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Publié par Hans Yoganand

Beaucoup d’êtres humains pensent être libres alors qu’ils réagissent souvent sous l’effet de leurs émotions, de leurs conditionnements ou des fluctuations de leur mental. Les traditions spirituelles de l’Asie, du Vedānta au Yoga, en passant par le Tao de Lao-Tseu, ont souvent décrit différents états de conscience influencés par les guṇa : tamas, rajas et sattva.

Un homme debout au milieu d'une boussole géante posée sur le sol d'une piece sombre éclairée par une ouverture que l'on ne voit pas.

 

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Qui dirige réellement votre vie ?

 

 

Résumé : Beaucoup d’êtres humains pensent être libres alors qu’ils réagissent souvent sous l’effet de leurs émotions, de leurs conditionnements ou des fluctuations de leur mental. Les traditions spirituelles de l’Asie, du Vedānta au Yoga, en passant par le Tao de Lao-Tseu, ont souvent décrit différents états de conscience influencés par les guṇa : tamas, rajas et sattva.

 

Ce texte explore la différence entre l’émotion, la raison et la conscience profonde, ainsi que le rôle du faux-ego, du discernement et de la Grâce dans la transformation intérieure. Il montre comment la pratique spirituelle ne consiste pas à nier notre nature humaine ni les mouvements du mental, mais à discerner ce qui relève du conditionnement et ce qui procède d’une conscience plus profonde.

 

À travers les notions de Māyā, de bhakti, de samādhi, de Sat-Chit-Ānanda et de Saint-Nom, ce texte propose une réflexion sur la liberté intérieure et sur la possibilité d’une existence plus consciente, plus paisible et plus juste.

 

Texte

Les états de conscience et le mental humain

 

L’être humain agit souvent guidé par trois grandes forces intérieures : l’émotion, la raison et la conscience.

 

Mais ces mots peuvent prêter à confusion si l’on imagine que la conscience serait une réalité unique et homogène. Dans plusieurs traditions spirituelles de l’Inde, notamment dans le Yoga et le Vedānta, la conscience manifestée apparaît plutôt comme traversée par différents états et conditionnements, allant des plus confus aux plus harmonieux.

 

L’émotion appartient déjà à un certain état de conscience lié au mental, au corps, aux réactions psychologiques et aux conditionnements de l’individu.

 

Le mental reçoit les impressions du monde extérieur, les interprète et réagit. Puis le faux-ego se les approprie en disant : « moi », « mon opinion », « ma peur », « mon désir ». Enfin, la mémoire intérieure, faite d’expériences passées et d’habitudes mentales, colore constamment la perception du présent.

 

Le faux-ego ne crée pas les émotions, mais il se les approprie continuellement, renforçant ainsi l’identification aux fluctuations du mental.

 

Ainsi, l’Homme ne voit pas toujours les choses telles qu’elles sont, mais souvent telles qu’il est lui-même intérieurement.

 

Les traditions spirituelles parlent parfois d’illusion pour désigner ce décalage entre le réel et la manière dont nous le percevons.

 

En Inde, certains parlent de Māyā. Ce mot a souvent été mal compris. Il ne signifie pas forcément que le monde n’existe pas, mais plutôt que notre perception du monde reste partielle, déformée ou incomplète tant qu’elle demeure prisonnière des fluctuations du mental.

 

Quelque chose peut être impermanent et pourtant réel, le temps que cela dure. Une émotion peut donc sembler absolument vraie sur le moment tout en conduisant à des décisions erronées.

 

L’époque moderne valorise souvent l’émotion comme une vérité absolue. Beaucoup pensent qu’il suffit « d’écouter son cœur ». Pourtant, une émotion sincère n’est pas forcément une perception juste du réel.

 

Certaines émotions sont immédiates, presque instinctives. D’autres sont plus complexes et dépendent de l’histoire personnelle, de l’éducation, des blessures, des désirs ou des représentations mentales.

 

Mais toutes ont un point commun : elles réagissent davantage à l’interprétation du réel qu’au réel lui-même.

 

Une vie entièrement dirigée par les émotions finit presque toujours par produire de la confusion et de la souffrance.

Les trois guṇa

 

Dans plusieurs traditions de l’Inde, les états du mental sont également décrits à travers les trois guṇa, les trois grandes tendances qui conditionnent le champ psychique et la conscience manifestée.

 

Tamas correspond à l’inertie, au repos, à l’obscurcissement et à la densité.
Rajas désigne le mouvement, le désir, l’élan vital et l’énergie passionnelle.
Sattva représente l’équilibre, la clarté, l’harmonie et le discernement.

 

Ces trois tendances participent ensemble à la manifestation du vivant. Aucune n’existe absolument séparée des autres.

 

Lao-Tseu rappelait déjà que les contraires existent l’un par rapport à l’autre : le mouvement n’existe qu’en relation avec le repos, comme la lumière avec l’obscurité.

 

De la même manière, les guṇa participent au jeu de la manifestation, à cette Līlā dont parlent certaines traditions.

 

Sans tamas, aucune forme ne pourrait durer ni se stabiliser.

Sans rajas, il n’y aurait ni mouvement, ni désir de vivre, ni aspiration.

Sans sattva, aucune harmonie intérieure ni discernement ne pourraient apparaître.

 

Le problème n’est donc pas l’existence des guṇa eux-mêmes, mais l’identification du mental à leurs fluctuations.

 

Lorsque rajas domine sans équilibre, l’être humain devient impulsif, emporté par ses passions, ses désirs immédiats ou ses réactions émotionnelles.

Quand tamas devient excessif, apparaissent la confusion, l’inertie, l’aveuglement ou une forme d’endormissement intérieur.

Lorsque sattva devient plus présent, le discernement, le recul et une forme d’harmonie intérieure apparaissent plus facilement.

 

Mais même sattva demeure encore une condition du mental manifesté. La conscience profonde dont parlent les traditions spirituelles ne dépend pas du conditionnement des guṇa, même les plus harmonieux. Plus encore, Patanjali dit, dans les Yoga-Sūtra, que la Libération passe aussi par le détachement de sattva, vu alors, dans la Bhagavad-Gîtâ, comme une chaîne d’or.

 

Dans plusieurs traditions spirituelles, l’âme incarnée, le jīvātman, est justement appelée à se libérer progressivement du conditionnement exercé par les guṇa sur le mental et les comportements.

 

Tant que l’être humain demeure entièrement identifié aux mouvements du mental, ce sont les guṇa qui dirigent sa manière de penser, de réagir, de désirer et d’agir.

 

La pratique spirituelle vise alors à redonner à la conscience profonde, au purusha, une forme de maîtrise intérieure. Peu à peu, l’être humain cesse d’être entièrement conduit par ses impulsions, ses conditionnements ou ses automatismes psychiques.

 

Il devient davantage capable de choisir ses actes en conscience, mais aussi de les accomplir avec justesse, sans être constamment emporté par les fluctuations du mental.

 

La liberté intérieure ne consiste donc pas à détruire les guṇa, mais à ne plus être entièrement soumis à leurs mouvements.

La passion et la transformation intérieure

 

Rajas ne désigne pas seulement l’agitation ou la passion au sens négatif. Il est aussi le mouvement, l’élan, la vitalité et la capacité d’agir.

 

Sans lui, il n’y aurait ni enthousiasme, ni création, ni engagement, ni même véritable recherche spirituelle.

 

Le problème apparaît lorsque cette énergie devient entièrement tournée vers les désirs du faux-ego et les fluctuations du mental. Le mental agité prend souvent ses réactions pour la vérité.

 

La pratique spirituelle ne consiste donc pas à supprimer rajas, ni aucun des guṇa, car ils appartiennent au jeu même de la manifestation.

 

Elle consiste plutôt à discerner ce qui, en nous, vient du conditionnement des guṇa et ce qui vient d’une conscience plus profonde, afin d’apprendre progressivement à suivre cette profondeur plutôt que les seules fluctuations du mental.

 

Peu à peu, l’énergie passionnelle peut cesser de nourrir uniquement les désirs du faux-ego pour devenir aspiration intérieure, ferveur, service ou bhakti.

 

Les traditions spirituelles ont souvent mis en garde contre une vie dirigée uniquement par les passions parce qu’une émotion intense n’est pas forcément un guide juste.

 

Les Yoga-Sūtra parlent des fluctuations du mental qui empêchent la perception claire. Lao-Tseu évoque la nécessité de demeurer centré au milieu des mouvements du monde. La Bhagavad-Gītā décrit elle aussi l’Homme dominé par ses désirs et ses passions comme progressivement privé de stabilité intérieure.

 

Toutes ces traditions pointent finalement vers une même observation : l’émotion seule ne peut pas servir de guide durable.

La raison et le discernement

 

La raison représente déjà une forme d’équilibre plus stable.

 

Contrairement à l’émotion, elle introduit du recul. Elle permet de comparer, d’examiner les conséquences d’un acte, de tenir compte du réel plutôt que de réagir immédiatement.

 

Mais là encore, les traditions spirituelles indiennes apportent une nuance importante.

 

Le mental ne se réduit pas à un seul bloc. Entre les réactions émotionnelles et la conscience spirituelle profonde existe une faculté plus subtile que certaines traditions nomment buddhi : l’intelligence discriminante, le discernement.

 

Cette intelligence ne fonctionne plus seulement par impulsion ou par désir. Elle devient capable de distinguer l’essentiel de l’accessoire, le durable du passager, l’apparence de la réalité plus profonde.

 

Lorsque sattva devient dominant dans le mental, cette intelligence discriminante peut davantage s’exprimer. La raison cesse alors d’être seulement calculatrice ou stratégique ; elle devient une véritable maîtrise intérieure.

 

Les Yoga-Sūtra décrivent ainsi un travail progressif d’apaisement des fluctuations du mental afin de retrouver une perception plus juste.

 

Grâce à ce recul, l’être humain cesse peu à peu d’être entièrement ballotté par ses impulsions, ses peurs ou ses enthousiasmes passagers. Pourtant, même cette intelligence possède ses limites.

 

Elle reste encore liée aux concepts, aux connaissances et au fonctionnement du mental. Le mental peut même utiliser l’intelligence pour renforcer l’identification, l’orgueil ou le besoin de contrôle.

 

Certaines compréhensions peuvent être acquises par l’étude, l’expérience ou le raisonnement. D’autres semblent surgir d’un niveau plus profond de conscience et relèvent davantage de la révélation intérieure que de l’accumulation de connaissances.

 

La conscience ne se développe pas uniquement dans la réflexion, mais aussi dans la manière de vivre, d’agir et de servir.

 

Un Homme peut être intelligent, cultivé et raisonnable tout en demeurant intérieurement inquiet ou dispersé. C’est pourquoi plusieurs traditions ont parlé d’une conscience plus profonde encore.

La conscience profonde

 

Au-delà du mental fluctuant et même du discernement existe une conscience plus stable, que certaines traditions nomment le témoin, l’âme ou encore la conscience pure. Cette conscience n’est plus simplement tournée vers les objets du monde, les réactions psychologiques ou les raisonnements. Elle demeure présente derrière les mouvements du mental sans être emportée par eux.

 

En Inde, certains parlent de Sat-Chit-Ānanda pour désigner un état de parfaite conscience de la béatitude.

 

Les traditions du Yoga associent parfois cet état aux formes les plus profondes du samādhi, lorsque les fluctuations du mental cessent complètement. Dans le nirbīja ou nirvikalpa-samādhi, ou samādhi sans graines, il n’y a plus d’identification mentale, plus de pensée discursive, ni même la perception ordinaire du corps, du temps ou de l’espace.

 

Cet état ne doit pas être confondu avec les moments de paix, d’émotion ou de contemplation que beaucoup d’êtres humains peuvent connaître au cours de leur vie.

 

Un paysage, un silence profond, un coucher de soleil ou certains instants de présence peuvent parfois laisser apparaître une forme de béatitude simple et naturelle. Ces expériences restent précieuses, car elles donnent un aperçu d’une paix plus profonde que l’agitation habituelle du mental.

 

Mais les états les plus profonds du samādhi relèvent d’une autre dimension de conscience. Les traditions spirituelles ont utilisé des mots différents pour évoquer cet état : le Royaume chez Jésus, ānanda en Inde, la paix du Tao chez Lao-Tseu. Les mots changent, mais l’intuition demeure proche.

 

Lorsque la conscience de cette harmonie fondamentale devient plus stable, l’existence cesse progressivement d’être dirigée uniquement par les réactions émotionnelles ou les calculs du mental. Une autre manière de vivre apparaît.

 

Dans certaines traditions, cette stabilisation intérieure est parfois rapprochée du sahaja samādhi, la réalisation, une conscience plus continue de la Grâce au cœur même de l’existence ordinaire.

 

Sur La Voie, nous parlons parfois du Saint-Nom ou du Shabda-Brahman pour désigner cette action du principe vivant dans la conscience humaine.

 

Sur La Voie, nous parlons parfois de la Grâce ou du Saint-Nom pour désigner l’action du principe vivant dans la conscience humaine.

 

Alors, peu à peu, l’être humain ne cherche plus seulement à satisfaire ses désirs ni même à organiser raisonnablement son existence. Il commence à vivre avec davantage de profondeur, de paix et de justesse intérieure.

 

 

Si vous avez des questions, vous pouvez les poser ici :

madhyama.marga@gmail.com

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