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Publié par Hans Yoganand

La conscience n’est pas multiple au sens de réalités séparées, mais elle peut être vécue selon différents plans. Le mental (citta), comparable à un système d’exploitation, traite l’expérience et permet l’action. L’âme incarnée (Jīvātman) vit cette expérience et peut soit s’identifier au mental, soit reconnaître ce qui, en elle, ne fluctue pas.

Un enfant, l'enfant intérieur, regarde à travers un trou en forme d'oeil, dans un mur, le ciel bleu et les oiseaux.

 

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Qui êtes-vous vraiment ?

Ce qui pense… ou ce qui regarde ?

 

 

Résumé : La conscience n’est pas multiple au sens de réalités séparées, mais elle peut être vécue selon différents plans. Le mental (citta), comparable à un système d’exploitation, traite l’expérience et permet l’action. L’âme incarnée (Jīvātman) vit cette expérience et peut soit s’identifier au mental, soit reconnaître ce qui, en elle, ne fluctue pas. Cette dimension non fluctuante est le témoin (Puruṣa). La vie spirituelle ne consiste pas à fuir l’existence, mais à se situer correctement : ne pas se confondre avec ce qui change, tout en assumant pleinement le rôle de l’incarnation.

 

Texte

Une ou plusieurs consciences ?

 

La question peut sembler simple : avons-nous une seule conscience, avec différents niveaux, ou plusieurs consciences de nature différente ?

 

Pour y répondre, il faut d’abord préciser de quoi l’on parle. Ce que l’on nomme conscience recouvre en réalité des aspects distincts, qui ne sont pas toujours clairement différenciés.

 

Il y a, en nous, ce qui pense, réagit, se souvient, anticipe. Ce champ, que certaines traditions nomment citta, correspond au mental — que l’on peut comparer à une forme de système d’exploitation du cerveau. Il est lié au fonctionnement du corps et à l’expérience quotidienne. Il est mouvant, instable, mais nécessaire.

 

Mais il existe aussi autre chose, plus discret, plus stable : une présence qui ne pense pas, qui ne réagit pas, qui ne se modifie pas au rythme des événements. Cette dimension est ce que les textes désignent comme le Puruṣa, le témoin.

 

Entre les deux, il y a l’âme incarnée (Jīvātman). Cette âme incarnée est comme une interface entre le témoin et le mental. C’est elle qui vit l’expérience, qui agit, qui subit les conséquences de ses actes, et qui est engagée dans le processus de la vie.

Le témoin et ce qui est impliqué

 

Le point essentiel est celui-ci : l’âme incarnée est impliquée dans l’expérience, alors que le témoin ne l’est pas.

 

Le mental pense, réagit, s’agite. L’âme incarnée vit cela, y participe, s’y identifie plus ou moins. Mais le témoin, lui, ne fait rien. Il ne s’oppose pas, il ne choisit pas, il ne se transforme pas.

 

La vie spirituelle ne consiste pas à créer ce témoin. Il est déjà là. Elle consiste à discerner ces différences et à s’identifier au bon niveau de conscience.

 

Tant que l’on est entièrement pris dans le mental, on se confond avec ce qui change. On se croit être ses pensées, ses émotions, ses rôles. Mais il devient possible, progressivement, de ne plus se définir uniquement par cela.

 

Alors, quelque chose se décale.

Y être, ou rester à la surface

 

Ce décalage n’est pas toujours constant. Il ne suffit pas de le comprendre intellectuellement pour qu’il s’installe durablement. Lorsqu’il devient stable, ce basculement correspond à ce que l’on appelle la Réalisation (sahaja-samādhi).

 

Dans la vie quotidienne, il est rare de demeurer en permanence dans cette reconnaissance. Les contraintes, les responsabilités, les interactions ramènent naturellement vers la surface, vers le mental et ses nécessités.

 

Il n’est pas possible, dans les conditions ordinaires de la vie, de demeurer en permanence dans cette conscience profonde. Non parce qu’elle serait inaccessible, mais parce qu’elle n’est pas engagée dans le mouvement de l’existence. L’incarnation suppose une implication : percevoir, agir, répondre, décider. Le citta, avec ses fonctions, participe à cet ajustement.

 

La conscience profonde, même lorsqu’elle est présente — comme dans les états de méditation stabilisés (dhyāna et samādhi) — ne traite pas ces nécessités. Elle n’organise pas l’action et ne répond pas aux situations.

 

C’est pourquoi la vie ne consiste pas à s’y maintenir en permanence, mais à ne pas l’oublier, tout en laissant le mental remplir son rôle. Cela ne signifie pas que la conscience profonde soit perdue ; il y a des degrés.

 

On peut ne pas être dans la profondeur du témoin sans être pour autant dans la confusion totale. Le mental peut être plus ou moins éclairé, plus ou moins apaisé, selon l’orientation que l’on donne à sa vie.

 

L’important n’est pas d’être en permanence dans un état particulier, mais de savoir qu’il existe autre chose que la seule agitation du mental.

Être conscient n’est pas vivre en extase

 

La conscience profonde n’est pas forcément une expérience spectaculaire. Elle ne se manifeste pas toujours par une béatitude intense.

 

Elle peut être beaucoup plus simple.

 

Un certain recul, une légèreté, une façon de ne pas être totalement absorbé par ce qui se passe. Comme un espace intérieur qui reste libre, même lorsque les circonstances demandent de l’attention.

 

Ce n’est pas une rupture avec la vie, mais une autre manière de la vivre.

Revenir à l’intérieur

 

Lorsque cette profondeur se perd, il n’y a pas de complication inutile à ajouter. Il s’agit simplement de revenir.

 

Revenir à l’intérieur ne signifie pas fuir le monde, mais cesser, un moment, de se laisser entraîner par le flux des pensées et des émotions.

 

La méditation est, pour cela, un moyen direct. Elle ne dépend pas de l’état dans lequel on se trouve au départ, mais de la disponibilité que l’on accepte de lui accorder.

 

Le service est une méditation en action. Il consiste à maintenir, au cœur de l’activité, une attention continue, en lien avec le Saint-Nom.

 

Lorsque l’attention se pose, lorsque les fluctuations du mental s’apaisent, ce qui est habituellement recouvert devient perceptible.

Les résistances du mental

 

Ce retour n’est pas toujours facile. Le mental a ses habitudes. Il préfère le mouvement à l’immobilité, l’occupation au silence.

 

Il peut y avoir une forme de vertige lorsque l’on s’approche du calme. Une impression de vide, parfois même une crainte. Mais ce qui a peur n’est pas le témoin. C’est le mental.

 

Dans certaines traditions, cette inertie ou cette peur est associée à une tendance particulière, que l’on nomme tamas. Elle maintient dans une forme d’obscurité ou d’évitement. Reconnaître cela permet de ne pas s’y perdre.

Le rôle de la pratique

 

On ne traverse pas ces étapes uniquement par la réflexion. Une orientation juste, des moyens adaptés et un cadre sont souvent nécessaires pour ne pas rester au niveau de l’intention.

 

Il arrive que la recherche se limite à l’accumulation de concepts, qui donnent une impression de compréhension sans conduire à une transformation réelle.

 

La pratique — la méditation, le service, et l’Observance — permet de ne pas rester au niveau des intentions. Elle donne un cadre dans lequel cette reconnaissance peut mûrir.

 

Les techniques ne sont pas un but en elles-mêmes. Elles servent à stabiliser l’attention, à limiter la dispersion, et à rendre possible un retour plus fréquent à cette profondeur.

 

Ce qui compte n’est pas l’accumulation de méthodes, mais la continuité.

Une question de position

 

Au fond, la question n’est pas tant de savoir s’il y a plusieurs consciences. Elle est de savoir où l’on se tient. Du côté de ce qui change, ou du côté de ce qui ne change pas.

 

La vie continue, avec ses obligations, ses contraintes, ses mouvements. Mais la manière de s’y situer peut évoluer. Et c’est cela, progressivement, qui transforme l’expérience de la vie et permet que l’âme réalise la raison de son incarnation.

 

 

Si vous avez des questions, vous pouvez les poser ici :

madhyama.marga@gmail.com

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