La Voie, mode d’emploi pour vivre vrai
English below. Ce texte s’inspire du texte précédent, « La vérité des Yoga Sūtras et de la Gītā », pour offrir une explication accessible destinée à ceux qui ne maîtrisent pas le sanskrit. Il explore le dualisme du Sāṃkhya et de Vyāsa, qui divise l’âme et le monde matériel, et le monisme de l’Advaita Vedānta, qui célèbre l’unité de tout.
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Ce texte s’inspire du texte précédent, La vérité des Yoga Sūtras et de la Gītā, pour offrir une explication accessible destinée à ceux qui ne maîtrisent pas le sanskrit, il explore le dualisme du Sāṃkhya et de Vyāsa, qui divise l’âme et le monde matériel, et le monisme de l’Advaita Vedānta, qui célèbre l’unité de tout.
Imaginez un monde où tout est un : vous, moi, la nature, l’univers entier. Pas de séparation, juste une grande unité. C’est l’idée centrale de textes anciens comme les Yoga Sūtras de Patañjali et la Bhagavad Gītā, deux joyaux de la spiritualité indienne.
Pourtant, pendant des siècles, ces textes ont été lus à travers un filtre qui divise tout en deux : le corps d’un côté, l’âme de l’autre. Ce filtre, c’est le Sāṃkhya, une philosophie dualiste qui a influencé la façon dont on comprend ces œuvres.
Mais en grattant sous la surface, on découvre que leur message originel parle d’unité, pas de division. Allons-y pas à pas pour comprendre cette histoire fascinante.
Commençons par une idée clé : le monisme. Dans la pensée moniste, tout dans l’univers fait partie d’une seule et même réalité. Imaginez un océan : chaque vague semble différente, mais toutes sont faites de la même eau. C’est pareil pour nous et l’univers.
Dans la tradition indienne, les Upaniṣads (des textes très anciens, écrits entre 800 et 300 avant notre ère) affirment que l’Ātman (l’âme individuelle, votre essence profonde) et le Brahman (la conscience universelle, l’énergie qui anime tout) ne font qu’un.
La formule « Tat Tvam Asi » (« Tu es Cela ») dans la Chāndogya Upaniṣad résume cette idée : vous n’êtes pas séparé du Tout, vous êtes le Tout.Cette vision, appelée Advaita Vedānta (littéralement « non-dualité »), voit les différences entre les choses – comme le bien et le mal, le jour et la nuit, vous et moi – comme une illusion, un peu comme un jeu divin, une lilà, qu’on appelle māyā. Ce « jeu » donne l’impression que tout est séparé, mais en réalité, tout est connecté.
Maintenant, entrons dans le dualisme, l’opposé du monisme. Le dualisme dit que l’univers est divisé en deux réalités distinctes : d’un côté, la conscience pure (appelée puruṣa dans le Sāṃkhya), et de l’autre, la matière (appelée prakṛti), qui inclut tout ce qui est physique, comme le corps, les pensées et les émotions.
Selon le Sāṃkhya, une philosophie codifiée entre 350 et 450 de notre ère, ces deux réalités sont totalement séparées. Imaginez une pièce avec deux moitiés : l’une représente l’âme, immobile et pure, et l’autre représente tout ce qui change, bouge, vit, comme le monde matériel.
Dans le Sāṃkhya, la souffrance vient du fait qu’on mélange ces deux mondes. On croit à tort que notre âme (puruṣa) est liée aux émotions, aux désirs ou aux problèmes du monde matériel (prakṛti).
Le but, selon cette philosophie, est de « détacher » l’âme de la matière pour qu’elle retrouve sa pureté, un peu comme si on libérait un oiseau d’une cage.
Les Yoga Sūtras de Patañjali (écrits entre 200 avant notre ère et 400 de notre ère) et la Bhagavad Gītā (un texte inséré dans l’épopée du Mahābhārata) sont deux œuvres qui, à l’origine, semblent porter ce message d’unité moniste. Mais elles ont été reinterpretées à travers le filtre dualiste du Sāṃkhya, notamment par un commentateur nommé Vyāsa.
Télécharger le PDF : Le Yoga Sûtra avant Vyasa
Vyāsa, un sage légendaire, a écrit des commentaires influents, comme le Yogabhāṣya pour les Yoga Sūtras. Il a lu ces textes en imposant l’idée du Sāṃkhya : que l’âme (puruṣa) doit se séparer de la matière (prakṛti) pour atteindre la libération.
Mais en relisant les textes originaux, on peut voir qu’ils parlent d’autre chose. Dans les Yoga Sūtras, par exemple, Patañjali parle de citta, souvent traduit comme « esprit » dans une lecture dualiste. Mais si on traduit citta comme une « âme incarnée » – une sorte de pont entre l’âme universelle et le monde matériel –, le texte prend un sens moniste.
Les « fluctuations de l’esprit » (pensées, émotions) ne sont pas juste des obstacles à éliminer, mais des mouvements dans un grand jeu divin (Līlā) qui nous guide vers l’unité. En méditant profondément (dhyāna) et en atteignant l’absorption (samādhi), on réalise que l’âme et l’univers ne font qu’un.
De même, dans la Bhagavad Gītā, Kṛṣṇa (une figure divine) guide Arjuna, un guerrier, à dépasser les oppositions (action/détachement, victoire/défaite) pour comprendre que tout est uni dans une conscience universelle. Des versets comme « Celui qui Me voit partout et voit tout en Moi » (Gītā 6.30) rappellent l’idée moniste des Upaniṣads : tout est connecté.
Alors, pourquoi ces textes ont-ils été lus comme dualistes ? À partir du 1er millénaire avant notre ère, l’hindouisme a cherché à unifier différentes traditions (védiques, spirituelles, tribales) sous un seul cadre. Pour rendre ces textes plus « acceptables » dans ce nouvel hindouisme, des commentateurs comme Vyāsa ont imposé des idées dualistes, notamment celles du Sāṃkhya.
Ils ont ajouté des concepts comme puruṣa et prakṛti là où les textes originaux n’en parlaient pas forcément. Par exemple, dans certains versets des Yoga Sūtras, Vyāsa insère des idées dualistes qui ne sont pas dans le texte sanskrit original.
La Gītā, elle, a été intégrée dans le Mahābhārata, une grande épopée, pour lui donner une couleur hindouiste. Kṛṣṇa, qui pourrait représenter une figure mystique universelle, a été transformé en avatar de Viṣṇu, une divinité hindoue, pour s’inscrire dans ce cadre.
Heureusement, il existe une autre façon de lire ces textes, grâce à l’Advaita Vedānta, et à La Voie, une philosophie qui revient à l’idée d’unité des Upaniṣads. Selon l’Advaita, la dualité (moi vs le monde, âme vs matière) est un jeu divin (Lilà) qui nous pousse à chercher la vérité.
En méditant, en apaisant les pensées et les émotions, on dissout cette illusion et on réalise qu’on fait partie du Tout. Les Yoga Sūtras et la Gītā, lus dans cette perspective, ne parlent pas d’isoler l’âme, mais de la reconnecter à l’univers. Les émotions, les pensées, les expériences de la vie ne sont pas des ennemis à rejeter, mais des étapes dans un voyage vers l’unité.
Les Yoga Sūtras et la Bhagavad Gītā nous invitent à voir au-delà des divisions. Malgré les réécritures dualistes de Vyāsa et du Sāṃkhya, leur message originel est clair : tout est un. La méditation, la réflexion et la pratique du yoga ne servent pas à nous couper du monde, mais à nous fondre dans l’unité de l’univers. L’Advaita Vedānta nous rappelle cette vérité : nous ne sommes pas séparés, nous sommes le Tout.
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Picture a world where everything is one: you, me, nature, the entire universe. No separation, just one big unity. That’s the core idea behind ancient texts like the Yoga Sutras of Patanjali and the Bhagavad Gita, two gems of Indian spirituality.
But for centuries, these texts have been read through a lens that splits everything in two: the body on one side, the soul on the other. That lens is Samkhya, a dualistic philosophy that shaped how people understood these works.
Dig a little deeper, though, and you’ll find that their original message is about unity, not division. Let’s break it down step by step to unravel this fascinating story.
Let’s start with a key concept: monism. In monistic thought, everything in the universe is part of a single reality. Think of an ocean: every wave looks different, but they’re all made of the same water. It’s the same with us and the universe.
In Indian tradition, the Upanishads (ancient texts written between 800 and 300 BCE) teach that the Atman (your individual soul, your deepest essence) and Brahman (the universal consciousness, the energy that powers everything) are one and the same.
The phrase “Tat Tvam Asi” (“You Are That”) from the Chandogya Upanishad sums it up: you’re not separate from the Whole—you are the Whole. This view, called Advaita Vedanta (literally “non-duality”), sees differences—like good and evil, day and night, you and me—as an illusion, a kind of divine play called maya. This “play” makes it seem like everything is separate, but in reality, it’s all connected.
Now, let’s talk about dualism, the opposite of monism. Dualism says the universe is split into two distinct realities: on one side, pure consciousness (called purusha in Samkhya), and on the other, matter (called prakriti), which includes everything physical, like your body, thoughts, and emotions.
According to Samkhya, a philosophy formalized between 350 and 450 CE, these two realities are completely separate. Imagine a room divided in half: one side is the soul, still and pure; the other is everything that moves, changes, and lives, like the material world.
In Samkhya, suffering comes from mixing these two worlds. We mistakenly think our soul (purusha) is tied to the emotions, desires, or problems of the material world (prakriti). The goal, according to this philosophy, is to “detach” the soul from matter so it can return to its pure state, like freeing a bird from a cage.
The Yoga Sutras of Patanjali (written between 200 BCE and 400 CE) and the Bhagavad Gita (a text embedded in the epic Mahabharata) seem to carry this monistic message of unity at their core. But they’ve been reinterpreted through the dualistic lens of Samkhya, largely by a commentator named Vyasa.
Vyasa, a legendary sage, wrote influential commentaries, like the Yogabhashya for the Yoga Sutras. He read these texts through Samkhya’s framework, insisting that the soul (purusha) must separate from matter (prakriti) to achieve liberation.
But when you go back to the original texts, they tell a different story. In the Yoga Sutras, for example, Patanjali talks about citta, often translated as “mind” in a dualistic reading. But if we translate citta as an “embodied soul”—a kind of bridge between the universal soul and the material world—the text takes on a monistic meaning.
The “fluctuations of the mind” (thoughts, emotions) aren’t just obstacles to eliminate; they’re part of a divine play (lila) that guides us toward unity. Through deep meditation (dhyana) and absorption (samadhi), we realize that the soul and the universe are one.
Similarly, in the Bhagavad Gita, Krishna (a divine figure) guides Arjuna, a warrior, to move beyond opposites (action vs detachment, victory vs defeat) and understand that everything is united in a universal consciousness. Verses like “He who sees Me everywhere and sees everything in Me” (Gita 6.30) echo the monistic idea of the Upanishads: everything is connected.
So, why were these texts read as dualistic? Starting around the 1st millennium BCE, Hinduism worked to unify various traditions (Vedic, spiritual, tribal) under one framework. To make these texts more “acceptable” within this new Hinduism, commentators like Vyasa applied dualistic ideas, especially from Samkhya.
They added concepts like purusha and prakriti where the original texts didn’t always mention them. For example, in some verses of the Yoga Sutras, Vyasa inserts dualistic ideas that aren’t in the original Sanskrit.
The Gita, meanwhile, was woven into the Mahabharata, a grand epic, to give it a Hindu flavor. Krishna, who might represent a universal mystic figure, was turned into an avatar of Vishnu, a Hindu deity, to fit this framework.
Thankfully, there’s another way to read these texts, thanks to Advaita Vedanta, a philosophy that returns to the Upanishads’ idea of unity. According Stuarts, Advaita sees duality (me vs the world, soul vs matter) as a divine play (lila) that pushes us to seek the truth.
By meditating and calming our thoughts and emotions, we dissolve this illusion and realize we’re part of the Whole. The Yoga Sutras and the Gita, read through this lens, aren’t about isolating the soul but reconnecting it to the universe. Emotions, thoughts, and life experiences aren’t enemies to reject—they’re steps on a journey toward unity.
The Yoga Sutras and the Bhagavad Gita invite us to see beyond divisions. Despite the dualistic rewrites of Vyasa and Samkhya, their original message is clear: everything is one. Meditation, reflection, and yoga practice don’t cut us off from the world—they help us merge with the unity of the universe. Advaita Vedanta reminds us of this truth: we’re not separate; we are the Whole.
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