Lumière de jour, lumière de nuit
English below. Cet article explore la spiritualité telle qu'enseignée par sri Hans Yoganand ji comme un paradoxe où le chemin se confond avec le but. Vivre l'instant présent tout en évoluant vers l'harmonie du Tout est un défi quotidien.
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Résumé : Cet article explore la spiritualité telle qu'enseignée par sri Hans Yoganand ji comme un paradoxe où le chemin se confond avec le but. Vivre l'instant présent tout en évoluant vers l'harmonie du Tout est un défi quotidien. Ce texte explique comment notre âme doit se simplifier et se débarrasser du conditionnement de la naissance lié à trois influences majeures, celle des gunas.
Texte
Le paradoxe de la pratique
La vie sur cette voie spirituelle que propose sri Hans Yoganand ji est une sorte de paradoxe, à la manière du « chat de Schrödinger », car La Voie, la sadhana (1), est en même temps le chemin et le but.
(1) Sadhana : Mot sanskrit signifiant « ce qu'il faut faire » et désignant un ensemble de pratiques qui caractérisent une voie spirituelle (marga). Sur La Voie, cette sadhana se nomme agya, mot hindi signifiant « commandement ».
Perfection et gunas
La spiritualité, c’est vivre l’instant présent avec la bonne posture intérieure : une progression immobile, une densification de la conscience vers la perfection (sattva). Cette perfection que l'on cherche à atteindre n’est pas la nôtre ; c’est celle de l’harmonie du Tout, du Tao, comme disait Lao-Tseu.
J'ai utilisé le mot sanskrit sattva pour nommer la perfection. Ce mot a plusieurs acceptions. Il désigne la perfection du Tout, mais il est aussi le nom d'un des trois gunas. Pour expliquer les gunas simplement, on peut les voir comme les trois « couleurs primaires » de l'énergie qui teignent tout ce que nous pensons, ressentons et faisons. Ce sont des forces qui conditionnent notre météo intérieure :
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Tamas (la force qui freine) : Elle se manifeste par la lourdeur, la fatigue, la paresse et la confusion. Elle nous pousse à rester « dans le brouillard ». C'est la lumière de nuit, qui cache les choses.
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Rajas (la force qui pousse) : C'est l'énergie de l'action, du désir et de l'agitation. Elle nous met en mouvement, mais peut nous rendre stressés ou insatisfaits. C'est une lumière électrique, intense et parfois aveuglante.
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Sattva (la force qui éclaire) : C'est l'équilibre, la clarté et la joie paisible. Elle nous permet de voir les choses telles qu'elles sont, sans filtre. C'est la lumière de jour, limpide et naturelle.
Lorsque l’on est dans l’Observance de la sadhana, on est arrivé au but, mais on n’est pas complètement conscient d’être arrivé, ni de l’infinie perfection de sattva.
L’anatomie psychique de l’être incarné
L'être humain est composé du corps physique, de l'âme éternelle et d'un « bloc psychique ». L'âme éternelle est nommée atman ou purusha. Le bloc psychique est nommé citta. Ce mot désigne l'ensemble du système : c'est le « citta global ». Voici ses différents éléments :
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Manas (Mental sensoriel) : Il reçoit les informations des sens et coordonne les pensées immédiates.
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Ahamkara (Ego) : C'est le sentiment du « Je ». Il s’approprie les expériences (« C’est à moi », « Je suis ceci »).
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Buddhi (Intellect) : C'est la capacité de discernement, de jugement et de décision. C’est la partie la plus haute.
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Citta spécifique (Mémoire) : C'est le réservoir des impressions passées (samskaras), des souvenirs et des habitudes.
Le Voyant face au miroir du mental
Dans certains livres mystiques, comme le Yoga-Sutra, l'âme éternelle est désignée comme le Voyant (drastr). Il existe un autre terme important : le Jivatman.
Si les mots purusha et atman désignent l'âme dans son état absolu, le Jivatman est la conscience de cette âme durant son incarnation. Pour simplifier, on dit que le Jivatman est l'âme incarnée. Elle n'est pas seule dans le corps ; elle côtoie le bloc psychique (citta), et cela a un effet sur elle. Quand l'âme s'identifie au corps et au psychisme, elle devient le Jivatman.
Le mot « Voyant » indique que l'âme, ainsi identifiée, est comme une personne qui porte des lunettes teintées : elle voit le monde aux couleurs de ses verres et oublie la réalité originelle. Le but de la spiritualité enseignée par sri Hans Yoganand est de lui permettre de retrouver une vision juste, de se débarrasser de ses filtres et de ne plus s'identifier au seul bloc psychique.
Le piège subtil de la Chaîne d’Or
Pour se purifier, l'être humain doit se tourner vers la lumière de sattva. Il ne s'agit pas pour lui de lutter violemment contre le mal (tamas), mais simplement de lui tourner le dos.
Cependant, la Bhagavad-Gita explique que sattva, bien que lumineux, « enchaîne par l’attachement au bonheur et à la connaissance ». C’est la « Chaîne d’Or » : bien que faite d'un métal précieux, elle reste une entrave à la libération totale du Voyant. Ce piège se manifeste par :
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L’attachement au « Moi Spirituel » : L’ego (ahamkara) s’approprie les fruits de la pureté. Dès qu'un « Je » prétend posséder la paix, la dualité revient.
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La dépendance aux conditions favorables : On devient accro à la pureté et l'on rejette le reste du monde.
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La connaissance comme fardeau : Si le savoir reste théorique ou livresque sans devenir une expérience directe, on finit par aimer l’explication de la Vérité plus que la Vérité elle-même.
Transcender les gunas
Pour briser la Chaîne d’Or, il faut réaliser que c’est l'âme qui doit trouver la paix, et non seulement le mental. Comme le disait un grand sage : « On utilise une épine (sattva) pour enlever une autre épine (tamas/rajas) enfoncée dans la peau. Une fois l’épine retirée, on jette les deux. »
Vouloir lutter frontalement contre rajas (l'énergie vitale) est vain, car il fait partie de la prakrti (la nature originelle). Le propos de l’Observance est de parvenir à un état de conscience éclairé par la lumière de jour. On n’efface pas la nuit, on change simplement d'orientation. Notre but est d'être heureux d’un vrai bonheur : vivre comme il a été prévu que nous vivions.
Dieu nous fait cadeau de cette vie ; en faire bon usage et en profiter, c’est aussi cela, la Bhakti.
Si vous avez des questions, vous pouvez les poser ici :
madhyama.marga@gmail.com
Daylight, Nightlight
Summary: This article explores spirituality as taught by sri Hans Yoganand ji as a spiritual paradox where the path merges with the goal. Living in the present moment while evolving toward the harmony of the Whole is a daily challenge. This text explains how our soul must simplify itself and shed the conditioning of birth linked to three major influences: the gunas.
Text
The Paradox of Practice
Life on this spiritual path proposed by sri Hans Yoganand ji is a kind of paradox, much like "Schrödinger's cat", because The Path, the sadhana (1), is simultaneously the path and the goal.
(1) Sadhana: A Sanskrit word meaning "what must be done," referring to a set of practices characterizing a spiritual path (marga). On The Path, this sadhana is called agya, a Hindi word meaning "commandment."
Perfection and Gunas
Spirituality is about living the present moment with the right inner posture: a motionless progression, a densification of consciousness toward perfection (sattva). This perfection we seek to attain is not our own; it is the harmony of the Whole, the Tao, as Lao-Tzu said.
I used the Sanskrit word sattva to name perfection. This word has several meanings. It designates the perfection of the Whole, but it is also the name of one of the three gunas. To explain the gunas simply, they can be seen as the three "primary colors" of energy that tint everything we think, feel, and do. They are forces that condition our inner weather:
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Tamas (the restraining force): It manifests as heaviness, fatigue, laziness, and confusion. It pushes us to stay "in the fog." It is the nightlight that hides things.
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Rajas (the driving force): It is the energy of action, desire, and restlessness. It sets us in motion but can make us stressed or dissatisfied. It is an electric light, intense and sometimes blinding.
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Sattva (the illuminating force): It is balance, clarity, and peaceful joy. It allows us to see things as they are, without filters. It is the daylight, limpid and natural.
When one is in the Observance of sadhana, one has arrived at the goal, but one is not fully aware of having arrived, nor of the infinite perfection of sattva.
The Psychic Anatomy of the Incarnated Being
The human being is composed of the physical body, the eternal soul, and a "psychic block." The eternal soul is called atman or purusha. The psychic block is called citta. This word designates the entire system: it is the "global citta." Here are its different elements:
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Manas (Sensory Mind): It receives information from the senses and coordinates immediate thoughts.
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Ahamkara (Ego): It is the sense of "I." It appropriates experiences ("It is mine," "I am this").
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Buddhi (Intellect): It is the capacity for discernment, judgment, and decision. It is the highest part.
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Specific Citta (Memory): It is the reservoir of past impressions (samskaras), memories, and habits.
The Seer Facing the Mirror of the Mind
In certain mystical books, such as the Yoga-Sutra, the eternal soul is designated as the Seer (drastr). There is another important term: the Jivatman.
While the words purusha and atman refer to the soul in its absolute state, the Jivatman is the consciousness of this soul during its incarnation. To simplify, we say the Jivatman is the incarnated soul. It is not alone in the body; it coexists with the psychic block (citta), which affects it. When the soul identifies with the body and psyche, it becomes the Jivatman.
The word "Seer" indicates that the soul, so identified, is like a person wearing tinted glasses: it sees the world in the colors of its lenses and forgets original reality. The goal of the spirituality taught by sri Hans Yoganand is to allow it to regain right vision, to get rid of its filters, and to stop identifying solely with the psychic block.
The Subtle Trap of the Golden Chain
To purify oneself, the human being must turn toward the light of sattva. It is not a matter of violently fighting evil (tamas), but simply turning one's back on it.
However, the Bhagavad-Gita explains that sattva, though luminous, "binds through attachment to happiness and knowledge." This is the "Golden Chain": though made of precious metal, it remains a hindrance to the total liberation of the Seer. This trap manifests as:
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Attachment to the "Spiritual Self": The ego (ahamkara) appropriates the fruits of purity. As soon as an "I" claims to possess peace, duality returns.
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Dependence on favorable conditions: One becomes addicted to purity and rejects the rest of the world.
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Knowledge as a burden: If knowledge remains theoretical or bookish without becoming a direct experience, one ends up loving the explanation of Truth more than the Truth itself.
Transcending the Gunas
To break the Golden Chain, one must realize that it is the soul that must find peace, not just the mind. As a great sage said: "We use a thorn (sattva) to remove another thorn (tamas/rajas) embedded in the skin. Once the thorn is removed, we discard both."
Trying to fight rajas (vital energy) head-on is futile, as it is part of prakrti (original nature). The purpose of Observance is to reach a state of consciousness illuminated by daylight. We do not erase the night; we simply change our orientation. Our goal is to be happy with a true happiness: living as we were intended to live.
God gives us the gift of this life; making good use of it and enjoying it is also Bhakti.
madhyama.marga@gmail.com
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