'est ni une opinion, ni un souvenir, ni une attente.

 

Un point vivant.

 

Très tôt, des hommes et des femmes ont dû remarquer cela. Avant les écoles, avant les méthodes et avant les mots savants, ils ont pu observer que l'attention change lorsque le souffle est conscient, que le mental s'apaise, que le corps, le monde et l'esprit ne sont plus séparés irrémédiablement. Ils n'avaient peut-être pas encore de doctrine pour le dire. Ils avaient une expérience.

 

Il suffit de s'arrêter, de laisser le silence s'ouvrir, puis de sentir que le souffle existe — non comme une idée, non comme un exercice, mais comme la présence même de la vie, pour retrouver quelque chose d'essentiel.

 

Dans l'air inspiré, il n'y a pas uniquement des éléments chimiques et physiques ; il y a le nécessaire à la vie. Certains, en Inde, ont parlé de prana. Les Grecs anciens ont parlé du pneuma, les Romains du spiritus et les chinois du Chi. Nous verrons dans la suite du livre que ces mots ont leur importance.

 

 

Si vous avez des questions, vous pouvez les poser ici :

madhyama.marga@gmail.com

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