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Publié par Hans Yoganand

Ce texte propose de dissiper une confusion ancienne qui entache le mot « ego ». Loin d'être l'ennemi à abattre ou la source de tous nos vices, l'ego est d'abord défini comme le point d'origine du « je », la condition même de la conscience de soi. La véritable méprise réside dans le faux-ego (Ahankara ou asmita), ce principe d'illusion par lequel la conscience s'identifie à ce qu'elle n'est pas : les émotions fugitives, les constructions mentales et les images changeantes.

Un dessin de Sempé d'un homme seul, marchant sur un chemin perdu au milieu de nulle part, qui porte une pancarte de protestation disant NON !

 

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Ego et faux-ego

Une confusion ancienne

 

 

Résumé : Ce texte propose de dissiper une confusion ancienne qui entache le mot « ego ». Loin d'être l'ennemi à abattre ou la source de tous nos vices, l'ego est d'abord défini comme le point d'origine du « je », la condition même de la conscience de soi. La véritable méprise réside dans le faux-ego (Ahankara ou asmita), ce principe d'illusion par lequel la conscience s'identifie à ce qu'elle n'est pas : les émotions fugitives, les constructions mentales et les images changeantes.

 

À travers les sagesses de l'Inde (Bhagavad-Gîtâ, Yoga-Sûtra) et la philosophie grecque (kairos), l'auteur explore ce glissement imperceptible de la clarté vers l'obscurité. Il ne s'agit pas de condamner le mental, mais de rétablir un équilibre par le discernement (sattva). En retrouvant une distance simple et une attention patiente, l'individu cesse de nourrir une identité de substitution. Libéré du besoin de défendre une image de lui-même, il accède à l'action juste, agissant dans le monde sans s'y perdre, rendant au « je » sa fonction originelle et à la vie sa transparence.

 

Texte

 

Parmi les mots que la littérature spirituelle a laissés derrière elle, certains semblent familiers, presque transparents, et pourtant, ils dissimulent encore une part d’ombre. Le mot « ego » est de ceux-là. À force d’être employé, il a fini par se charger de significations approximatives, au point que ce qu’il désigne réellement s’efface derrière ce que l’on croit en comprendre.

 

On le tient volontiers pour responsable de l’orgueil, de la vanité, de ce mouvement par lequel l’être humain se replie sur lui-même. Mais cette accusation repose sur une confusion ancienne, dont peu prennent le temps de démêler les fils.

Le “je” comme point d’origine

 

Car l’ego, dans son sens premier, n’est rien d’autre que le « je ». Il est ce point intérieur à partir duquel la conscience se sait elle-même. Sans lui, il n’y aurait pas de regard tourné vers soi, pas de présence à sa propre existence. L’homme vivrait, sans doute, mais il ne saurait pas qu’il vit.

 

Ainsi, l’ego ne sépare pas d’abord : il rend possible. Il est cette condition discrète grâce à laquelle la conscience peut se reconnaître et se tenir dans le monde. Il n’est ni excès, ni faute — il est une donnée. Ce que l’on condamne, en vérité, relève d’un autre ordre.

Le faux soi

 

Les traditions anciennes en ont parlé avec plus de précision. Dans les textes de l’Inde, on rencontre l’idée d’un « faux soi », principe d’illusion par lequel la conscience, au lieu de se connaître, se méprend sur elle-même. Ce que certains nomment Ahankara — d'autres asmita, comme Patañjali dans les Yoga-Sûtras — ne désigne pas simplement le fait de dire « je », mais celui de se prendre pour ce que l’on n’est pas.

 

On en trouve une expression saisissante dans la Bhagavad-Gîtâ, où l’homme, entraîné par l’ignorance, s’identifie à ses propres constructions et s’y enferme, croyant être dans la vérité.

Le glissement

 

Il y a là un glissement presque imperceptible ; la conscience, au lieu de demeurer ce qu’elle est — claire, ouverte, capable d’observer — s’attache à ce qui passe en elle. Elle épouse les mouvements du mental, elle adopte les formes fugitives des émotions, elle se reconnaît dans des images qui ne cessent de changer. Ce qui n’était qu’un phénomène devient alors une identité.

 

Ce déplacement est discret, mais ses effets sont profonds. Ce qui est instable devient essentiel, ce qui est transitoire prend l’apparence du durable. Et l’homme, s’étant identifié à ce qui le traverse, se met à défendre, à craindre, à désirer comme si sa propre existence était en jeu dans chacun de ces mouvements.

L’obscurité

 

Les anciens parlaient de ténèbres, de confusion pour désigner cet état. Non pas une réalité positive, mais une absence — celle de la clarté. De même que les ténèbres ne sont rien d’autre que la lumière manquante, le faux-ego naît d’un défaut de discernement. Là où la conscience ne se distingue plus de ce qu’elle perçoit, l’illusion prend naturellement sa place.

 

Il n’est pas nécessaire d’ajouter quoi que ce soit pour que cette confusion s’installe. Il suffit que la lumière manque.

L’égarement du mental

 

Et pourtant, c’est dans cette obscurité que l’intelligence humaine peut s’égarer le plus profondément. Non par manque de capacité, mais faute d’orientation. Le mental, livré à lui-même, poursuit ses constructions, élabore ses raisons, justifie ses mouvements, sans qu’une instance plus claire vienne en éprouver la justesse.

Un rétablissement

 

Il ne s’agit pas, pour autant, de condamner le mental, ni de vouloir réduire l’ego au silence. Une telle entreprise relèverait encore de la confusion qu’elle prétend corriger. Il s’agit plutôt d’un rétablissement.

 

Lorsque la conscience cesse de s’identifier, lorsqu’elle retrouve cette distance simple par laquelle elle peut voir sans se confondre, quelque chose se réordonne de lui-même. Le mental retrouve sa place, l’ego sa fonction, et ce qui relevait de l’illusion perd peu à peu sa consistance.

La clarté

 

Les traditions ont nommé cette clarté sattva : une qualité de transparence et d’équilibre, où les choses apparaissent selon leur nature, sans être altérées par la confusion ou l’inertie.

 

Mais cette clarté n’est pas une idée. Elle engage une manière d’être, suppose une attention patiente, capable de distinguer ce qui éclaire de ce qui obscurcit, ce qui relève de la justesse de ce qui procède de l’aveuglement. Elle demande aussi une certaine fidélité à ce qui est vu, même lorsque cela contrarie les habitudes du mental.

Le moment juste

 

Alors, l’action elle-même se transforme. Elle ne naît plus de l’impulsion ni de la réaction, mais d’un accord plus subtil avec la situation. Il y a, dans certains moments, une justesse particulière, que les Grecs désignaient sous le nom de kairos — non pas le temps qui passe, mais le moment opportun.

Sans illusion

 

C’est peut-être là que se marque le plus nettement la différence. Lorsque l’homme n’a plus besoin de soutenir une image de lui-même, lorsque rien en lui ne cherche à se défendre ni à s’imposer, il devient possible d’agir sans se perdre dans l’action.

Alors, le faux-ego cesse de s’imposer. Non qu’il disparaisse, mais il n’est plus pris pour ce qu’il n’a jamais été.

 

 

Si vous avez des questions, vous pouvez les poser ici :

madhyama.marga@gmail.com

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