L'amour
English below. Ce texte explore la distinction entre l’amour-sentiment et l’amour en tant que force créatrice (Shabda-Brahman). En s’appuyant sur l’étymologie et les textes sacrés (Yoga-Sūtra, Bhagavad-Gītā, Tao-Te-King), l’auteur démontre que la spiritualité authentique privilégie la bhakti (dévotion pure) et le Dharma (devoir) sur les passions romantiques ou sentimentales.
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Résumé : Ce texte explore la distinction entre l’amour-sentiment et l’amour en tant que force créatrice (Shabda-Brahman). En s’appuyant sur l’étymologie et les textes sacrés (Yoga-Sūtra, Bhagavad-Gītā, Tao-Te-King), l’auteur démontre que la spiritualité authentique privilégie la bhakti (dévotion pure) et le Dharma (devoir) sur les passions romantiques ou sentimentales. L'enseignement invite à transcender les émotions (vṛtti) et l’influence du guna rajas pour s'ancrer dans la sādhana (l'agya de La Voie) et la raison du guna sattva, seules voies vers une véritable Réalisation.
Texte
L’amour du Saint-Nom (Shabda-Brahman) n’est pas un sentiment, mais une force créatrice. Le mot « amour » vient étymologiquement du désir, de la volonté de prendre et de l’affection. Son origine est sanskrite : ā́ma (आमा), « attachement », devenu en indo-européen am : « prendre, saisir », puis en latin amor : « affection passionnée, désir ».
Dans une spiritualité authentique, attachement, désir et volonté de prendre sont vus négativement. Cela dit, un amour sincère et un attachement profond entre deux personnes est spirituel, car il relève du Dharma, le devoir : « Tu es responsable de ce que tu as apprivoisé ». (Antoine de Saint-Exupéry, Le Petit Prince).
Cherchez le mot « amour » dans les Yoga-Sūtra, le Dhammapada, les Suttas, les Upanishad, la Bhagavad-Gītā ou le Tao-Te-King : vous ne le trouverez presque jamais sous la forme qu’on lui donne chez nous. On y trouve bhakti — la dévotion —, mais jamais l’amour romantique.
Avec la formule chrétienne « Dieu est amour » (Jean 4:8, 16), c’est la première fois dans l’histoire qu’une religion affirme que son Dieu est ontologiquement amour. Avant, chez les Juifs, l’amour de Dieu était alliance, agapè : don gratuit, sacrificiel, non possessif.
Le Cantique des Cantiques : le grand tournant
Au IIᵉ-Iᵉʳ siècle av. J.-C., le Cantique des Cantiques introduit pour la première fois dans un texte sacré une poésie érotique brûlante : « Qu’il me baise des baisers de sa bouche ! ». Très vite lu allégoriquement, l’amant est Dieu, l’amante est Israël ou l’âme. C’est le texte fondateur de toute la mystique amoureuse occidentale : Dieu désire l’âme comme un amant désire sa bien-aimée, et l’âme peut désirer Dieu avec une passion sensuelle.
L’amour, sentiment polymorphe
Un seul mot pour mille réalités : aimer Dieu, aimer « bibliquement » une femme ou un homme, aimer son enfant, son pays, le fromage, sa voiture… L’amour change de nature selon son objet. Quand on aime Dieu, on reste dans le domaine des sentiments si cet amour n'est pas sublimé par la dédication dans sa vie pratique. Mais qu’est-ce qui prime : l’amour lui-même ou son objet ? Notre ego ou quelque chose de plus grand ?
Les limites des sentiments
Une émotion, aussi intense soit-elle, ne construit rien. Une maison ne s’élève pas avec des sentiments, mais avec des actes. En méditation, les émotions sont des vṛtti : des tourbillons à apaiser. L’amour divin n’est pas une émotion : il est créateur, à l’origine de l’univers.
Lao-Tseu l’appelait « la vertu du Tao » ; d’autres parlent de Parole, de Saint-Nom ou de Śabda-Brahman. L’amour humain pour Dieu relève-t-il de la même essence ? Ceux qui tuent au nom de Dieu aiment-ils vraiment ? Détruire sans nécessité les créatures de Dieu contredit l’amour véritable.
Dévotion ou amour ?
Le dictionnaire définit la dévotion comme un attachement fervent à une religion ou à une personne aimée et respectée. Mais la spiritualité authentique n’est pas une religion. La Voie propose l’agya : non un dogme, mais une sādhana, un ensemble vivant de pratiques.
On peut aimer une personne sans désir sexuel et s’attacher à elle sans que cela gêne la Réalisation, à condition de maîtriser l’attachement tamasique.
En résumé
L’amour n’a rien de spirituel tant qu’il n’est pas bhakti — la dévotion pure, à moins d'être sincère et désintéressé. Cela ne veut pas dire qu’il ne compte pas : tout dans la vie n’est pas spirituel au sens de l’Observance d’une sādhana.
Beaucoup de personnes mettent l’amour au pinacle de leur vie et vouent à Dieu un amour sans bornes, quand elles devraient avoir de la dévotion. Ces personnes sont sensibles et sentimentales, traits de caractère relevant du guna rajas, celui de la passion, du désir humain, entre autres choses. La spiritualité authentique veut privilégier l’influence du guna sattva, celui de la raison.
Si vous avez des questions, vous pouvez les poser ici :
madhyama.marga@gmail.com
Love
Summary: This text explores the distinction between love-as-a-feeling and love as a creative force (Shabda-Brahman). Drawing upon etymology and sacred texts (Yoga-Sutra, Bhagavad-Gita, Tao-Te-King), the author demonstrates that authentic spirituality prioritizes bhakti (pure devotion) and Dharma (duty) over romantic or sentimental passions. The teaching invites one to transcend emotions (vritti) and the influence of guna rajas to anchor oneself in sadhana (the agya of The Path) and the reason of guna sattva, the only ways toward true Realization.
Text
Love for the Holy-Name (Shabda-Brahman) is not a feeling, but a creative force. The word "love" etymologically comes from desire, the will to take, and affection. Its origin is Sanskrit: ā́ma (आमा), "attachment," which became am in Indo-European: "to take, to seize," and then in Latin amor: "passionate affection, desire."
In authentic spirituality, attachment, desire, and the will to take are viewed negatively. That said, a sincere love and a deep attachment between two people is spiritual, as it pertains to Dharma, or duty: "You become responsible, forever, for what you have tamed." (Antoine de Saint-Exupéry, The Little Prince).
Look for the word "love" in the Yoga-Sutra, the Dhammapada, the Suttas, the Upanishads, the Bhagavad-Gita, or the Tao-Te-King: you will almost never find it in the form we give it today. One finds bhakti — devotion — but never romantic love.
With the Christian formula "God is love" (1 John 4:8, 16), it is the first time in history that a religion asserts its God is ontologically love. Before, among the Jews, the love of God was a covenant, agape: a free, sacrificial, non-possessive gift.
The Song of Songs: The Great Turning Point
In the 2nd-1st century BC, the Song of Songs introduced, for the first time in a sacred text, glowing erotic poetry: "Let him kiss me with the kisses of his mouth!". Quickly read allegorically, the lover is God, and the beloved is Israel or the soul. It is the founding text of all Western love mysticism: God desires the soul as a lover desires his beloved, and the soul can desire God with a sensual passion.
Love, a Polymorphous Feeling
One single word for a thousand realities: loving God, loving a woman or a man "biblically," loving one's child, one's country, cheese, one's car... Love changes its nature according to its object. When we love God, we remain in the realm of feelings if this love is not sublimated by dedication in one's practical life. But what comes first: love itself or its object? Our ego or something greater?
The Limits of Feelings
An emotion, however intense it may be, builds nothing. A house is not raised with feelings, but with acts. In meditation, emotions are vritti: whirlpools to be stilled. Divine love is not an emotion: it is creative, at the origin of the universe.
Lao-Tzu called it "the virtue of the Tao"; others speak of the Word, the Holy-Name, or Shabda-Brahman. Does human love for God stem from the same essence? Do those who kill in the name of God truly love? To destroy God's creatures without necessity contradicts true love.
Devotion or Love?
The dictionary defines devotion as a fervent attachment to a religion or to a loved and respected person. But authentic spirituality is not a religion. The Path proposes agya: not a dogma, but a sadhana, a living set of practices.
One can love a person without sexual desire and be attached to them without it hindering Realization, provided that tamasic attachment is mastered.
In Summary
Love has nothing spiritual about it as long as it is not bhakti — pure devotion, unless it is sincere and selfless. This does not mean it does not matter: not everything in life is spiritual in the sense of the Observance of a sadhana.
Many people place love at the pinnacle of their lives and vow a boundless love to God, when they should have devotion. These people are sensitive and sentimental, character traits pertaining to guna rajas, that of passion and human desire, among other things. Authentic spirituality seeks to favor the influence of guna sattva, that of reason.
madhyama.marga@gmail.com
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