La spiritualité, entre désir de bonheur et soif de l'âme
Un livre de cuisine ne calme pas la faim. Il en va de même en spiritualité : ni les livres à eux seuls, ni la satisfaction de nos désirs ne comblent la soif de l'âme. Pourquoi confond-on le désir de bonheur avec ce besoin plus profond, et où aller pour l'apaiser ?
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Un livre de cuisine ne calme pas la faim. Il en va de même en spiritualité : ni les livres à eux seuls, ni la satisfaction de nos désirs ne comblent la soif de l'âme. Pourquoi confond-on le désir de bonheur avec ce besoin plus profond, et où aller pour l'apaiser ?
Il faut vivre sa vie. Elle nous a été donnée pour être vécue, et sans cette existence à vivre, l'âme ne pourrait pas réaliser la cause de sa venue sur Terre.
Le monde, ses obligations contradictoires et la dualité sont la Lîlà de Dieu, son jeu divin : l'âme y est plongée pour s'affûter et atteindre la Réalisation, c'est-à-dire réaliser pleinement sa vraie nature. Vivre sa vie, c'est aussi assumer ses obligations et ses devoirs, ce qui est éminemment spirituel, selon Krishna.
On a pourtant toujours le choix de vivre sa vie ou d'y réfléchir. Certaines personnes croient être dans une démarche spirituelle parce qu'elles se plongent dans des livres pour y chercher des connaissances. L'intention est bonne, mais les livres, s'ils inspirent, ne suffisent pas. Quand on a faim, ouvrir un livre de cuisine, décortiquer ses recettes, chaque mot, chaque ingrédient ne calme pas la faim.
Le mental est un outil merveilleux, mais tout, dans l'existence, ne relève pas de la réflexion. Par exemple, même l'amoureux le plus cérébral devra laisser « parler la bête » quand la personne aimée lui dira « oui ». Laissons le voile de la pudeur recouvrir cette scène, bien naturelle, mais intime. Il en va de la spiritualité comme de l'amour : à un moment, il faut passer de la réflexion à l'expérience.
L'Homme a des besoins fondamentaux : boire, manger, être en sécurité. Il a aussi un besoin supérieur, celui de la spiritualité, de l'approfondissement de sa conscience, qui se manifeste souvent par la quête du bonheur.
Les choses du monde
Ce n'est pas dans les choses matérielles que ce besoin de bonheur essentiel sera satisfait. Par ignorance, on confond ce besoin supérieur avec celui de satisfaire ses désirs et d'y trouver du plaisir. Le plaisir n'est pas le problème : manger est un besoin légitime, et on peut y prendre du plaisir, comme on peut en prendre dans l'expression de la Bhakti, la dévotion, ou dans la méditation.
Le désir, voilà le problème ! Les désirs satisfaits ne comblent pas la soif spirituelle, et l'insatisfaction persiste sans qu'on sache pourquoi. On continue alors à courir après le monde et ses plaisirs.
« Les Hommes, frappés de peur, cherchent refuge dans les montagnes, les bois, les jardins, les arbres ou les lieux sacrés. Mais ces refuges ne sont ni sûrs ni suprêmes. Ils n'offrent pas d'abri contre la souffrance. » (Dhammapada, 188-189)
« Les sens, tournés seulement au-dehors, font que les Hommes ne voient plus, n'entendent plus, ne sentent plus l'essentiel. Sans conscience intérieure, l'Homme devient fou. Le désir le pousse à des conduites qui lui nuisent ; de là vient que le sage ferme ses yeux et se tourne vers l'intérieur, et choisit ainsi avec sagesse ce qu'il prend ou ce qu'il laisse. » (Lao-Tseu, Tao-Te-King, 12)
La course au bonheur consumériste et la course aux concepts spirituels sont souvent décevantes. Même l'amour pour les autres, qu'il s'agisse du conjoint, des enfants, des amis ou des parents, ne peut combler ce besoin fondamental de l'âme. Ces amours sont précieux, et il n'est pas vain de les vivre, mais ils appartiennent à un plan autre que spirituel.
Le seul moyen
L'illusion du monde, la màyà, est dans l'œil de celui qui regarde. Le monde est le lieu de la pratique spirituelle, à condition de la suivre ; sans elle, la vie ne conduit pas à la Libération, la délivrance de l'âme.
Le seul moyen de satisfaire cette soif du bonheur essentiel est d'aller à la source de l'essentiel : la Vie qui nous anime, comme elle anime toute chose. Ce bonheur est spirituel : il procède de l'âme. Il est nécessaire de répondre à cette soif de l'âme. Pour cela, on peut avoir besoin du mental, mais à condition de ne pas le laisser sans maître. Le maître du mental doit être l'âme.
376. Il y a en toi quelque chose d'immuable,
trouve-le et ne le perds plus.
377. L'espoir que tu cherches est en toi,
l'amour que tu cherches est en toi.
Bhaktimàrga, livre de La Voie spirituelle
Les connaissances livresques sont intéressantes, mais elles ne peuvent remplacer la connaissance que donne une conscience tournée dans la bonne direction.
L'Homme existe sur trois plans : le plan matériel, domaine du corps, de ses besoins et instincts ; celui du mental, domaine de la pensée, des concepts, des émotions, des sentiments et des connaissances apprises ; et celui de l'âme, domaine de la pleine conscience. Négliger un seul de ces plans serait une erreur.
Si vous avez des questions, vous pouvez les poser ici :
madhyama.marga@gmail.com
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