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Publié par Hans Yoganand

Cet article propose une lecture non-duelle (Advaita) des Yoga Sūtras de Patañjali et de la Bhagavad Gītā. Plutôt que de considérer ces textes comme fondamentalement dualistes, il explore la possibilité qu’ils décrivent un chemin de reconnaissance de l’unité.

Deux mains qui tiennent en leur creux une fleur de Lotus

 

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La vérité des Yoga Sûtras et de la Gītā

Une lecture non-duelle possible

 

 

Résumé : Cet article propose une lecture non-duelle (Advaita) des Yoga Sūtras de Patañjali et de la Bhagavad Gītā. Plutôt que de considérer ces textes comme fondamentalement dualistes, il explore la possibilité qu’ils décrivent un chemin de reconnaissance de l’unité.

 

En s’appuyant sur la polysémie du sanskrit, il montre que les notions de voyant (puruṣa), vu (dṛśya), mental (citta) ou libération (kaivalya) peuvent être comprises non comme des séparations réelles, mais comme des outils de discernement au service de la pratique.

 

Cette approche invite à lire ces textes autrement : non comme des systèmes philosophiques figés, mais comme des voies d’expérience, où la dualité s’apaise pour laisser apparaître une unité déjà présente.

 

Texte

Une illusion masquant l’unité

 

Et si la lecture dualiste des Yoga Sūtras de Patañjali et de la Bhagavad Gītā ne relevait pas d’une vérité définitive, mais d’une manière de lire parmi d’autres, masquant une unité fondamentale ?

 

L’Advaita Vedānta, s’enracinant dans les Upaniṣads, affirme l’identité de l’Ātman (le Soi) et de Brahman (la réalité absolue). Cette perspective non-duelle ne se présente pas comme une construction tardive, mais comme l’une des grandes orientations de la pensée indienne, traversant les siècles sous des formes diverses.

 

Pourtant, les Yoga Sūtras et la Gītā sont le plus souvent lus à travers des cadres interprétatifs où la dualité — entre le voyant et le vu, entre la conscience et la nature — joue un rôle structurant. Ces lectures, notamment celles issues de traditions comme le Sāṃkhya et des commentaires classiques, ont profondément marqué leur compréhension.

 

Sans les invalider, il est possible d’envisager une autre approche.

 

La polysémie du sanskrit, ainsi que la concision des textes, laissent place à plusieurs cohérences de lecture. Selon l’orientation adoptée, les distinctions posées peuvent être comprises comme des séparations ontologiques, ou comme des repères opératifs au service d’un processus de reconnaissance.

 

Cet article propose d’explorer cette seconde possibilité : lire les Yoga Sūtras et la Bhagavad Gītā dans une perspective orientée vers l’unité, non en opposition aux interprétations classiques, mais en déplaçant le regard.

Les racines védiques de l’unité

 

Les Upaniṣads affirment, à plusieurs reprises, l’identité de l’Ātman et de Brahman. Dans la Chāndogya Upaniṣad (6.8.7), la formule « Tat Tvam Asi »« Tu es Cela » — exprime cette non-dualité de manière directe.

 

Cette orientation ne nie pas l’expérience de la multiplicité, mais elle en interroge la portée. Ce qui apparaît comme séparation peut être compris comme une construction liée à la perception, plutôt que comme une division réelle de l’être.

 

Dans certaines lectures, cette apparente dualité est décrite comme māyā, non pas comme une illusion inexistante, mais comme une interprétation du réel. Elle peut également être évoquée, dans un langage plus symbolique, comme une Līlā, un jeu de manifestation, sans que cela impose nécessairement une vision théiste.

Les Yoga Sūtras : une lecture possible

 

Les Yoga Sūtras de Patañjali sont souvent interprétés dans un cadre dualiste, notamment en raison de la distinction entre puruṣa (le voyant) et dṛśya (le vu). Cette lecture, largement développée dans les commentaires traditionnels, demeure cohérente et structurée.

 

Cependant, le texte lui-même, par sa brièveté et sa densité, n’impose pas de manière explicite une ontologie systématique.

Prenons quelques sūtras

 

Le sūtra 1.2 — yogaḥ citta-vṛtti-nirodhaḥ — est généralement compris comme la cessation des fluctuations du mental. Selon une lecture classique, citta désigne un principe psychique distinct de la conscience pure.

 

Mais si l’on considère la polysémie du terme, citta peut aussi être compris comme le champ de l’expérience consciente tel qu’il se manifeste. Dans ce cas, la cessation des vṛttis ne vise pas à isoler une conscience séparée, mais à clarifier ce champ jusqu’à ce qu’il ne soit plus fragmenté.

 

De même, le sūtra 2.17 — draṣṭṛ-dṛśyayoḥ saṃyogo heyahetuḥ — est souvent traduit comme l’identification entre le voyant et le vu, cause de la souffrance. Le terme saṃyoga peut aussi être compris comme une forme d’attachement ou de confusion relationnelle, plutôt qu’une union ontologique entre deux entités distinctes.

 

Dans cette perspective, la souffrance ne naît pas d’un contact réel entre deux principes séparés, mais d’une manière de percevoir qui entretient cette séparation.

 

Le sūtra 2.23 — sva-svāmi-śaktyoḥ svarūpopalabdhi-hetuḥ saṃyogaḥ peut alors être lu non comme la description d’une relation réelle à dissoudre, mais comme un dispositif de reconnaissance.

 

Enfin, le sūtra 4.34 — kaivalya — souvent compris comme isolement — peut être envisagé autrement : non comme séparation, mais comme établissement dans une nature reconnue, libre des confusions qui la masquaient.

 

Ainsi, sans contredire les lectures classiques, il devient possible de faire apparaître une cohérence non-duelle, dans laquelle les distinctions servent le chemin, mais ne définissent pas l’être.

La Gītā : au-delà de la dualité apparente

 

La Bhagavad Gītā se présente comme un dialogue inscrit dans le cadre du Mahābhārata. Elle met en scène des tensions apparentes : agir ou renoncer, s’engager ou se détacher.

 

Mais ces oppositions sont progressivement dépassées.

 

Lorsque Kṛṣṇa affirme : « Celui qui Me voit partout et voit tout en Moi » (6.30), il ne propose pas une synthèse intellectuelle, mais une vision unifiée dans laquelle la séparation cesse d’être structurante.

 

L’action elle-même n’est plus en contradiction avec la connaissance. Elle devient l’expression d’une compréhension où le sujet et l’objet ne s’opposent plus de manière absolue.

Une autre manière de lire

 

Les cadres dualistes ont joué un rôle important dans la transmission et la structuration de ces textes. Ils offrent une cohérence et une méthode.

 

Mais ils ne sont peut-être pas les seuls possibles.

 

En revenant au texte, en tenant compte de la polysémie du sanskrit et en suspendant les cadres interprétatifs préétablis, une autre lecture peut apparaître. Dans cette lecture, la dualité n’est plus une structure du réel, mais un outil provisoire.

 

Ce qui est distingué au début du chemin peut ne plus l’être à son terme.

Conclusion

 

Les Yoga Sūtras et la Bhagavad Gītā peuvent être lus comme des textes décrivant une séparation à résoudre, ou comme des voies conduisant à la reconnaissance d’une unité déjà présente.

 

Dans cette seconde perspective, la pratique ne vise pas à produire l’unité, mais à dissiper ce qui en obscurcit l’évidence.

 

À mesure que les fluctuations s’apaisent, ce qui apparaissait comme deux peut être reconnu comme un.

 

Et ce qui était cherché comme un accomplissement se révèle alors comme ce qui n’a jamais cessé d’être.

 

 

Si vous avez des questions, vous pouvez les poser ici :

madhyama.marga@gmail.com

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