Voyez-vous vraiment le monde tel qu’il est ?
L’illusion ne se trouve pas dans le monde, mais dans le regard que nous portons sur lui. Ce que nous appelons réalité est toujours filtré par la conscience, et donc coloré par notre manière de percevoir. L’ignorance (avidya) ne consiste pas à ne pas savoir, mais à prendre pour réel ce qui ne l’est pas pleinement.
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Le regard et l’illusion
Résumé : L’illusion ne se trouve pas dans le monde, mais dans le regard que nous portons sur lui. Ce que nous appelons réalité est toujours filtré par la conscience, et donc coloré par notre manière de percevoir. L’ignorance (avidya) ne consiste pas à ne pas savoir, mais à prendre pour réel ce qui ne l’est pas pleinement. En revenant à une perception plus simple, libérée des identifications, il devient possible de reconnaître une dimension plus stable de soi et du monde.
Texte
Comment se fait-il que deux personnes, devant une même chose, ne voient pas la même chose ? Les Indiens parlent d’illusion, de maya, et disent que le monde est une illusion parce que tout ce qui naît meurt, et que tout ce qui meurt est illusion.
En vérité, l’illusion est dans le regard. Une conscience profonde voit l’Unité dans le multiple, et le monde lui apparaît comme vrai ; une conscience prise dans l’illusion ne voit que la division.
« Le regard de l’Observant voit l’Unité en toutes choses, tandis qu’une conscience prise dans l’illusion ne voit que des formes séparées. L’Unité est dans le multiple et le multiple est en elle, comme les gouttes de pluie sont dans le ciel. » (Bhaktimārga, 5).
Chacun son monde
La vision du monde n’a rien d’objectif. Deux personnes qui regardent un même paysage verront deux paysages différents, à n’en pas douter.
L’une remarquera l’alignement des vignes, l’autre la couleur que la lumière donne aux feuilles et au ciel, allant parfois au-delà du visible pour rêver à autre chose.
Il n’y a pas « l’humanité », mais une multitude d’êtres humains et autant de visions du monde. Pour celui qui aime la grande ville, le soir venu, quand les fenêtres s’allument une à une, chacune avec une couleur différente, comme une guirlande de Noël, une poésie se dégage et berce son cœur de nostalgie ; certaines laissent apparaître la même lueur blanche des télévisions allumées.
Pour celui qui la rejette, la même scène ne suscitera que frustration : ces fenêtres deviendront des cellules, les lueurs blanches derrière elles, celles des télévisions allumées, les signes d’une aliénation.
La conscience derrière le regard
Ce ne sont pas tant les yeux qui regardent que la conscience qui regarde à travers eux. La perception n’est jamais neutre. Montrez la photo d’une personne à dix individus : vous obtiendrez dix avis différents. Pourtant, ce qu’est réellement cette personne ne dépend pas de ces regards.
Si les yeux peuvent être comparés à des objectifs, la conscience qui perçoit à travers eux ne l’est pas. Sa vision est déformée par sa subjectivité, sans même qu’elle s’en aperçoive.
Dans la tradition indienne, on distingue généralement quatre états de conscience : jagrat (veille), svapna (rêve), susupti (sommeil profond) et turiya (conscience parfaite). L’illusion intérieure correspond à l’état de veille ordinaire lorsqu’il est coloré par l’ignorance, ou avidya.
La maya
L’illusion ne consiste pas à dire que le monde n’existe pas, mais qu’il n’est pas vu tel qu’il est.
Le monde est ce qu’il est, pas ce que les gens en voient. Prenez la notion de lieux aux « vibrations » plus ou moins élevées : aucun lieu n’est intrinsèquement supérieur à un autre. La basilique de Vézelay n’a pas plus de vibration que l’Arc de Triomphe de Paris.
C’est l’état d’esprit du visiteur qui fait la différence. Un chrétien mystique ayant lu Les Étoiles de Compostelle d’Henri Vincenot ressentira une présence particulière dans la crypte de Vézelay, là où un autre ne verra que de vieilles pierres.
Une auberge espagnole
Le monde est une auberge espagnole : on y trouve ce que l’on y apporte. C’est cela, maya, l’illusion. Ce sont les hommes qui s’illusionnent.
Le monde est ce qu’il est – ni bon ni mauvais. La Création, dans son ordre fondamental, est parfaite et tout y est en symbiose. Rien n’est inutile.
Simplifier
Celui qui voit par nos yeux, entend par nos oreilles et parle par notre voix, qui est-ce ? « Gnothi seauton » — « Connais-toi toi-même », disait Socrate. Mais se connaître soi-même demande de dénouer patiemment ce qui s’est construit autour de nous.
Il s’agit de simplifier, d’élaguer. D’écarter ce qui n’est pas réellement soi, ce qui s’est accumulé et a été pris pour soi au fil du temps.
Il y a en nous quelque chose qui est là depuis toujours : une constante. Lorsque cette constante est reconnue, la vision change. Le monde n’est plus perçu de la même manière.
C’est le propos de La Voie : aller au fond, jusqu’à cette simplicité, où le regard cesse d’être déformé par l’illusion.
Si vous avez des questions, vous pouvez les poser ici :
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