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Publié par Hans Yoganand

Être « comme un petit enfant » ne signifie ni redevenir immature ni fuir ses responsabilités. Cette parole spirituelle désigne un état intérieur de confiance, de lâcher-prise et de simplicité. Il est possible d’agir pleinement dans le monde tout en gardant sa simplicité et sa confiance.

Joli dessin dans les tons ocres d'un homme assis face à un petit garçon assis, sous la lumière d'une lampe. Ce petit garçon est l'enfant que l'homme était

 

Accueil / Le blog des satsang/La Révélation

 

Ce qu’un adulte a perdu de son enfance

 

 

Résumé : Être « comme un petit enfant » ne signifie ni redevenir immature ni fuir ses responsabilités. Cette parole spirituelle désigne un état intérieur de confiance, de lâcher-prise et de simplicité. Il est possible d’agir pleinement dans le monde tout en gardant sa simplicité et sa confiance. Par le service, cette manière d’agir sans perdre le centre de soi dans l’esprit du Wu-Wei, l’existence retrouve quelque chose de la saveur de l’enfance. La spiritualité authentique ne retire pas de la vie : elle apprend à vivre en conscience de la Grâce.

 

Texte

Le Royaume est en chacun

 

« Soyez comme des petits enfants »… Cette parole semble contredire tout ce que l’on apprend depuis l’enfance. On nous pousse à devenir autonomes, solides, performants, responsables. Alors, pourquoi les maîtres spirituels ont-ils si souvent parlé de l’enfance comme d’un état à retrouver ?

 

« Je vous le dis en vérité, si vous ne devenez comme les petits enfants, vous n’entrerez pas au Royaume. » (Matthieu 18:3)

 

Le Royaume dont parle Jésus n’est pas un lieu. Il ne se situe ni dans le ciel ni ailleurs après la mort. Dans l’Évangile selon Thomas, il est écrit : « Le Royaume est au-dedans et au-dehors de vous… »

 

Le Royaume désigne cette réalité vivante qui dépasse l’individu séparé. Certains parlent de Dieu, d’autres du Tao, d’autres encore de la conscience du Tout. Les mots changent selon les traditions, mais ils pointent vers une même reconnaissance : il existe, au cœur de l’existence, une paix et une harmonie plus profondes que les fluctuations du mental.

 

Être comme un enfant, dans ce contexte, ne signifie donc pas devenir irresponsable ou naïf. Il s’agit plutôt de retrouver une forme de confiance intérieure que l’adulte perd souvent en voulant tout contrôler.

Le poids que les adultes portent

 

Avec les années, beaucoup finissent par vivre comme si tout reposait uniquement sur eux. Il faut prévoir, anticiper, réussir, maîtriser, sécuriser l’avenir. Peu à peu, l’existence devient une tension permanente.

 

Pourtant, tout n’est pas entre nos mains.

 

Nous pouvons agir, faire des choix, accomplir certaines démarches, mais nous ne contrôlons jamais totalement les résultats. Nous pouvons envoyer une lettre importante, chercher un emploi, tenter d’améliorer une situation familiale ou matérielle, mais une fois l’action accomplie, une part nous échappe toujours.

 

C’est souvent là que commence l’angoisse : lorsque le mental veut continuer à agir là où il ne le peut plus.

 

Être comme un petit enfant, c’est cesser de porter intérieurement ce poids excessif. C’est faire ce qui doit être fait, puis accepter qu’une partie de la vie ne dépende plus de nous.

 

L’existence humaine ne se résume pourtant pas à organiser sa survie, sa sécurité ou son confort. Derrière les préoccupations ordinaires demeure une aspiration plus profonde : celle de vivre en harmonie avec ce qui donne sens à la vie.

Le véritable lâcher-prise

 

Le lâcher-prise est souvent mal compris. Certains imaginent qu’il s’agit de ne plus rien faire, de devenir passif ou indifférent. Ce n’est pas cela.

 

Le non-agir, évoqué par Lao-Tseu sous le nom de Wu-Wei, ne signifie pas l’inaction. Il désigne une manière d’agir sans agitation intérieure excessive, sans tension inutile, sans s’identifier totalement aux mouvements du mental.

 

Concrètement, cela signifie qu’il est possible d’agir tout en gardant une part de son attention tournée vers l’essentiel.

 

Quand une inquiétude devient trop forte, il suffit parfois de s’arrêter quelques instants, de fermer les yeux, de respirer calmement et de revenir à ce centre intérieur que les traditions spirituelles évoquent depuis toujours. Les Observants méditent sur le Saint-Nom, mais chacun peut déjà faire l’expérience de cet apaisement simple en cessant momentanément d’alimenter ses pensées.

 

Le problème ne vient pas toujours des situations elles-mêmes. Il vient souvent du fait que le mental continue de lutter intérieurement contre ce qu’il ne peut plus contrôler.

Agir… puis laisser faire

 

Imaginez une boule de bowling lancée sur une piste. Tant qu’elle est dans votre main, vous pouvez agir sur elle. Une fois qu’elle roule, vous ne pouvez plus que regarder son trajet.

 

La vie fonctionne souvent de cette manière.

 

Vous pouvez faire votre possible, réfléchir, travailler, entreprendre des démarches, parler à quelqu’un, prendre une décision importante. Mais ensuite, il arrive un moment où continuer à angoisser ne change plus rien.

 

Certaines situations demandent du temps. Une réponse administrative peut prendre des mois. Une difficulté familiale ne se résout pas toujours immédiatement. Un changement intérieur lui-même demande parfois de la patience.

 

Le lâcher-prise consiste alors à continuer de vivre sans rester intérieurement suspendu au résultat. Après avoir fait sincèrement ce qui devait être fait, il devient possible de laisser la Grâce agir à sa manière et selon son propre temps.

 

C’est là que l’image de l’enfant retrouve son sens profond. Un jeune enfant vit naturellement dans une forme de confiance. Il ne porte pas consciemment le poids du monde sur ses épaules. Il avance dans la vie avec la certitude qu’une présence veille sur lui.

 

La spiritualité authentique ne demande pas de quitter la vie ordinaire, mais d’habiter autrement ce que l’on vit déjà.

La Grâce et le service

 

Cette confiance ne signifie pas attendre passivement que tout tombe du ciel. Personne ne méditera à votre place. Personne ne fera vos démarches à votre place. Personne ne vivra votre existence à votre place.

 

Mais il existe une autre manière de vivre l’action.

 

Sur La Voie, cela passe notamment par le service, c’est-à-dire une manière d’agir en gardant une part de son attention reliée au centre de soi. Ce n’est pas une fuite hors du monde, mais une manière différente d’habiter le quotidien.

 

La spiritualité authentique ne demande pas de renoncer à sa famille, à son travail ou à ses responsabilités. Assumer ses devoirs fait naturellement partie d’une vie équilibrée. Les traditions de l’Inde parlent à ce sujet de Yama et Niyama, c’est-à-dire d’une discipline de vie fondée sur l’harmonie et la justesse.

 

Simplement, la vie cesse alors d’être uniquement une accumulation d’objectifs matériels ou d’inquiétudes permanentes. Elle retrouve une profondeur.

Laisser la paix reprendre sa place

 

Nous connaissons tous des moments où le mental s’emballe, où l’émotion prend toute la place. Même lorsqu’on connaît intérieurement la paix, il arrive parfois qu’on préfère rester contrarié quelque temps, comme pour marquer le coup. C’est profondément humain.

 

Mais derrière cette agitation demeure quelque chose de plus stable.

 

Les traditions spirituelles enseignent depuis toujours qu’il existe en l’être humain une paix plus profonde que ses pensées, ses peurs ou ses tensions. Cette paix n’est pas créée artificiellement : elle est déjà là, mais recouverte par le bruit intérieur.

 

Être comme un enfant, finalement, c’est peut-être retrouver cette simplicité oubliée : faire sincèrement ce que l’on a à faire, puis accepter de ne plus porter seul le reste.

 

C’est dans cette confiance que le cœur commence véritablement à respirer.

 

 

Si vous avez des questions, vous pouvez les poser ici :

madhyama.marga@gmail.com

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