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Ce livre est une nouvelle traduction de la Bhagavad-Gîtâ, moins le chapitre premier et le onzième, qui n'étaient pas dans le livre original, avant que les hindouistes ne le récupèrent, en l'intégrant, artificiellement, dans un de leurs livres, le Mahabharata. Le nom du maître de cet enseignement est inconnu. Les hindouistes l'ont surnommé "le noir", c'est-à-dire "krishna".

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Le chant de l'éveillé

 

 

 

 

Ce livre, « Le chant de l'éveillé », est une nouvelle traduction de la Bhagavad-Gîtâ, moins deux chapitres qui n'étaient pas dans le livre original, c'est-à-dire le chapitre premier et le chapitre onze. Le chapitre premier est la généalogie et la présentation des personnages du Mahâbhârata, livre de geste hindouiste n'ayant rien à voir avec l'enseignement délivré par le livre et le chapitre onze, qui n'est qu'une suite de louanges à Dieu.

 

La Bhagavad-Gîtâ est un recueil des enseignements d'un maître-parfait, c'est-à-dire d'un éveillé, comme sri Gautama l'était. Ce maître-parfait, cet éveillé, personne n'en connaît le nom, ni l'histoire ; il a été totalement oublié. Il ne reste que les traces de son enseignement, compilées dans « Le chant de l'éveillé ». Certains traduisent le mot « Bhagavad-Gîtâ » par : « Le chant du bienheureux », ou « Le chant du Seigneur », mais le mot bienheureux désigne, dans ce contexte, un éveillé.

 

La Bhagavad-Gîtâ daterait d'une époque comprise entre le cinquième et le premier siècle avant notre ère et elle serait, à l'origine, une Upanishad, c'est-à-dire un ensemble d'écrits considérés comme sacré, elle aurait été la « Bhagavadgîtopanishad ». Le mot sanskrit « Unpanishad » signifie « Venir s'asseoir respectueusement aux pieds du maître pour écouter son enseignement », ce qui correspond à « aller au satsang ». Satsang veut dire « compagnie de la vérité » et désigne, sur La Voie, un des quatre piliers qui font sa sadhana, c'est-à-dire l'ensemble de sa pratique.

 

Le mot « Upanishad » signifie « audition », « oreille », « connaissance révélée » ou shruti (en sanskrit), ou encore « vijnana ». Dans « Le chant de l'éveillé » (ou Bhagavad-Gîtâ), il est très souvent question de « connaissance » et ce mot, dans le contexte de ce livre, désigne deux choses : la révélation de la vérité, la parfaite conscience de la béatitude (satçitananda) et la pratique spirituelle en elle-même, la sadhana. Les Upanishad sont des prolongements des « Veda-Samhitas ». On dénombre plus de cent Upanishad différentes, dont dix principales. Les Upanishad majeures sont les plus anciennes, on les pense écrites entre huit-cent et cinq-cent ans avant notre ère.

 

Quand bien même la Bhagavad-Gîtâ serait une Upanishad, que ça ne changerait rien à l'enseignement spirituel qu'elle contient et que l'on ne connaisse rien à celui qui l'a inspirée. Le maître, l'éveillé a disparu des mémoires. Les hindouistes, vers le premier siècle avant notre ère, ont récupéré ce livre et ils l'ont réécrit, de façon à ce qu'il entre dans le « Mahâbhârata », une sorte de « chanson de geste », qui raconte la grande guerre entre deux familles nobles, les Pandava et les Kaurava.

 

Les Aryas, qui ont composé ce grand poème vers la fin du premier siècle avant notre ère, n'ont pas écrit un livre d'enseignement spirituel, il s'agit juste d'un poème épique, qui raconte les aventures de ces deux familles. En Inde, les enfants lisent des petits fascicules où sont racontés, sur le mode « aventures romancées », ces épisodes du Mahâbhârata. Le seul contenu spirituel de cette saga, c'est la Bhagavad-Gîtâ ! Mais ce livre ne faisait pas parti de cette histoire des Aryas ! Ils ont ajouté, à la Bhagavad-Gîtâ, un personnage du Mahâbhârata, Arjuna, et remanié le texte original de façon à en faire un dialogue entre lui et « Krishna ».

 

Le maître, l'éveillé qui enseignait la « connaissance » était un homme autochtone, sombre de peau, comme les Dravidiens, ou le peuple Mundas et les Adivasis actuels. Les Aryas, venus de la Bactriane (région à cheval sur les états actuels d'Afghanistan, du Tadjikistan, et de l'Ouzbékistan, située entre les montagnes de l'Hindou Kouch et le fleuve Amou-Daria.) et des plateaux de Perse (l'Iran), étaient clairs de peau. Comme ce maître était « noir », de type dravidien, ils le surnommèrent « krishna », ce qui signifie « le sombre » ou « le noir », on pourrait même dire : « le nègre ». Dans les Védas originelles, celles des Aryas, toutes sortes de gens étaient ainsi surnommés, hommes comme femmes.

 

Les hindouistes ont déifié ce maître-éveillé, "Krishna", en ont fait un avatar de Vishnou, un des trois Dieux de leur Trimurti, avec Shiva et Brahmà, afin de le faire entrer dans l'hindouisme. D'autres en ont fait le Dieu suprême. C'est comme pour sri Gautama, le bouddha (éveillé) le plus connu, qui vécu vers le sixième siècle avant notre ère, que l'on a aussi déifié. Les hindouistes, grands récupérateurs, en ont fait, comme pour krishna, un avatar de Vishnou, alors que lui-même, sri Gautama, ne s'est jamais prétendu autre chose qu'un simple être humain ordinaire (Walpola Rahula, « l'enseignement du Bouddha », 1978, coll. point, ed. du Seuil, Paris). Certains versets, tout au long du livre, ont été ignorés, ils ne servaient que de justification du faux dialogue entre Krishna et Arjuna, et ont été ajoutés au texte originel, dans le but de l'intégrer au Mahabharata. Pour le reste, la traduction nouvelle a été éclairée par la connaissance intime de la mystique enseignée, que le traducteur pratique quotidiennement depuis 1975.

 

 

 

Chapitre 1

 Commencement de l'enseignement

 

La numérotation entre parenthèse correspond à celle de la Bhagavad-Gîtâ habituelle

 

 

1.1 (2:11 à 13)

 

L'initié, pratiquant la vraie voie, ne pleure ni les vivants ni les morts. Après la mort, l’âme prend un nouveau corps, aussi naturellement qu’elle est passée de l’enfance à la jeunesse, puis à la vieillesse. Cette perspective ne trouble pas celui qui a conscience de sa véritable nature.

 

 

1.2 (2:14 à 16)

 

Éphémères, les joies et les peines, comme les étés et les hivers qui vont et viennent. Ces joies et ces peines ne sont dues qu’à la rencontre des sens avec la matière et il te faut apprendre à ne pas en être affecté. Celui que n’affectent ni les joies ni les peines, qui en toutes circonstances demeure serein et résolu, celui-là connaîtra le Royaume. Après avoir compris la nature des joies et des peines, l'initié, pratiquant la vraie voie, conclut à la permanence de la vérité et à l’impermanence de l’illusion.

 

 

1.3 (2:17 à 19)

 

L'âme est éternelle et indestructible, seuls les corps matériels et le mental qu’elle utilise sont sujets à la destruction. Ignorant est celui qui croit que l'âme peut être tuée, l'initié, pratiquant la vraie voie, connaît sa nature.

 

 

1.4 (2:20 à 22)

 

L’âme n'est limitée ni par la naissance ni par la mort. Éternelle, immortelle, elle n’aura pas de fin. Après la mort, elle revêt un corps nouveau, de même qu’on se défait de vêtements usés pour en revêtir de neufs.

 

1.5 (2:23/24)

 

Aucune arme ne peut tuer l’âme, ni le feu la brûler ; l’eau ne peut la mouiller, ni le vent la dessécher. Elle est indivisible, immuable et insoluble.

 

 

1.6 (2:27 à 30)

 

La mort est certaine pour ce qui naît, et certaine la naissance pour ce qui meurt. Toutes choses créées sont, à l’origine, non manifestées ; elles se manifestent dans leur état éphémère et, une fois dissoutes, se retrouvent non manifestées. Certains, identifiés à l'âme, voient son essence et c’est pour eux une merveille. D'autres ne font qu'en parler et, d'autres encore, en entendent parler. Il en est qui, même après en avoir entendu parler, ne peuvent y croire. L'Esprit qui siège dans le corps est éternel, il ne peut être tué.

 

 

1.7 (2:39 à 41)

 

Après avoir reçu la connaissance de la nature réelle de l'âme, l'initié peut maîtriser le mental, ce qui lui permet de se détacher du fruit de ses actes, alors il goûte aux délices de l'harmonie, de sa Grâce. Pour l'initié, pratiquant la vraie voie, aucun effort n’est vain, nul bienfait acquis n’est jamais perdu ; chaque pas le rapproche de la Libération. Résolu dans l'Observance, il n'a qu'un but : rester dans l'harmonie. Celui qui manque de constance, connaît la confusion.

 

1.8 (2:42/43)

 

Celui qui n'a pas la vraie connaissance, s’attache au langage fleuri des livres saints et savants, qui enseignent diverses pratiques pour atteindre les délices de paradis théoriques, ou pour renaître en des incarnations plus favorables et y gagner la puissance et d’autres bienfaits. Enflammé de désir pour les joies d’une vie opulente, il est aveugle et sourd à la vérité.

 

 

1.9 (2:44 à 46)

 

Tant que tu n'es attiré que par les plaisirs matériels, tant que des joies éphémères te plongent dans la confusion, il t'est impossible d'atteindre la béatitude. Libère-toi de ta nature primaire, de tes désirs et reste dans la pleine conscience de l'Unité. Comme la source remplace avantageusement le puits, celui qui connaît la cause de l'illusion du monde, profite des plaisirs du monde sans s'y perdre.

 

 

1.10 (2:47 à 50)

 

Assume tes devoirs, sans chercher à les fuir et sans être lié ni par le succès ni par l’échec, c'est ta liberté. Efforce-toi d'agir en renonçant aux fruits de tes actes et ne crois pas être à l'origine de leurs conséquences. Reste dans l'Unité, hors des fluctuations du mental. Avares sont ceux qui aspirent aux fruits de leurs actes. Le service* libère, qui s’y engage, des suites de l’action, bonnes ou mauvaises.

 

*Le service : un des quatre piliers de la sadhana de La Voie, le non-agir du Tao-Te-King.

 

 

1.11 (2:51 à 53)

 

Absorbé dans le service, l'initié pratiquant la vraie voie a son séjour dans l'Unité et, renonçant aux fruits de ses actes*, il s’affranchit du cycle des incarnations, libre de toute souffrance. Quand ton esprit aura traversé le mur de l'illusion, tu connaîtras le détachement. Quand tu ne seras plus distrait par les connaissances vaines, des livres-saints, quand tu seras entièrement tourné vers la réalisation, alors tu seras et resteras dans l'Unité.

 

* Renonçant aux fruits de ses actes : pratiquant le « service » (un des quatre piliers de La Voie), ou « non-agir » du Tao-Te-King.

 

 

1.12 (2:55/56)

 

Celui qui connaît sa véritable nature s'affranchit des désirs et trouve la satisfaction dans l'Unité. Celui que ni la souffrance, ni les joies d'ici-bas ne touchent plus, qui n'a plus ni attachement, ni crainte, ni colère, a réalisé la vraie connaissance.

 

 

1.13 (2:57 à 60)

 

Éloignée des sollicitations des sens, l'âme incarnée leur est encore attaché. Forts et impétueux sont les sens ; ils captivent même le mental du sage qui veut les maîtriser. Que l'âme retrouve l'Unité et les désirs se calmeront avec les fluctuations du mental* et elle restera fermement établie dans la vraie connaissance.

 

* Les fluctuations du mental : Vrttis (voir les yogasûtras).

 

 

1.14 (2:61 à 64)

 

Qui maîtrise ses sens et s’absorbe dans l'Unité montre une conscience sûre. En s'intéressant aux objets du plaisir, l'Homme s'attache et la convoitise vient et la colère suit. La colère mène à l'illusion, l'illusion à l'égarement, alors la conscience s'éteint et l'Homme se perd dans la vie du monde. Celui qui maîtrise ses sens, en allant sur la vraie voie, prend conscience de la Grâce et se voit ainsi libéré de tout attachement, comme de toute aversion.

 

 

1.15 (2:65 à 68)

 

La souffrance n'existe plus pour celui qui voit la Grâce en toutes choses. Devenu serein sa conscience ne tarde pas à s'éclaircir. Une âme confuse ne peut maîtriser le mental, ni voir la Grâce, comment, alors, connaître la paix et goûter au vrai bonheur ? Comme un vent violent balaie, sur l'eau, une barque, il suffit que l'un des sens entraîne le mental pour que la conscience se perde. Celui qui détourne sa conscience de ses sens possède une raison sûre.

 

 

1.16 (2:69/70)

 

La vraie connaissance vient à celui qui maîtrise son mental et ses sens. Ce qui est la vérité, pour ceux qui sont dans l'ignorance, est illusion pour celui qui connaît l'Unité. Seul celui qui reste ferme dans le flot des désirs, comme la mer reste immuable malgré les mille fleuves qui s'y jettent, trouvera la paix mais certainement pas celui qui cherche à satisfaire ses désirs.

 

 

1.17 (2:71/72)

 

Celui que les plaisirs matériels n’attirent plus, qui n’est plus esclave de ses désirs, qui a rejeté tout esprit de possession et qui s’est libéré du faux-ego, peut seul connaître la paix parfaite. Celui qui, au moment de sa mort, retrouve le chemin de l'Unité, celui-là entrera au Royaume.

 

Chapitre 2

Le Service et les devoirs de l'être humain

 

 

 2.1 (3:3 à 6)

 

Deux sortes d'hommes réalisent la vérité absolue. Certains réalisent par l'ascèse, ou la réflexion philosophique, d'autres en agissant dans le service*. Ce n'est pas en s'abstenant d'agir que l'on peut se libérer du fruit de nos actes* ; le détachement seul ne suffit pas pour atteindre l'Unité parfaite.

 

Inéluctablement, l'homme se voit contraint d'agir sous l'influence de sa nature* et ne peut demeurer inactif, même pour un instant. Celui qui assidu à sa pratique et aux sacrifices, mais dont le mental s'attache encore aux objets perçus par les sens, est un ignorant se berçant d'illusions.

 

* Le service : le non-agir du Tao-Te-King.

* Le fruit de nos actes : Le karma.

* Sa nature : les gunas.

 

 

2.2 (3:7 à 9)

 

Celui qui discipline ses sens, en maîtrisant son mental et qui, sans attachements, reste dans le service, est proche de l'Unité parfaite. Il convient de s'offrir, en action, à l'Unité, pour ne pas que les actes nous enchaînent au monde matériel. Remplis tes obligations en restant dans le service et à jamais tu seras libéré des chaînes de la matière et de la loi d'action-réaction*.

* La loi d'action-réaction : le karma

 

 

2.3 (3:10 à 13)

 

Le Créateur peupla l'univers et recommanda aux Hommes la dédication. Il les bénit en disant : « Que cette grande Observance vous apporte le bonheur et répande sur vous tous les bienfaits désirables ». Par cette Observance, la Grâce satisfera aux besoins des Hommes. Mais la Grâce s'obtient en se donnant. L'initié, pratiquant la vraie voie, est libéré de la confusion parce qu'il ne mange que de la nourriture consacrée*. Ceux qui ne se nourrissent que de ce qu'ils ont préparé pour eux seuls, ne se nourrissent que de leur ignorance.

 

* La nourriture consacrée : le « Prashad ». Manger en méditant, c'est dédier la nourriture à Dieu, ainsi elle devient de la nourriture consacrée.

 

 

2.4 (3:14 à 19)

 

Les êtres vivent grâce à la nourriture qui dépend des pluies et les pluies coulent par la Grâce. La conscience de la Grâce vient aux Hommes qui s’acquittent de leurs devoirs avec dédication et par l'Observance des piliers de La Voie. Les devoirs sont donnés par la connaissance* et la connaissance vient de la conscience de l'Unité. Cette conscience se trouve dans l'accomplissement de ses devoirs et l'Observance de l'agya*.

 

Celui qui n'accomplit pas son devoir et n'observe pas les prescriptions de La Voie, vit certainement dans l'erreur, car celui qui se complaît dans les seuls plaisirs des sens existe en vain. Cependant, pour l'initié, pratiquant la vraie voie, le devoir assumé n'offre de satisfaction que s'il l'a été dans le service*.

 

Celui qui a réalisé son identité spirituelle est désintéressé. Ce que l'on pense de ses actes ne lui importe pas. Ainsi, l'Homme doit agir par sens du devoir, détaché du fruit de ses actes*, car par l'action libre d'attachements, il atteint l'Absolu.

 

* Connaissance non-apprise.

* L'agya : nom donné à la sadhana de La Voie, ou les quatre piliers.

* Le service : non-agir du Tao-Te-King. Le Service est un des trois piliers de la pratique de La Voie.

* Détaché du fruit de ses actes : dans le non-agir ou service (un des quatre piliers).

 

 

2.5 (3:25/26)

 

En accomplissant son devoir l'ignorant* s'attache aux fruits de son labeur. L'initié, pratiquant la vraie voie ; agit lui aussi, mais sans attachements, dans le seul but de rester sur La Voie juste. Qu'il ne trouble pas l'ignorant, attaché aux fruits de ses actes. L'initié doit encourager l'ignorant au bhakti*.

 

* L'ignorant : celui qui n'a pas la connaissance (non-apprise), qui n'a pas eu la Révélation et qui ne peut pas pratiquer le non-agir (service).

* Bhakti : dévotion, agir avec amour et dédication.

 

 

2.6 (3 :27 à 29)

 

Sous l'influence de la nature humaine*, la conscience égarée par le faux-ego* croit être l'auteur de ses actes, alors qu'en réalité, ils sont accomplis par la nature. Celui qui connaît la nature de la vérité absolue ne se préoccupe pas des sens et de leurs plaisirs, car il sait la différence entre l'acte intéressé et l'acte fait dans le détachement et la dédication.

 

Dérouté par sa nature, l'ignorant s'absorbe dans des activités matérielles auxquelles il s'attache. Mais bien que, par la pauvreté du savoir de leur auteur, ces actions soient d'ordre inférieur, le sage ne doit pas troubler celui qui les accomplit.

 

* La nature humaine : les trois gunas (Sattva, Rajas et Tamas), ou la Prakriti. Sattva est l'harmonie, la lumière, l'amour, la spiritualité. Rajas est l'énergie, la passion, le désir et l'activité. Tamas est l'inertie, la lourdeur, l'ignorance, l'obscurité.

* Faux-ego : c'est ce que les gens nomment l'ego (l'ego est autre chose, c'est la conscience individuelle). C'est le résultat de l'ignorance, de la confusion.

 

 

2.7 (3:30 à 32)

 

Agis toujours en consacrant tes actes au Créateur*, absorbant tes pensées en Lui, libre de toute indolence et de toute motivation égocentrique. Celui qui remplit son devoir, selon ces instructions et qui suit cet enseignement avec foi, libéré de ses désirs, celui-là se libère des chaînes des conséquences*. Les envieux qui négligent d'appliquer cet enseignement sont illusionnés, privés de la connaissance, voués à l'ignorance et à la servitude*.

 

* « En consacrant tes actes au Créateur » : dans le service, c'est-à-dire en pratiquant la technique dite « du Saint-Nom ».

* « Chaînes des conséquences » : le karma.

* Servitude : soumission au mental, au faux-ego, aux gunas, à la loi d'action-réaction (karma), à l'illusion, à la confusion et à l'ignorance.

 

 

2.8 (3:33 à 35)

 

Même l'initié, pratiquant la vraie voie, agit selon sa nature propre, car il est fait comme tout le monde. À quoi bon refouler sa nature ? Les Hommes ne doivent pas se laisser dominer ni par les sens, ni par leurs objets, car ils sont un obstacle à la réalisation spirituelle. Mieux vaut s'acquitter de son devoir propre, même de manière imparfaite, que d'assumer celui d'un autre, même pour l'accomplir parfaitement.

 

 

2.9 (3:37 à 40)

 

L'Homme est poussé à l'erreur, comme s'il y était contraint, par la concupiscence, née au contact de la passion, puis changée en colère, l'ennemi dévastateur du monde et sa perte. Comme la fumée masque le feu, la poussière le miroir, les désirs aveuglent la conscience de l'être. La conscience pure de l'être est voilée par son ennemi éternel, la concupiscence, insatiable et brûlante comme le feu. C'est dans les sens, le mental et l'intelligence qu'elle se loge, cette concupiscence qui égare l'être en étouffant son savoir-véritable*.

 

* Savoir-véritable : la connaissance non-apprise (ou Véda, shruti, vijnana).

 

 

2.10 (3:41 à 43)

 

Lutte contre la concupiscence, origine de l'erreur, en maîtrisant tes sens. Écrase, ce destructeur de conscience, ennemi de la réalisation. Les sens prévalent sur la matière inerte, mais supérieur aux sens est le mental, et la conscience surpasse le mental. Encore plus élevée que la conscience est l'âme. Te sachant ainsi au-delà des sens, du mental et de la conscience matérielle, maîtrise ta nature inférieure par la connaissance spirituelle.

 

Chapitre 3

La vraie-connaissance,

approche de la vérité-ultime

 

 

 

3.1 (4:2)

 

Les maîtres-éveillés ont révélé la connaissance-suprême aux premiers-rois, il y a bien longtemps. Ces rois ont connu l'éveil, puis ils ont révélé cette connaissance à leur peuple. Cette révélation se fait toujours de maître à disciple.

 

Mais au fil du temps, la succession des maîtres, souvent disputée, a fait que cette connaissance, en son état de pureté originelle, a été perdue, donnant ainsi naissance à de vains savoirs théoriques. Pourtant, cette connaissance-originelle est toujours révélée à ceux qui ont soif d'elle plus que de tout autres savoirs.

 

 

3.2 (4:6/7)

 

Les maîtres parlent au nom du non-né*. L'éveillé parle au nom du Seigneur* de tous les êtres. Ceux qui ont des oreilles pour l'entendre, entendent la vérité dans l'enseignement de l'éveillé. Chaque fois qu'une âme, plongée dans l'ignorance, a soif de lumière et de la connaissance, l'éveillé est là pour l'éclairer.

 

* Non-né ou non-être : c'est ce que Lao-Tseu nommait le Tao, d'autres disent Dieu.

* Parle au nom du Seigneur : donne satsang.

 

 

3.3 (4:8 à 11)

 

L'éveillé apparaît d'âge en âge, afin de délivrer les dévots, d'anéantir les ténèbres, dans l'esprit des ignorants, et de rétablir les principes de la spiritualité. Celui qui connaît l'absolu, n'aura plus à renaître ; quittant son corps, il entrera au Royaume. Absorbés dans l'Unité, libérés de l'attachement, de la peur et de la colère par la connaissance, nombreux ont été ceux qui connurent bhakti*. Tous les disciples suivent La Voie comme ils le peuvent et selon qu'ils s'abandonnent, ils reçoivent en proportion.

 

* Bhakti : la dévotion.

 

 

3.4 (4:12 à 15)

 

L'Homme aspire aux fruits de ses actes, c'est pourquoi il adore les possessions. Ici-bas, l'Homme recueille rapidement ces fruits. L'initié, pratiquant la vraie voie, restant dans l'Unité, ne désire pas le fruit de ses actes. Qui connaît l'harmonie du Tout ne s'empêtre pas dans les filets des conséquences. Toutes les grandes âmes* du passé ont agi par la force de cette connaissance et atteint la Libération*. Marche sur les traces des anciens et remplis ton devoir dans cette conscience de l'Unité.

 

* Grandes âmes : mahatmas, disciples qui ont réalisé le propos de l'existence.

* la Libération : des chaînes du cycle des incarnations ou Samsàra.

 

 

3.5 (4:16 à 19)

 

Même celui qui est intelligent ne comprend pas facilement le service*. Quand il le comprend et le pratique, il peut être délivré. La nature du service est fort complexe, difficile à comprendre ; il faut bien distinguer l'action légitime, l'action condamnable et le service.

 

Celui qui voit le service dans l'action et l'action dans le service, celui-là se distingue par sa profondeur et bien qu'engagé dans toutes sortes d'actes, il reste dans la conscience de l'Unité. Celui qui, dans l'action, est libre de tout désir, reste solidement établi dans la connaissance. De lui, les disciples disent que le feu de la connaissance-parfaite a réduit en cendres les conséquences de ses actes.

 

* Le service : ou le « non-agir » (pour Lao-Tseu). Le service est un des quatre piliers (sadhana) de la vraie voie ou connaissance.

 

 

3.6 (4:20 à 22)

 

Celui qui est détaché du fruit de ses actes, toujours satisfait et autonome, n'est plus prisonnier du plan matériel, bien qu'il semble toujours y agir. L'Homme ainsi éclairé, maîtrise son mental et son intelligence ; il renonce à tout sentiment de possession et n'agit que pour subvenir à ses stricts besoins vitaux. Ainsi, ni les erreurs, ni les conséquences des erreurs, ne l'atteignent. Affranchi de l'ambition et de l'envie, il voit d'un même œil l'échec et la réussite, satisfait de ce que lui donne la Grâce. Celui-là, bien qu'il agisse, ne s'enlise jamais dans les souffrances de la confusion.

 

 

3.7 (4:23/24)

 

Les actes, de celui qui persévère dans la connaissance et ne subit pas l'influence de sa nature*, sont purement spirituels, accomplis pour le seul regard de l'Un. L'Homme absorbé dans l'Unité est déjà du Royaume. Ses actes sont service et participent de l'absolue vérité.

 

* Les trois gunas.

 

 

3.8 (4:25 à 27)

 

Certains vouent un culte aux Dévas, par diverses dédications et d'autres se vouent à la lumière du Tout. Certains retournent leurs sens vers le dedans* pour maîtriser le mental et rester dans la lumière. Ceux qui désirent atteindre la réalisation, par la maîtrise des sens et du mental, soumettent à l'harmonie du souffle-vital* les activités de leur esprit et de tous leurs sens. 

 

* retourner ses sens vers le dedans : ici, il est question de fermer ses sens afin qu'ils ne soient plus troublés par le dehors. En maîtrisant les fluctuations du mental, par cette méditation, ils peuvent lâcher-prise dans la Lumière-intérieure. C'est ce passage qu'illustrent les trois singes de la sagesse. Dans le Tao-Te-King il est question de la même chose : « Celui qui connaît le Tao ferme sa bouche, ses oreilles et ses yeux, il reste dans le non-agir, il se dégage de tous liens » (Tao-Te-King 2:56).

* Souffle-vital : le souffle-vital rappelle la « vertu du Tao », du Tao-Te-King ou Saint-Nom.

 

 

3.9 (4:28/29)

 

Des Hommes sacrifient leurs biens matériels et s'imposent de grandes austérités, des vœux et des pratiques strictes. D'autres étudient dans des livres, pour acquérir la vraie connaissance. Certains recherchent l'exaltation dans la maîtrise de la respiration. Ils s'exercent à fondre le souffle expiré dans le souffle inspiré, puis l'inverse et parviennent, ainsi, à suspendre toute respiration. Il en est qui se privent de manger, pensant ainsi atteindre l'extase.

 

 

3.10 (4:30 à 32)

 

Parmi eux, seuls ceux qui ont la vraie connaissance seront libérés des chaînes des conséquences ; ayant goûté à l'unité, ils atteignent l'éternité. Sans une pratique assidue, on ne peut vivre un véritable bonheur en ce monde. Les piliers de La Voie sont conçus pour être pratiqués à travers tous les actes quotidiens, sachant cela et restant dans l'Observance, tu atteindras la Libération.

 

 

3.11 (4:33 à 35)

 

Supérieur au détachement de ses biens matériels est le détachement de ses connaissances. Le service trouve sa justification dans la vraie connaissance. Cherche à connaître la vérité en approchant un maître-éveillé ; enquiers-toi d'elle auprès de lui, avec humilité et en servant. Il peut te révéler la connaissance, car il a vu la vérité. Lorsque tu la connaîtras à ton tour, tu comprendras que tous les êtres font partie du Tout, qu'ils vivent par Lui, en Lui et qu'ils Lui appartiennent.

 

 

3.12 (4:36 à 39)

 

Le plus ignorant, une fois embarqué sur le vaisseau de la connaissance, traversera l'océan de la souffrance. Comme le feu ardent, qui change le bois en cendres, la lumière de la connaissance réduit les conséquences des actes. Rien, en ce monde n'est aussi pur et sublime. Fruit mûr de l'Observance juste, celui qui le possède, trouve en lui-même la joie. Le disciple assidu, baigné dans la conscience de l'Unité, et maître du mental et de ses sens, connaît bientôt la béatitude.

 

 

3.13 (4:40/41)

 

Les ignorants, qui doutent de la vraie-connaissance, ne peuvent devenir conscients de l'Unité. Celui dont la vraie-connaissance a déraciné les doutes et qui, ayant renoncé aux fruits de ses actes, s'est établi fermement dans la conscience de son moi réel, celui-là demeure libre des chaînes de l'action*.

 

* Chaînes de l'action : le karma.

 

Chapitre 4

Agir en conscience de l'Unité

 

 

 

4.1 (5:2 à 4)

 

Le détachement des fruits de ses actes et le service-direct mènent chacun à la libération, mais plus haut est le service-direct *. Celui qui ne déteste ni ne convoite les fruits de ses actes connaît le vrai détachement. Libéré de la dualité, il dénoue facilement les liens qui le retiennent à la matière. Seul un ignorant prétendra que le service n'a pas le même but que la méditation profonde. Les initiés, pratiquant la vraie voie, savent que l'un comme l'autre mènent à la même conscience.

 

* Service-direct : renoncer aux fruits de ses actes est le service ou « non-agir », pour le Tao-Te-King, mais l'acte de dévotion, qu'est le service-direct est plus puissant. Le service-direct est celui que l'on fait pour le maître et/ou pour La Voie, en donnant, par exemple, du temps ou de l'argent pour aider au fonctionnement de l'ashram, à la vie quotidienne de ses disciples dédiés et à la mise à disposition du satsang et des explications destinés aux chercheurs, postulants et aspirants.

 

 

4.2 (5:5 à 7)

 

Celui qui sait que le but atteint par le détachement, peut aussi l'être par le service, réalise l'unité de ces deux voies. Il voit les choses avec justesse. Celui qui pratique le détachement, mais qui ne sert pas avec amour et dévotion, ne trouvera pas le vrai bonheur. Les initiés, pratiquant la vraie voie, atteindront bientôt l'Absolu. Celui dont les actes sont dédiés, qui reste maître de ses sens et de son mental, bien que toujours actifs, ne subit plus la loi d'action-réaction.

 

 

4.3 (5:8/9)

 

Bien qu'il voie, qu'il entende, qu'il touche, sente, mange, se meuve, dorme, respire et fasse toutes sortes de choses, celui dont la conscience est soumise à l'harmonie de l'Unité, sait bien que la Grâce est à l'origine de tout.

 

 

4.4 (5:10 à 12)

 

De même que l'eau ne mouille pas les feuilles de lotus, l'action n'affecte pas celui qui s'acquitte de ses devoirs en restant conscient de l'Unité. Sans attachements, l'initié, pratiquant la vraie voie, n'agit avec son corps, son mental, son intelligence et ses sens que dans un but : approfondir sa conscience, au contraire de celui qui, désuni, convoite les fruits de ses actes et s'enlise ainsi dans la matière. L'âme établie dans l'Unité trouve, en oubliant le fruit de ses actes, une paix sans mélange.

 

 

4.5 (5:13/14)

 

Quand l'âme incarnée domine sa nature inférieure, renonce être dirigé par sa pensée et ses émotions, cette âme vit en paix et reste détachée du fruit de ses actes. L'être incarné, maître de ses sens et du mental, ne revendique pas la paternité des fruits de ses actes. Il s'en remet à la Grâce et reconnaît l'action des trois gunas* chez lui comme chez l'autre.

 

* Gunas : les trois "substances" essentielles qui font l'être. Sattva, la pureté, la vérité. Rajas, l'énergie vitale, les passions, les désirs. tamas, l'obscurité, la lourdeur, l'inertie.

 

 

4.6 (5:15/16)

 

Jamais l’Un* ne peut être tenu pour responsable des actes, vertueux ou coupables, de quiconque. L'être incarné, souvent se perd, l'ignorance voilant la connaissance*. Toutefois, quand cette connaissance s'éveille en l'être, les ténèbres de l'ignorance disparaissent, emportées comme par un soleil levant.

 

* L'Un : l'Être-suprême, le Tao ou Dieu.

* La Connaissance : une connaissance non-apprise, celle qui vient de la Révélation et de l'Observance.

 

 

4.7 (5:17)

 

Celui dont l'intelligence et le mental, dont le refuge et la foi se basent sur l'harmonie de l'Unité, celui-là voit la connaissance pure le débarrasser de tous ses doutes ; il avance alors d'un pas ferme sur La Voie vers la Libération*.

 

* La Libération : des chaînes du cycle des renaissances ou samsàra.

 

 

4.8 (5:18)

 

L'humble dévot, éclairé par la connaissance, voit d'un même œil le noble savant, la vache, l'éléphant, ou encore le chien et le mangeur de chien.

 

 

4.9 (5:19)

 

Celui dont le mental demeure toujours sous contrôle, a déjà vaincu la naissance et la mort. Sans faille, il a déjà établi sa demeure au Royaume*.

 

* Royaume : satçitananda (parfaite conscience de la béatitude), la « demeure » du Brahman suprême.

 

 

4.10 (5:20)

 

Qui ne se réjouit des joies, ni ne s'afflige des peines, dont l'intelligence vient de l'âme, qui ne s'égare plus et possède la connaissance*, celui-là a déjà transcendé la matière.

 

La connaissance : cette connaissance, dont il est question dans le chant de l'éveillé (Bhagavad-Gîtâ), est une connaissance non-apprise, révélée, que les premiers initiés aryas ont nommé le « Veda ». En parlant du Veda, on ne parle pas des écritures du védisme, du brahmanisme et de l'hindouisme. Cette connaissance non-apprise est aussi la « shruti » d'origine, maintenant oubliée. La shruti est la Révélation de la connaissance non-apprise, c'est-à-dire celle des techniques permettant la pratique de la sadhana. Cette connaissance, ou initiation, est le contraire des « smriti », ensemble de textes découlant de la shruti ou sruti.

 

 

4.11 (5:21/22)

 

Le dévot réalisé* n'est pas soumis à l'attrait des plaisirs matériels, car il connaît l'extase-intérieure*. Se vouant à l’Être-Suprême*, il goûte une félicité sans bornes. L'homme d'intelligence* ne s'abandonne jamais aux plaisirs des sens ; il ne s'y complaît point, car ils ont un début et une fin et n'apportent que souffrances.

 

* Dévot réalisé : siddhi, rishi ou yogi-parfait. Attention au terme « rishi » qui, pour certains, contient la notion de compilateur des Vedas, les écritures sacrées. Nous avons vu plus haut que le mot « Veda » signifiait « connaissance » (non-apprise), avant de désigner les écritures. À l'origine, le rishi ne compilait rien. Il n'était pas hindouiste, mais disciple de la vraie voie.

* Extase-intérieure : le samadhi, quand il n'y a plus de scission entre la conscience de l'être et le non-être ou « Unité » (Tao).

* Être-suprême : Brahman, ou Tao, ou l'Un, ou Dieu.

* Intelligence : L'intelligence, ici, est la partie du mental qui est sensible à la conscience de l'âme et sert d'interface entre elle et le monde matériel. L'intelligence est le siège de la raison, quand le mental est celui de la passion. L'intelligence est une alliée de l'âme dans sa quête vers la Réalisation.

 

 

4.12 (5:23)

 

Qui, avant de quitter son corps, apprend à résister aux sens, à refréner les pulsions nées de la concupiscence et de la colère, celui-là est un sage, heureux même en ce monde.

 

 

4.14 (5:25/26)

 

Celui qui est au-delà du doute et de la dualité, qui est libéré des fautes, par le détachement, qui travaille au bien de tous les êtres et dont les pensées sont soumises à l'Unité, celui-là réalise l'Absolu et atteint la Libération. Elle est bien proche, la Libération suprême, pour qui, libre de la colère et de tout désir matériel, a réalisé son identité spirituelle et, maître de lui, s'efforce de rester dans l'Unité.

 

 

4.15 (5:27/28)

 

Fermé aux objets des sens, fixant son regard entre les sourcils* et restant uni au souffle, maîtrisant ainsi les sens, le mental et l'intelligence, le dévot s'affranchit du désir, de la colère et de la peur. Qui demeure en cet état est certes libre*.

 

* Fixant son regard entre les sourcils : les yeux fermés et en pratiquant une des techniques qui étaient révélées par le maître ayant inspiré ce texte, le chant de l'éveillé (la Bhagavad-Gîtâ). De nombreux livres anciens parlent de « fixer son regard entre les sourcils », comme le « Gheranda-Samhita », au verset 59 décrivant la technique « Shambhavi-Mudra ».

* Libre : des fluctuations du mental (vrttis), déjà, sinon libéré des chaînes du samsàra. Le mot « yoga », avant de signifier « unité », « union » (huitième siècle de notre ère, avec Adi Shankara), voulait dire « liberté », « repos ». Le Yogasûtra a été rédigé avant cette date, donc, dans ses aphorismes, chaque fois que le mot « yoga » est écrit, on doit le traduire par « repos » ou « liberté », selon le contexte de la phrase. En général, on traduit le Yogasûtra sans traduire le mot « yoga », on le laisse tel quel, ainsi l'aphorisme deux est traduit par : « Le yoga est l'indifférence aux fluctuations du mental », quand il devrait être : « La liberté (ou le repos), est l'indifférence aux fluctuations du mental ».

 

 

4.16 (5:29)

 

Parce que l'initié, pratiquant la vraie voie, connaît le bénéficiaire ultime de toutes les dédications ; de toutes les pratiques, le souverain de tout, l'ami et le bienfaiteur de tous les êtres, il trouve la cessation des souffrances.

 

Chapitre 5

La constance de l'Observance

 

 

 

5.1 (6:1/2)

 

Béni celui qui s'acquitte de ses devoirs, détaché des fruits de ses actes et non celui qui ne fait rien. Le non-agir * n'est pas le rien faire. On ne peut être consacré* si on n'abandonne pas tout désir de jouissance, c'est la raison des vœux.

 

* Non-agir : service.

* Consacré : moine, moniale.

 

 

5.2 (6:3/4)

 

Sur La Voie, le néophyte progresse par une pratique régulière. L'initié, pratiquant la vraie voie, doit rester dans le service, c'est ainsi. Est réalisé celui qui se détache de tout désir matériel, du plaisir des sens et du fruit de ses actes*.

 

* Se « détacher du fruit de ses actes » est le « service », le « non-agir » de Lao-Tseu et comme le non-agir n'est pas le rien-faire, comme le vrai détachement n'est pas le refus des plaisirs, mais de rester dans la conscience du saint-Nom, ou verbe.

 

 

5.3 (6:5 à 7)

 

Le mental peut être un ami, comme un ennemi. L'homme doit le maîtriser pour s'en servir, pour s'élever, non pour s'abaisser. Pour celui qui l'a maîtrisé, le mental est le meilleur ami ; mais pour qui s'identifie à lui, il devient le pire ennemi. Celui qui a maîtrisé le mental, et ainsi gagné la paix, a déjà atteint l’Unité. La joie et la peine, le froid et la chaleur, la gloire et l'opprobre, il les voit d'un même œil.

 

 

5.4 (6:8/9)

 

Est une « âme-réalisée », celui qui a réalisé la connaissance non-apprise et atteint la plénitude. Il a atteint le niveau spirituel et possède la maîtrise de soi. D'un œil égal, il voit l'or, le caillou et la motte de terre. Plus élevé encore, celui qui voit d'un œil égal l'indifférent, l'impartial, le bienfaiteur et l'envieux, l'ami et l'ennemi, le vertueux et le pécheur.

 

 

5.5 (6:10)

 

L'initié, pratiquant la vraie voie, doit toujours fixer son attention sur le Saint-Nom*. Il lui faut vivre calmement, soumettre le mental, libre de tout désir et de tout attachement.

 

* Le Saint-Nom : est en même temps la vertu (en tant que propriété) de l'Un et la technique de méditation, une des quatre révélées. Fixer son attention sur le Saint-Nom (ou Verbe), signifie pratiquer la technique de méditation du Saint-Nom, tout en vaquant à ses occupations habituelles. C'est le principe du service (ou « non-agir » pour Lao-Tseu).

 

 

5.6 (6:11 à 15)

 

En un lieu sain et calme, installe-toi pour méditer. Ton coussin ne doit être ni trop haut, ni trop bas. Tu dois pouvoir tenir ta posture longtemps et sans douleur. En fixant tes pensées sur un unique point*, comme on te l'a appris, maîtrise le mental et les sens. Le corps et la tête droits, le regard entre les sourcils, le mental soumis, tu dois méditer sur l'Unité et en faire le but ultime de ta vie. Ainsi, par la maîtrise du corps, du mental et de tes actes, oublie l'existence matérielle, le temps de la méditation, atteint ainsi l'Unité en toi.

 

* Un unique point : cet unique point, où le méditant doit se concentrer, est révélé au cours d'une initiation.

 

 

5.7 (6:16/17)

 

Nul ne peut devenir un être réalisé s'il mange trop, mais aussi trop peu, s'il dort trop, mais aussi trop peu. Qui reste mesuré, dans le manger et le sommeil, dans le travail et la détente peut, par La Voie, adoucir les souffrances de l'existence*.

 

* Toutes ces recommandations sont dans le cinquième pilier de La Voie, les angas.

 

 

5.8 (6:18/19)

 

Par l'Observance*, l'initié, pratiquant la vraie voie, soumet le mental et quand, libéré du désir, il atteint l'Unité, on le dit réalisé. Maître du mental, il demeure ferme dans sa méditation, telle une flamme qui, à l'abri du vent, ne vacille pas.

 

* L'Observance : le fait de pratiquer régulièrement les piliers de La Voie.

 

 

5.9 (6:20/23)

 

L'être connait l'extase* lorsqu'il oublie le mental et se donne. Alors il goûte un bonheur spirituel infini. Cette perfection atteinte, l'âme sait que rien n'est plus précieux, aussi ne s'écarte-t-elle plus, désormais, de la vérité, mais y demeure imperturbable, même au cœur des pires difficultés. Telle est la vraie libération de toutes les souffrances*.

 

* L'extase : le samadhi, quand la conscience individuelle se fond dans l'Unité sans césure.

* Toutes les souffrances : ce qui n'est pas la Libération du cycle des renaissances, but ultime de toute voie spirituelle authentique. Il est à remarquer que le mot « yoga », avant Adi Shankara (un sage errant du huitième siècle de notre ère) signifiait « liberté », « libération » et « repos ». La libération, dont il est question ici, est quand on se libère des fluctuations du mental (vrttis). Ce sont ces fluctuations qui génèrent la souffrance.

 

 

5.10 (6:24/25/26)

 

Une foi et une détermination inébranlable doivent accompagner cette pratique assidue. Durant sa méditation, l'initié, pratiquant la vraie voie, doit se défaire sans réserve de tous les désirs matériels engendrés par le faux-ego, et ainsi, par la concentration du mental, maîtriser la totalité des sens. Avec une foi ferme, un esprit éclairé, il pratique ce qui lui a été révélé jusqu'à la concentration parfaite sur l'Unité, écartant toute pensée. Quelle que soit la confusion où le plonge sa nature fébrile et inconstante, il lui faut ramener son mental sous le contrôle du Saint-Nom*.

 

* Contrôle du Saint-Nom : par la pratique de la technique homonyme.

 

 

5.11 (6:27/28)

 

L'initié, pratiquant la vraie voie, uni à l'Un, connaît un bonheur ultime. Libéré, son esprit est serein, ses passions apaisées. Il est délivré des fruits de la confusion et jouit du bonheur suprême d'une constante conscience de l'Unité*.

 

* L'Unité : pour Lao-Tseu, c'est le Tao.

 

 

5.12 (6:29/30/31/32)

 

L'initié, pratiquant la vraie voie, reconnaît la présence de l'Un en tout être et sait que tous les êtres sont en l'Un. En vérité, l'âme réalisée voit partout l'Unité. Qui voit partout l'Unité n'est jamais séparé de l'Unité. L'initié, pratiquant la vraie voie, sachant que le Saint-Nom est un avec l'être-suprême, contenu en tous les êtres, l'adore et demeure toujours « en-lui »*. Ce yogi-accompli voit la même paix du Saint-Nom en tous les êtres, heureux ou malheureux.

 

* « En-lui » : la conscience toujours attachée au Saint-Nom (ou Verbe) par la pratique de la technique.

 

 

5.13 (6 :33/34/35)

 

Il est malaisé de maîtriser un mental instable et capricieux. Le mental est fuyant, fébrile, puissant et tenace, l'asservir est plus ardu que de maîtriser le vent. On y parvient cependant par une pratique constante et par le détachement.

 

 

5.14 (6:36 à 43)

 

Pour celui qui ne maîtrise pas le mental, la réalisation spirituelle est difficile. Mais pour celui qui le domine et déploie des efforts dans la bonne direction, pour celui-là la réussite est sûre. Celui qui abandonne La Voie, pour n'avoir pas su maîtriser son mental, le détacher des objets du désir, et qui, à cause de ça n'atteint pas la réalisation, celui-là ne périt pas, comme un nuage se dissipe et ne se voit pas privé d'un refuge, il revient dans une nouvelle vie et recouvre la conscience acquise dans sa vie passée, puis il reprend sa marche vers la Libération.

 

 

5.15 (6:44/45)

 

À cause de la conscience acquise dans sa vie passée, celui qui est revenu est tout naturellement porté vers La Voie, parfois même à son insu et transcende toutes les écritures. L'être, libéré des ténèbres, qui s'efforce de parfaire sa réalisation, atteindra, après maintes vies d'intense pratique, la Libération.

 

 

5.16 (6:46/47)

 

L'initié, pratiquant la vraie voie, est plus haut que l'ascète, que le philosophe et que l'Homme qui aspire aux fruits de ses actes. Le mieux est d'être dans la conscience du Saint-Nom* en toutes circonstances. De tous les pratiquants, celui qui a une foi totale, qui demeure toujours en l'Un et l'adore en le servant avec amour, celui-là est le plus grand, et il est intimement lié au Seigneur-Suprême.

 

* Dans la conscience du Saint-Nom : pratiquant la technique du Saint-Nom.

 

Chapitre 6

La connaissance absolue

 

 

 

6.1 (7:01)

 

Voici maintenant de quelle manière être pleinement conscient de l'Unité* dans la pratique de La Voie : ta conscience liée au Saint-Nom (ou Verbe), tu connaîtras l'infini de l'Unité, sans le moindre doute.

 

* L'Unité : Dieu ou Tao.

 

 

6.2 (7:02)

 

Je te dirai, sans rien omettre ni rien laisser, la connaissance essentielle et avec elle la connaissance totale, telle que, quand on la connaît, il ne reste rien à apprendre.

 

 

6.3 (7:03)

 

Parmi des milliers d'hommes un seul, peut-être, cherchera la perfection* et parmi ceux qui la trouvent, rare celui qui connaît la vérité.

 

* La perfection : cette perfection est celle du Tout, de l'Unité. Il ne s'agit pas de la perfection de celui qui la cherche.

 

 

6.4 (7:4/5)

 

La matière, le mental, l'intelligence et le faux-ego, ces éléments distincts de l'Un, constituent l'énergie matérielle. Outre cette énergie matérielle, il est une énergie spirituelle, celle de l'Unité, le Saint-Nom. Les êtres vivants qui luttent avec leur énergie matérielle, et grâce à qui la Création perdure, en font partie*.

 

* En font partie : de l'énergie spirituelle.

 

 

6.5 (7:6/7)

 

De toutes choses en ce monde, matérielles comme spirituelles, l'Un est l'origine et la fin. Nulle vérité ne lui est supérieure. Tout repose sur Lui, comme des perles sur un fil.

 

 

6.6 (7:8/9)

 

De l'eau, il est la saveur, du soleil et de la lune, la lumière, du Saint-Nom (Verbe), les « deux sons* », la musique de l'éther et, dans l'homme, l'aptitude. De la terre, il est le parfum originel et du feu, la chaleur. Il est la vie en tout ce qui vit et l'amour du dévot.

 

* Les « deux sons » : ces « deux sons » peuvent être entendus et écoutés après que, par la révélation, on les ait connus. Ils sont alors le support à la méditation dite « du Saint-Nom ». Ces deux sons ne sont pas un mantra, le méditant n'a pas à les prononcer, pas même à les penser.

 

 

6.7 (7/10/11)

 

L'Un est de tous les êtres la semence première, l'intelligence de l'intelligent et du puissant le mérite. Il est la force exempte de désir et de passion. Il est l'union charnelle qui n'éloigne pas la conscience de l'unité.

 

 

6.8 (7:12)

 

Tout sentiment, vertu, passion, ignorance est une manifestation de l'énergie primordiale. L'Un est tout, cependant jamais il ne perd son individualité. Aux gunas il n'est pas soumis.

 

 

6.9 (7:13)

 

Égarée par les trois gunas*, l'humanité toute entière ignore qui est le Seigneur-Suprême, l'Intarissable qui transcende ces influences matérielles.

 

* Les trois gunas : « sattva », pureté et vérité. « Rajas », énergie, passions, force, désir. « Tamas », obscurité, ténèbres, inertie. Les gunas sont les éléments fondamentaux dont l'interaction produit toutes les formes de vie de la nature-originelle (Prakrti). Ici, il est dit que la conscience identifiée à la matérialité de son incarnation oublie la spiritualité.

 

 

6.10 (7:14)

 

L'énergie matérielle des trois gunas vient de Dieu, comme tout. On ne peut, sans mal, la transcender. Celui qui s'abandonne à la conscience de l'Unité dépasse les limites de la création, du multiple, de l'espace et du temps.

 

 

6.11 (7:15)

 

Les vaniteux, les sots, ceux dont le savoir est caché par l'ignorance*, les pleins d'eux-mêmes, ces sans-foi * ne s'abandonnent pas à l'Un.

 

* L'ignorance : l'absence de la connaissance (non-apprise).

* Sans-foi : sans confiance. La foi est la confiance, pas la croyance, la crédulité.

 

 

6.12 (7:16/17)

 

De quatre sortes sont ceux qui servent Dieu : le malheureux, le curieux, celui qui veut s'enrichir et celui qui désire connaître l'Absolu. Supérieur à tous est celui qui a reçu la révélation de la connaissance et que le service garde dans l'Unité. Le Saint-Nom lui est très cher, comme il est très cher au Saint-Nom.

 

 

6.13 (7:18)

 

Tous ces dévots sont certes de belles âmes, mais l'initié vit en l'Un. Absorbé dans son service, il retourne à Lui.

 

 

6.14 (7:19)

 

Après maintes vies, lorsqu'il voit que l'Un est tout, la cause de toutes les causes, l'initié s'abandonne à Lui. Une telle âme est rare.

 

 

6.15 (7:20/21/22)

 

Ceux dont le mental est déformé par les désirs matériels se vouent à l'illusion ; ils suivent, chacun selon sa nature, divers cultes propres à leurs religions. Le Tout habite le cœur de chacun, en tant qu’âme suprême et dès qu'un Homme désire rendre un culte aux Dévas, c'est le Tout, en lui, qui affermit sa foi et lui permet ainsi de se vouer aux cultes qu'il a choisis. Plein de cette foi, il demande aux Dévas* certaines faveurs et voit ses désirs comblés, mais en réalité, ces bienfaits viennent du Seigneur-Suprême. Il n'y a que Lui en toutes choses et les Dévas sont illusion.

 

* Dévas : déités, selon certaines croyances.

 

 

6.16 (7 :23/24)

 

Les ignorants se vouent à l'illusion et n'en tirent que de brèves et illusoires satisfactions. L'initié, pratiquant la vraie voie, atteint la parfaite conscience de la béatitude. Les ignorants, ne connaissant pas l'Unité. Ils croient qu'elle est dans les objets de leurs cultes. Leur ignorance les empêche de connaître la vérité.

 

 

6.17 (7:25)

 

L'Un ne se montre jamais aux sots ni aux insensés ; par sa volonté, il leur reste voilé*. Ce monde égaré ne le connaît pas, Lui l'éternel, mais Lui sait tout sur tout.

 

* Il leur reste voilé : l'illusion, ou Màyà, serait la Lilà (le jeu) de Dieu pour cacher aux sots, aux insensés, la vérité.

 

 

6.18 (7:26)

 

Le Seigneur-Suprême sait tout du passé, du présent et de l'avenir, comme il connaît tous les êtres, mais personne ne le connaît.

 

 

6.19 (7:27/28/29)

 

Tous les êtres naissent dans l'illusion, ballottés par la dualité du désir et de l'aversion. Les Hommes libres de la dualité, fruit de l'illusion, ces Hommes qui furent éclairés dans leurs vies passées, ceux-là servent, aujourd'hui, le Seigneur-Suprême avec détermination. Par le service, ils restent dans l'Unité et s'affranchissent de la vieillesse et de la mort. En vérité, ils ont reçu la révélation de la connaissance du Tout.

 

 

6.20 (7:30)

Qui connaît le Saint-Nom, source de tout, réceptacle de la dévotion, peut même à l'instant de mourir, le saisir et le connaître encore.

 

Chapitre 7

Atteindre l'absolu

 

 

 

7.1 (8:3/4)

 

On appelle Brahman l'être spirituel impérissable ; il est l'essence éternelle de l'âme. La manifestation matérielle est en permanente mutation et l'univers infini, avec toute sa puissance en action, constitue le Tout, manifesté, le Seigneur-Suprême, dont la force anime chaque être incarné.

 

 

7.2 (8:5/6)

 

Quiconque, au trépas, à l'instant même de quitter le corps, est dans le Saint-Nom* atteint aussitôt le Royaume*, n'en doutez pas. Ce sont les pensées, les souvenirs de l'être, à l'instant de quitter le corps, qui déterminent sa condition future.

 

* Le Saint-Nom : ou Verbe, l'essence active du Tout. (Dans le Tao-Te-King on parle de la « vertu du Tao »).

* Royaume : Satçitananda ou la « parfaite conscience de la béatitude », état de la conscience quand elle s'est fondue dans l'Unité du Tout. Jésus parlait aussi du Royaume, quand il disait qu'il était au dedans (comme au dehors) de nous.

 

 

7.3 (8:7)

 

Ainsi soumet tes pensées, sans faillir, au Saint-Nom, lui dédiant tes actes*, tournant vers l'Unité ta conscience et ton intelligence, alors sans nul doute tu atteindras le Royaume.

 

* Lui dédiant tes actes : le service, un des quatre piliers de l'agya (la sadhana de La Voie), le « non-agir » du Tao-te-King.

 

 

7.4 (8:8/9)

 

Celui qui toujours reste dans le Saint-Nom, celui-là, sans nul doute vient à Lui. Reste en l'Unité de Dieu, l’omniscient, créateur de tout, l'inconcevable et le plus subtil que tout. Brillant tel un soleil, il disperse les ténèbres.

 

 

7.5 (8:10)

 

Qui, à l'instant de la mort, reste attaché au Saint-Nom, les yeux fermés, regard fixé entre les sourcils*, avec la dévotion la plus profonde, celui-là ira certes à l'Unité parfaite.

 

* Regard fixé entre les sourcils : cette préconisation est de coutume dans les enseignements spirituels traditionnels en Inde, comme dans la « Gheranda-Samhita », section des mudras, dans la description d'une technique, « Shambavi-Mudra », au verset 59 : « Dirigez votre regard vers un point situé au centre de la ligne des sourcils et méditez sur votre soi ». Cette technique est une des plus puissantes des écritures tantriques. Cette description n'est pas un mode d'emploi, juste une évocation. Les techniques sont révélées de bouche à oreille de dévots.

 

 

7.6 (8:11/12)

 

Les grandes âmes, détachées et versées dans la connaissance et qui restent dans le Saint-Nom touchent à l'Unité. Reçois l'enseignement de la vraie voie, celle de la Libération, qui demande toute ta conscience et un vrai détachement. C'est en fermant les portes des sens, en gardant sa conscience sur un même point que l'on reste dans l'harmonie de l'Unité.

 

 

7.7 (8:13)

 

Ainsi établi dans le repos*, écoutant le son qui se répète*, celui qui, à l'instant de quitter le corps, reste la conscience fixée sur lui, celui-là, sans nul doute, atteindra le Royaume.

 

* Le repos : à l'époque de l'écriture de la Bhagavad-Gîtâ, ou « le chant de l'éveillé », le mot yoga signifiait « repos » ou « liberté », selon le contexte de la phrase. Ici il s'agit du repos du mental, quand cessent les vrttis ou fluctuations. Le mot yoga a voulu dire « unité », « union » seulement vers le huitième siecle de notre ère avec le moine errant Adi Shankara.

* Le son qui se répète : dans le yogasûtra, de Patanjali, l'aphorisme :« tat japah tadarthabhavanam » est le plus souvent traduit par : « Psalmodier respectueusement ce son en conscience du sens sacré » ou, selon d'autres traductions : « La répétition de la syllabe OM dévoile sa signification et sa nature essentielle ». Mais il n'y a pas le mot « Om », pas plus que l'acronyme « AUM » d'écrit dans cet aphorisme ! L'expression « Tat japah » ne signifie pas « répéter le Ôm » ou « le son » mais « son qui se répète ». Voici une traduction grammaticalement plus juste : « La Méditation sur ce son qui se répète est la méditation sur Dieu " (Yogasûtra livre 1, aphorisme 27). Quand on a eu la Révélation on comprend ce que ça signifie.

 

 

7.8 (8:14)

 

Celui qui reste constamment absorbé dans le Saint-Nom, par le service, atteint la parfaite conscience de la béatitude.

 

 

7.9 (8:15)

 

Quand ils ont atteint l'Unité, les dévots jamais plus ne reviennent en ce monde transitoire, où règne la souffrance.

 

 

7.10 (8:16)

 

Toutes les planètes de l'univers, de la plus évoluée à la plus basse, sont lieux de souffrance, où se succèdent la naissance et la mort. Mais pour l'âme qui atteint le Royaume* il n'est plus de renaissance.

 

* Le Royaume : Satçitananda ou parfaite conscience de la béatitude.

 

 

7.11 (8:17/18)

 

Un jour de Brahma* vaut des milliers des âges que connaissent les hommes et autant sa nuit. Avec le jour de Brahma, naissent toutes les variétés d'êtres ; que vienne sa nuit, toutes sont annihilées.

 

* Jour de Brahma : un jour de Brahma, ou un kalpa, est égal à 8,71 milliards d'années (la durée d'une ronde). Une heure de Brahma est égale à 360 millions d'années.

 

 

7.12 (8:19)

 

Sans fin, chaque jour renaît la vie et à chaque fois des myriades d'êtres sont ramenés à l'existence. Sans fin, tombe la nuit et, avec elle, les êtres tombent dans l'anéantissement, sans qu'ils n'y puissent rien.

 

 

7.13 (8:20)

 

Il est un monde éternel, au-delà de la matière, qui jamais ne cesse. Quand tout l'univers matériel disparaît, lui reste intact.

 

7.14 (8:21)

 

On le dit non manifesté et impérissable, ce Royaume suprême, ce but ultime. Pour qui l'atteint, point de retour. C'est là où le Seigneur réside.

 

 

7.15 (8:22)

 

Seule la dévotion permet d'atteindre ce Royaume. Bien que le Seigneur ne quitte jamais Son Royaume, il est en toute chose, et tout en Lui repose.

 

 

7.16 (8:23/24)

 

Les moments où l'on part de ce monde, pour n'y plus revenir, ceux aussi où l'on part et revient, voici maintenant qu'il en est question : qui connaît le Tout quitte ce monde à un moment propice, à la lumière du jour et durant les quinze jours où croît la lune et les six mois où le soleil passe au septentrion*.

 

* Septentrion : la Grande Ourse, le nord.

 

 

7.17 (8:25)

 

Qu'il parte la nuit, dans la fumée, durant le déclin de la lune ou dans les six mois qui voient le soleil passer au sud, qu'il atteigne l'astre lunaire et l'être devra encore en ce monde revenir.

 

 

7.18 (8:26)

 

Il existe, selon la connaissance*, deux façons de quitter ce monde ; dans les ténèbres ou dans la lumière. L'une est la voie du retour, et l'autre du non-retour.

 

* La connaissance : il ne s'agit pas d'une connaissance apprise, Jnana, mais d'une connaissance intime, révélée, ou prajna.

 

 

7.19 (8:27)

 

Les dévots initiés, qui savent différencier ces deux voies, ne s'égarent jamais s'ils restent fermes dans la conscience du Saint-Nom.

 

 

7.20 (8:28)

 

Qui choisit La Voie gagne la Libération, sans les études, les sacrifices, l'austérité, la charité obligée, la philosophie et l'action-intéressée*.

 

 

* L'action-intéressée : C'est-à-dire l'action faite hors du « Saint-Nom » (la pratique de la technique), ce qui veut dire hors du « service » (un des quatre piliers de l'agya, la sadhana de La Voie), le « non-agir » du Tao-Te-King.

 

Chapitre 8

La connaissance la plus secrète

 

 

 

8.1 (9:1/2)

 

Je peux te révéler la connaissance* la plus secrète, par elle tu seras affranchi des souffrances de l'ignorance. Cette connaissance est reine parmi les connaissances, elle est le secret d'entre les secrets, la connaissance la plus pure, et parce qu'elle nous fait directement réaliser notre identité véritable, elle représente la perfection de la vie spirituelle. Elle est impérissable et d'application joyeuse.

 

* La connaissance : il s'agit de la vijnana, la vraie connaissance révélée.

 

 

8.2 (9:3)

 

Les Hommes qui, sur une voie de bhakti*, n'ont pas la connaissance ne peuvent se libérer, ils reviennent naître et mourir en ce monde.

 

* Bhakti : la dévotion.

 

 

8.3 (9:4/5)

 

Cet univers est tout entier plein du Saint-Nom*. Tous les êtres l'ont en eux et sont en Lui mais Lui n'est pas tout entier en eux. Vois sa puissance ; il soutient tous les êtres, il est partout présent, source même de toute la création.

 

* Saint-Nom : l'énergie active de Dieu, présente en toutes choses. Lao-Tseu, dans le Tao-Te-King, parlait de « la vertu du Tao », le mot « vertu » voulant dire, ici, « propriété ».

 

 

8.4 (9:6)

 

De même que dans l'air souffle le vent, en l'Un se tiennent tous les êtres.

 

 

8.5 (9 :7/8)

 

À la fin de chaque âge tout revient au Royaume* et au début de chaque âge, la puissance du Saint-Nom crée de nouveau toutes choses. L'univers tout entier obéit au Seigneur-Suprême, par sa volonté il est à chaque fois de nouveau créé et c'est toujours par Lui qu'à la fin il est anéanti.

 

* Royaume : le Tout en conscience, au-delà de l'espace et du temps, source et destination de tout.

 

 

8.6 (9:9/10)

 

Le Seigneur-Suprême reste dans le non-agir et la loi d'action-réaction n'a aucune prise sur Lui. La création obéit en tout au Saint-Nom, il engendre tous les êtres, mobiles et immobiles. L'énergie infinie du Tout crée, puis défait toutes choses, dans un cycle sans fin.

 

 

8.7 (9:11/12)

 

Les ignorants dénigrent La Voie. Ils ne savent rien de leur nature spirituelle. Ainsi égarés, ils chérissent des concepts confus, aveuglés par l'ignorance. Vains sont leurs espoirs de Libération, vains leurs actes-intéressés* et vaines sont leurs connaissances.

 

* Actes-intéressés : actes faits sans l'abandon de leurs fruits, en dehors de la conscience et/ou de la pratique du Saint-Nom, autrement que dans le non-agir ou service.

 

 

8.8 (9:13)

 

Ceux qui ont la connaissance* se trouvent sous la protection de la Grâce, absorbés dans le service*.

 

* Connaissance : la Connaissance non-apprise ou shruti, ou vijnana.

* Le service : un des quatre piliers de La Voie (ou connaissance), actes faits dans l'abandon de leurs fruits, « service de dévotion », « non-agir ».

 

 

8.9 (9:14/15)

 

Chantant la gloire du Seigneur, en pranam*, déterminés dans leurs pratiques, les belles âmes n'ont qu'amour et dévotion. Cultivant la connaissance, ils adorent l'Unité, en eux, comme contenue dans la diversité des êtres et des choses.

 

* Pranam : prosternation.

 

 

8.10 (9:16)

 

L'Un est le rite, la dédication, l'offrande aux ancêtres, l’encens et la méditation sur le son qui se répète*, il est le beurre* et le feu et l'offrande.

 

* Le son qui se répète est le support de la technique de méditation dite « du Saint-Nom » ou « Verbe ». Certains croient qu'il s'agit du Ôm parce qu'ils traduisent « Tat japah » (Yogasûtra, aphorisme 28) par « la répétition du son », alors qu'il faut traduire par « le son qui se répète ». Pour connaître ce Saint-Nom il faut en avoir eu la Révélation, et pour ça la demander à un maître authentique qui le connaît. D’ailleurs dans ce livre il est recommandé de s'adresser à un tel maître : « Cherche à connaître la vérité en approchant un maître spirituel ; enquiers-toi d'elle auprès de lui avec humilité et en le servant. » (3:11)

* Le beurre : le ghee (beurre clarifié) servant à produire la flamme des rituels, comme Aarti.

 

 

8.11 (9:17/18)

 

De l'univers, l'Un est le père, la mère, le soutien et l'aïeul, l'objet de la connaissance, le purificateur et le son primordial qui se répète*. Il est également les hymnes, la danse et la dédication à l'autel. Il est le but, le soutien, le maître, le témoin, la demeure, le refuge et l'ami le plus cher, la création et l'annihilation, la base de toutes choses, le lieu de repos et l'éternelle semence.

 

* Le son primordial qui se répète : le support de la méditation sur le Saint-Nom ou Verbe. Il ne s'agit pas du Ôm, mais d'un son (double) qui est révélé par un maître-vivant aux chercheurs qui en font la demande. Il ne s'agit pas d'un mantra. Ce son est naturellement produit par le processus de vie en chaque être vivant. Il a à voir avec la respiration mais n'est pas le pranayama.

 

 

8.12 (9:19)

 

L'Un contrôle la chaleur, la pluie et la sécheresse, il est l'immortalité, de même que la mort personnifiées, l'être et non-être, tous deux sont en Lui.

 

 

8.13 (9:20)

 

C'est indirectement qu'ils adorent le Tout, les hommes qui étudient les Védas et boivent le soma*, cherchant ainsi à gagner les planètes de délices.

 

* Le soma : pour les hindouistes le « soma » est une boisson rituelle obtenue en pressant une racine spécifique mais cette boisson rituelle n'est qu'un produit de substitution, un souvenir de « L'Amrita » ou « Amrit » qui est, en fait, le Nectar dont guru Nanak a tant parlé. Mais là, comme dans d'autres voies spirituelles, le Nectar est oublié. Il en est question dans la « Dhyanabindu-Upanishad » (la méditation parfaite) qui le décrit dans les versets 79 à 83. La technique de méditation qui permet de le goûter y est nommée « Khechari-Mudra » ou le sceau de l'oiseau.

 

 

8.14 (9:21)

 

Ces lettrés, quand ils ont joui de ces plaisirs célestes, quand les mérites de leurs études spirituelles se sont épuisés, reviennent s'incarner sur cette Terre. Un bonheur fragile, tel est le seul fruit qu'ils récoltent après avoir cultivé les concepts par l'étude des Védas.

 

 

8.15 (9:22)

 

Mais ceux ont une vraie dévotion pour l'Un, qui méditent sur sa forme absolue, voient comblés leurs manques et préservé ce qu'ils possèdent.

 

 

8.16 (9:23/24)

 

Toute nourriture est en fait destinée à l'Un*, mais l'Homme ne le sait pas. L'Un est l'unique bénéficiaire et l'unique objet du don et du détachement. Or, ceux qui ignorent sa nature véritable, absolue, restent dans les ténèbres de l'ignorance.

 

* Toute nourriture est en fait destinée à l'Un : ici il est fait mention du « prashad », nourriture consacrée (vouée à Dieu), offerte sur l'autel et que les dévots se partagent à l'issue de la cérémonie. Cette nourriture consacrée comblerait de bienfaits les dévots qui la consomme. De plus, quand un dévot, initié à la vraie-voie, mange en méditant, cette nourriture qu'il mange est ainsi consacrée à Dieu, par la méditation, et comble de bienfaits le dévot qui la consomme.

 

 

8.17 (9:25)

 

Qui voue un culte aux dévas, renaîtra parmi les dévas, avec ceux qui vivent dans leur culte, de même, c'est en l'Un que vivront ses dévots.

 

 

8.18 (9:26)

 

Que l'on offre, avec amour et dévotion, une chose simple, comme une feuille, une fleur, un fruit, de l'eau et cette offrande, aussi simple soit-elle, sera acceptée.

 

 

8.19 (9:27/28)

 

Quoi que tu fasses, que tu manges, que tu sacrifies et prodigues, quelque austérité que tu pratiques, que ce soit pour l'offrir à l'Un, dans le Service. Ainsi, tu t'affranchiras des suites de tes actes*, vertueux comme coupables. Par ce principe du détachement tu seras libéré et viendras à L'Unité*.

 

* Suites de tes actes : le karma.

* Viendras à l'Unité : il est ici question du nirvikalpa-samadhi et de la Libération.

 

 

8.20 (9:29)

 

Le Seigneur n'envie, ne favorise personne, envers tous il est impartial. Mais quiconque le sert avec dévotion vit en Lui, comme s'il était son ami.

 

8.21 (9:30)

 

Quiconque est sur la bonne voie, avec dévotion, voit ses péchés, même les pires, pardonnés et trouve la paix éternelle.

 

 

8.22 (9:31/32/33)

 

Rapidement, il devient sans reproches et trouve la paix éternelle. Quiconque se réfugie dans le Saint-Nom peut atteindre le but suprême, quels que soient sa naissance et son statut social*. Que dire alors des justes, des dévots et des saints rois qui, en ce monde éphémère, en ce monde de souffrances, servent le Seigneur avec amour et dévotion ?

 

* Quels que soient sa naissance et son statut social : ici il est question des castes et il est dit que ces castes n'ont pas de valeur dans la dévotion.

 

 

8.23 (9:34)

 

Emplis toujours de l'Un ton esprit*, deviens son dévot, offre-lui ton hommage et ton adoration. En Lui tu resteras parfaitement absorbé.

 

* Emplis toujours de l'Un ton esprit : garde-toi dans la conscience du Saint-Nom ou, autrement dit : pratique constamment la technique du Saint-Nom (le service, un des quatre piliers de La Voie, le « non-agir » du « Tao-Te-King »).

 

Chapitre 9

Les gloires de l'absolu

 

 

 

9.1 (10:1/2)

 

Écoute la Parole-suprême*, dite pour ton bien et qui t'apportera la joie : ni les multitudes de dévas, ni les mahatmas* ne connaissent l'origine du Tout, car en tout il est, des uns comme des autres, la source.

 

* La Parole-suprême : Parole, Verbe, Saint-Nom, vertu-du Tao, autant de mots pour parler de l'énergie qui donne vie à tout. Le mot Saint-Nom désigne aussi la technique de méditation.

* Les mahatmas : « grandes-âmes ». Sortes de saints ou plutôt de personnes réalisées.

 

 

9.2 (10:3)

 

Qui connaît la vraie nature du souverain de tous les mondes, celui-là, sans illusion parmi les Hommes, devient libre de toute faute.

 

 

9.3 (10:4/5)

 

L'intelligence, le savoir, l'affranchissement du doute et de l'illusion, l'indulgence, la véracité, la maîtrise de soi et la quiétude, les joies et les peines, la naissance et la mort, la peur et l'intrépidité, la non-violence, l'équanimité, le contentement, la frugalité, la générosité, la gloire et l'opprobre, tous de L'Unité procèdent.

 

 

9.4 (10:6)

 

Les sept grands Rishis*, les quatre autres*, qui furent avant eux, et les Manus* sont nés de la volonté de l'Un, tous les êtres, en ce monde, sont leurs descendants.

 

* Grands Rishis : patriarches (géniteurs) védiques issus de l'esprit du Tout (Brahmà).

* Les quatre autres : les quatre Kumaras, fils de Brahmà (le Tout, L'Un, L'Unité) ou de Shiva et Parvati, selon les croyances.

* Manus : les pères de l'humanité.

 

 

9.5 (10:7)

 

Celui, en vérité, qui connaît la gloire et la puissance de l'Un, le sert avec une dévotion pure et sans partage ; c'est là un fait certain.

 

 

9.6 (10:8)

 

De tous les mondes, spirituels et matériels, l'Un est la source, de Lui tout émane. Les initiés, pratiquant la vraie voie, qui connaissent parfaitement cette vérité, la servent et l'adorent.

 

 

9.7 (10:9)

 

Les purs dévots toujours absorbent en Lui leurs consciences, durant toute leurs vies. Ils s'éclairent les uns les autres sur l'Unité, s'entretiennent d'elle sans fin, et par là trouvent une satisfaction et une joie immenses.

 

 

9.8 (10:10)

 

Ceux qui toujours servent et adorent, avec amour et dévotion, le Tout reçoivent sa Grâce* par laquelle ils pourront venir à Lui.

 

* Reçoivent sa Grâce : la Grâce coule tout le temps, comme l'eau d'une source, mais certains y boivent, d'autres non. Recevoir sa Grâce signifie en prendre conscience et ainsi aller en son sens.

 

 

9.9 (10:11)

 

Le Seigneur dissipe, du flambeau lumineux de la connaissance*, les ténèbres nées de l'ignorance, dans l'esprit de ses dévots.

 

*La connaissance : cette connaissance est une connaissance non-apprise ou vijnana.

 

 

9.10 (10:20)

 

L'Un est l'âme-Suprême, dont une part est en chaque être, il est le commencement, le milieu et la fin.

 

 

9.11 (10:22)

 

L'Un est la dévotion, le Roi des Dieux et, parmi les sens, l'intelligence de l'âme. Dans les êtres, il est la conscience et la vie.

 

 

9.12 (10:23/24)

 

L'Un est en toutes les formes, qu'on les croit bénéfiques ou mauvaises, il est les richesses du monde, sa lumière première et le Royaume. De toutes choses et créatures, l'Un est le plus grand.

 

 

9.13 (10:25)

 

L'Un est la sagesse des sages, il est le son primordial qui se répète*, il est le Saint-Nom.

 

* Le son primordial qui se répète : « Tat japah », il s'agit du support de méditation de la technique dite « du Saint-Nom ». Ce n'est pas le Ôm. Ce son est révélé par le maître, au moment de l'initiation.

 

 

9.14 (10:27)

 

L'Un est le plus grand, plus grand que le plus grand des chevaux, que le plus grand des éléphants, que la plus mortelle des armes. Il est plus sage que le plus sage des Hommes.

 

 

9.15 (10:32)

 

De toutes créations, il est le début, la fin et l'entre-deux. Parmi toutes les sciences, Il est la science spirituelle de l'âme, il est la conclusion, la vérité finale.

 

 

9.16 (10:33)

 

D'entre les lettres, Il est le « A » et parmi les mots composés, celui aux 26 lettres de l'alphabet. Il est également le temps éternel et parmi les créateurs, Brahmâ, dont les faces multiples regardent partout.

 

 

9.17 (10:34)

 

L'Un est la mort qui tout dévore et aussi la source de tout ce qui est à venir. Il est le Saint-Nom, la Grâce, mais aussi les paroles de vérité*, l'intelligence, la fidélité et la patience.

 

* Les paroles de vérité : le satsang, un des quatre piliers de la sadhana de La Voie (ou connaissance).

 

 

9.18 (10:36)

 

L'Un est le jeu des trompeurs* et l'éclat de tout ce qui resplendit. Il est la victoire, l'aventure et la force du fort.

 

* Trompeurs : les trompeurs sont nés de l'inertie, de Tamas (un des trois gunas) et de Raja. Raja (un des trois gunas, ou qualités fondamentales constitutives des êtres) enchaîne l'entité-vivante (jiva), ou âme, par l'attachement aux fruits des actes (par les actions faites hors du Saint-Nom), et Tamas (un autre des trois gunas), par la négligence, la paresse et le sommeil excessif. Les ou Le trompeur est, en fait, ce que « Krishna » nommait le « faux-ego », entité créé par la nescience, la confusion. L'Un est le faux-ego, parce qu'il est tout. Il est le bien et le mal, la vie et la mort. C'est pourquoi l'Un est symbolisé par les trois membres de la Trimùrti ; Brahmà, Vishnou et Shiva, la création, la préservation et la destruction. N'oubliez pas que « rien ne se crée, rien ne se perd, tout se transforme » (Lavoisier 1743-1794). La dualité est le Lilà (le jeu) de Dieu.

 

 

9.19 (10:38)

 

Parmi les châtiments, Il est le fouet et chez ceux qui cherchent à vaincre, la mortalité. Dans les choses secrètes, il est le silence et du sage la sagesse.

 

 

9.20 (10:39)

 

L'Un est la semence de toute existence. Rien de mobile ou d'immobile n'existe sans lui.

 

 

9.21 (10:41)

 

Tout ce qui est beau, puissant, glorieux, éclot n'est qu'un simple fragment de la splendeur du créateur.

 

 

9.22 (10:42)

 

À quoi bon cette énumération ? Une simple étincelle de l'Un pénètre et soutient l'univers tout entier.

 

Chapitre 10

Le Service

 

 

 

10.1 (12:2)

 

Celui qui attache son mental sur la forme originelle du Seigneur* et qui s'engage toujours sur la voie de Bhakti*, plein d'un zèle spirituel ardent, celui-là est réalisé*.

 

* La forme originelle du Seigneur : cette forme peut se manifester à nos « sens-intérieurs » sous diverses formes perceptibles en méditation-profonde, comme la lumière (intérieure), des sons ou le Saint-Nom.

* Bhakti : dévotion. Sur La Voie (ou connaissance) bhakti est une pratique, c'est l'Observance des quatre piliers.

* Réalisé : la réalisation est le but de La Voie, pas l'éveil. L'éveil vient ou ne vient pas, il est comme un heureux « accident ». La réalisation, c'est être en conscience du Saint-Nom, pratiquer la technique homonyme du lever au coucher, sans cesse. On peut atteindre la Libération (Moksha), sans passer par l'éveil, si on réalise le propos de son incarnation, qui est la réalisation.

 

 

10.2 (12:3/4)

 

Mais d'autres peuvent aussi réaliser, qui se vouent entièrement à la maîtrise des sens, se montrant justes et œuvrant pour le bien. La voie de la sainteté peut aussi conduire à la réalisation.

 

 

10.3 (12:5)

 

Pour eux*, cependant, dont le mental s'attache aux concepts de Dieu, le progrès sera fort pénible. Avancer par cette voie, celle des concepts-spirituels, est toujours difficile pour l'être incarné.

 

* Eux : ceux qui suivent la voie de la sainteté.

 

 

10.4 (12:6/7)

 

Pour qui adore le Saint-Nom, lui abandonne tous ses actes* et se voue à Lui sans partage, absorbé dans le Service et méditant constamment sur Lui, pour celui-là, il est le libérateur qui bientôt l'arrachera à l'océan des morts et des renaissances.

 

* Lui abandonne tous ses actes : abandonner tous ses actes est ce que l'on nomme le « non-agir » dans le Tao-Te-King et le Service, sur La Voie.

 

 

10.5 (12:8)

 

Simplement fixe ta conscience sur le Saint-Nom et loge en lui toute ton intelligence*. Ainsi, nul doute, tu vivras toujours avec lui.

 

* Intelligence : partie du mental douée de raison qui sert d'interface entre l'âme, ou conscience, et le mental. Le mental est le « système d'exploitation » du cerveau, qui est l'ordinateur du corps. Sans l'intelligence, le mental ne saurait comprendre et seuls les instincts, les désirs, la passion guiderait l'Homme.

 

 

10.6 (12:9)

 

Si tu peux attacher sur L'Un ton mental sans faillir, observe alors la Sadhàna*, tu auras ainsi soif de Sa Grâce.

 

* Sadhàna : ce mot sanskrit signifie « ce qu'il faut faire » et désigne l'ensemble des pratiques d'une voie spirituelle (màrga). La sadhana de La Voie est l'agya, composé de quatre piliers.

 

 

10.7 (12:10)

 

Si toutefois, tu ne peux te soumettre à toute la Sadhàna de La Voie, alors essaie au moins de consacrer tes actes*, car par la dédication, le Service, tu atteindras la Réalisation.

 

* Consacrer tes actes : pratiquer le service, c'est-à-dire le « non-agir », abandonner le fruit de ses œuvres ou agir tout en pratiquant la technique dite du « Saint-Nom », technique révélée au cours de l'initiation.

 

 

10.8 (12:11)

 

Si tu ne peux pas même agir dans cette conscience*, alors efforce-toi de renoncer à tout fruit de tes actes et en l'Unité d'établir ta conscience.

 

* Cette conscience : la conscience du Saint-Nom.

 

 

10.9 (12:12)

 

Supérieure aux connaissances est la méditation et supérieur à la méditation est le service, car c'est ce détachement du fruit de ses actes qui donne la paix.

 

 

10.10 (12:13/14)

 

Qui connaît le détachement et garde contenu le faux-ego, qui reste d'humeur égale et déterminé dans le service, celui-là est l'ami de Dieu.

 

 

10.11 (12:15)

 

Qui jamais ne cause d'agitation pour autrui, que jamais l'agitation ne trouble, que joies et peines ne touchent pas, est l'ami de Dieu.

 

 

10.12 (12 :16)

Celui qui ne dépend en rien de l'action, l'être pur, libre de toute anxiété, affranchi de la souffrance et qui ne recherche point le fruit de ses actes*, celui-là est l'ami de Dieu.

 

* Qui ne recherche point le fruit de ses actes : qui reste dans le service (la pratique du Saint-Nom).

 

 

10.13 (12:17)

 

Qui ne s'arrête ni sur la joie ni sur la peine, qui ne s'afflige, ni ne convoite, qui renonce au bon, comme au mauvais, celui-là est l'ami de Dieu.

 

 

10.14 (12:18/19)

 

Celui qui envers l'ami, ou l'ennemi, se montre égal et le même devant la gloire ou l'opprobre, la chaleur ou le froid, les joies ou les peines, l'éloge ou le blâme, qui toujours est libre de toute souillure, silencieux, satisfait de tout, insouciant du gîte, et qui, établi dans la connaissance*, reste dans le service, avec amour et dévotion, celui-là est l'ami de Dieu.

 

* Établi dans la connaissance : établi dans l'Observance de l'agya (la sadhana).

 

 

10.15 (12:20)

 

Celui qui, plein de foi*, dans cette voie du service*, s'engage tout entier, faisant de L'Un son but suprême, celui-là est l'ami de Dieu.

 

* Plein de foi : plein de confiance.

* Voie du service : karma-yoga.

 

Chapitre 11

La cause-originelle et l'âme

 

 

 

11.1 (13:1/2)

 

Que sont la cause-originelle et l'âme qui en bénéficie ? Que sont le champ* et le connaissant du champ ? Qu'est-ce que le savoir et l'objet du savoir ? On appelle champ le « corps-transcendantal* », celui du dévot familier avec le service* et on appelle « connaissant-du-champ » celui qui connaît ce « corps-transcendantal ».

 

* Le champ : ou « périmètre sacré » qui est à traduire ici comme « domaine » ou champ comme on dit « champ-opératoire», espace où s'exerce le dharma (celui du samsàra et de la Libération).

* Corps-transcendantal : le mot « sariram » est toujours traduis par « corps » or, il signifie aussi « corps-transcendantal » (Satçitananda-vigrahah body), qui est celui du dévot habitué au service. Le corps-transcendantal est un état de conscience venu par la dédication et l'Observance constante de l'agya. On pourrait dire que le « champ » est le paradigme du dévot.

* Service : un des quatre piliers de la sadhana de La Voie (agya), correspondant au « non-agir », dont parlait Lao-Tseu dans le Tao-Te-King et au service de dévotion, dont parle la Bhagavad-Gîtâ. C'est le fait d'agir en abandonnant le fruit de ses actes (en étant hors de la loi d'action-réaction ou karma), par la pratique d'une technique de méditation que l'on peut utiliser en même temps que l'on vaque à ses occupations. Le nom de cette technique est la « technique du Saint-Nom » ou « Kawali-Kumbhak » dans certains livres tels la Dhyanabindu-Upanishad ou la Gharanda-Samhita, section pranayama, verset 84.

 

 

11.2 (13:4)

 

Le champ, comment il est constitué, ses métamorphoses, sa source, de même que le connaissant du champ qui en bénéficie et son influence seront ici décrits.

 

 

11.3 (13:5)

 

Ce savoir du champ et de son connaissant, divers sages l'ont exposé en divers écrits védiques, où causes et effets sont présentés avec force raison.

 

 

11.4 (13:6/7)

 

L'ensemble des cinq grands éléments*, du faux-ego, de l'intelligence, du non-manifesté*, des dix organes des sens*, du mental et des cinq objets des sens*, puis le désir et l'aversion, la joie et la peine, les signes de la vie et la foi, tels sont, en bref, le champ* et ce qui résulte des interactions de ses éléments constituants.

 

* Cinq grands éléments : le mahabhuta ; la terre, l'eau, le feu, le vent et l'espace.

* Non-manifesté : le non phénoménal, ce que nous nommons le Saint-Nom, le Verbe, la Parole, que Lao-Tseu désignait par le mot composé : « vertu-du-Tao », l'énergie incompréhensible du Tout.

* Dix organes des sens : cinq organes de perception, le nez, la langue, les yeux, la peau et les oreilles, et cinq d'action, à savoir la bouche, les jambes, les bras, l'anus et les organes génitaux. Au-delà des sens se trouve encore le mental, qu'on appelle aussi le sens interne, ou onzième sens.

* Cinq objets des sens : les objets olfactifs, gustatifs, visuels, tactiles et sonores.

* Le champ : l'ensemble de ces vingt-quatre éléments, constitue ce qu'on appelle le champ d'action qui est un grand ensemble dont les éléments inter-agissent. C'est vraiment le paradigme existentiel du dévot. A ces éléments s'ajoutent le désir et l'aversion, ainsi que le plaisir et la souffrance, qui sont les manifestations des cinq grands éléments du corps grossier, les produits de leurs interactions. Les signes de la vie, quant à eux, que représentent la conscience et la conviction, sont des manifestations du corps subtil, lequel se compose des éléments subtils que sont le mental, l'intelligence et le faux ego, et qui sont également inclus dans le champ d'action. L'intelligence est la part la plus subtile du mental, capable d'envisager le domaine spirituel.

 

 

11.5 (13:8 à 12)

 

L'humilité, la modestie, la non-violence, la tolérance, la simplicité, l'acte d'approcher un maître spirituel authentique, la pureté, la constance et la maîtrise de soi ; le détachement des objets du plaisir des sens, l'affranchissement du faux-ego et la claire perception que naissance, maladie, vieillesse et mort sont maux et peurs à guérir, que le détachement, l'équanimité, la dévotion pure, la recherche des lieux de solitude, l'éloignement des foules, le fait de reconnaître l'importance de la réalisation spirituelle et la recherche sage de la vérité absolue, telle est la connaissance*, ce qui va contre l'ignorance*.

 

* La connaissance : ici, le mot « connaissance » désigne la voie spirituelle que Lao-Tseu nommait « tao ». Une voie spirituelle est une pratique faite de plusieurs éléments qui constituent la sadhana (ce qu'il faut faire). Comme Lao-Tseu utilisait le mot « Tao » pour désigner le Tout, Dieu et le chemin qui mène à la conscience de Lui, le maître éveillé, dont on a oublié le nom pour ne retenir que le surnom, donné par les aryas ; « Krishna », ou le sombre, utilisait le mot « connaissance » pour désigner le savoir intime, la réalisation venu de l'intérieur à force de pratique et la voie, la sadhana permettant d'avoir cette réalisation. C'est ainsi que l'on peut dire que : « le chemin est le but ».

* L'ignorance : la nescience du Yogasûtra.

 

 

11.6 (13:13)

 

Voici maintenant quelque enseignement à propos de l'objet de la connaissance*. Sa connaissance fait goûter à l'éternel. On l'appelle Brahman, l'âme-universelle. Elle est sans commencement, et subordonnée à L'Un. Elle transcende le monde de la matière, et les effets et les causes qui lui sont associés.

 

* L'objet de la connaissance : la vérité absolue, Dieu.

 

 

11.7 (13:14)

 

L'âme-universelle est en tout, tous les yeux sont ses yeux, toutes les mains sont ses mains, toutes les jambes sont ses jambes et elle est sur chaque visage. Rien n'échappe à son ouïe. Ainsi, partout présente, est l’âme-universelle.

 

 

11.8 (13:15)

 

Source originelle des sens de tous les êtres, l’âme-universelle en est pourtant elle-même dépourvue. Soutien de tous, elle reste partout sans attaches et, au-delà des qualités du monde matériel, elle n'en demeure pas moins la maîtresse.

 

 

11.9 (13:16)

 

La vérité-suprême est au-dedans, comme au-dehors*, dans le mobile comme dans l'immobile ; elle dépasse le pouvoir de perception de l'entendement, lié aux sens matériels. Infiniment lointaine, elle est aussi très proche*.

 

* « La vérité-suprême est au-dedans, comme au-dehors » : Jésus a dit la même chose, sauf qu'il ne disait pas « la vérité-suprême » mais « le Royaume ». « S’ils vous disent ceux qui vous attirent voici le royaume est dans le ciel alors les oiseaux du ciel vous devanceront s’ils vous disent il est dans la mer alors les poissons vous devanceront mais le Royaume est à l’intérieur de vous et il est l’extérieur de vous ».

* Elle est aussi très proche : puisqu'elle est à l'intérieur de nous !

 

 

11.10 (13:17)

 

Bien qu'elle semble divisée, l’âme-universelle demeure indivisible ; elle est Une. Bien qu'elle soutienne tous les êtres, elle est aussi* ce qui les fait disparaître et revenir et qui les fait se développer tous.

 

* Elle est aussi : l'hindouisme parle de ça, avec la Trimùrti ; Brahmâ, le créateur, Vishnou, le préservateur et Shiva, le destructeur (ou plutôt le transformateur), puisque rien ne se crée, rien ne se perd, tout se transforme, selon Lavoisier. L'âme-universelle serait donc un autre mot pour parler de Dieu, du Tao, de L'Un, du Tout.

 

 

11.11 (13:18)

 

L'âme-universelle, non manifestée, est la source de toute lumière. Elle est au-delà des ténèbres. Elle est la connaissance, l'objet de la connaissance et le but de la connaissance. Elle demeure en chacun.

 

 

11.12 (13:19)

 

Voici décrit le champ*, la connaissance et l'objet de la connaissance. Toute la profondeur de ces choses, aux seuls dévots il est donné de la comprendre, et d'atteindre ainsi l'Unité qui est la nature du Tout, le Seigneur-Suprême.

 

* le champ : ensemble de ce que l'homme peut percevoir avec ses sens.

 

 

11.13 (13:20)

 

La nature matérielle, comme les êtres distincts, n'ont pas la même importance vis-à-vis du champ et du connaissant du champ, leurs mutations et les trois qualités matérielles* n'ont d'autre origine que la nature matérielle.

 

* Les trois gunas

 

 

11.14 (13:21)

 

De la nature, on dit qu'elle est la cause de tous les actes et de leurs conséquences. L'être-profond* est distinct des plaisirs et des souffrances divers qu'il connaît en ce monde.

 

* Être-profond : l'âme.

 

 

11.15 (13:22)

 

Ainsi, l'être-distinct emprunte, au sein de la nature matérielle, diverses manières d'exister* et jouit des qualités du monde matériel. Cela, parce qu'il touche à cette nature. Il connaît alors souffrances et plaisirs, en diverses formes de vie.

 

* « L'être-distinct emprunte... », etc : cette phrase parle de l'âme qui s'incarne, sous diverses formes d'êtres vivants, à travers le cycle du samsara et jouit des qualités, des plaisirs de la matérialité, mais en subit les souffrances aussi.

 

 

11.16 (13:23)

 

Il est, dans le corps, un autre habitant qui transcende la matière, la source et la destination, qu'on nomme l’âme-universelle*.

 

*L'âme-universelle : il ne s'agit pas de l'être-distinct, l'âme individuelle incarnée, mais du Tout ou, comme disait Lao-Tseu, le Tao et de cette part du Tout qu'il y a en chaque être afin qu'il soit en vie. Cette part est ce que Lao-Tseu désignait par l'expression « vertu-du-Tao », que, sur La Voie, nous nommons le Saint-Nom. Évidemment, il n'y a pas la totalité de cette « âme-universelle » en chaque être vivant, mais une part d'elle, afin que son pouvoir agisse.

 

 

11.17 (13:24)

 

Il atteindra certes la Libération, celui qui comprend* ainsi la nature matérielle et ce que sont l'être vivant et l'interaction des qualités de la matière. Quelle que soit sa condition présente, jamais plus il ne renaîtra en ce monde.

 

* Qui comprend : qui intègre, qui assimile. La compréhension dont il est question ici n'est pas intellectuelle mais spirituelle. Comprendre c'est « prendre-avec », c'est-à-dire réaliser, vivre.

 

 

11.18 (13:25)

 

On peut percevoir l'âme-universelle par la méditation, par la connaissance* et par l'action non intéressée*.

 

* La connaissance : ce qui signifie ; par la pratique, l'Observance de la sadhana.

* L'action non intéressée : le service (le non-agir du Tao-Te-King).

 

 

11.19 (13:26)

 

On rencontre aussi ceux qui, bien que peu versés dans le savoir spirituel*, viennent à l'adoration du Seigneur, parce qu'ils en ont entendu parler par des dévots, ceux-là triompheront aussi du cycle des morts et des renaissances*.

 

* Le savoir spirituel : les connaissances livresques (jnana).

* « Ceux-là triompheront aussi... » : selon « Krishna », il n'y a pas que la « connaissance » (en tant que voie-spirituelle, que sadhana) qui permet d'atteindre la Libération ; la voie de bhakti (la dévotion) sincère le permet aussi, ainsi ceux qui n'ont jamais rencontré La Voie (ou la connaissance), peuvent être sauvés s'ils adorent Dieu sincèrement.

 

 

11.20 (13:27)

 

Tout ce qui est, mobile et immobile, ne procède que de l'union du champ et du connaissant du champ*.

 

* « L'union du champ et du connaissant du champ... » : l'union de la créature et de la création.

 

 

11.21 (13:28)

 

Celui qui voit que l’âme-universelle, dans tous les corps, accompagne l'âme individuelle et comprend que jamais ni l'une ni l'autre ne périssent, celui-là a une juste-vue.

 

 

11.22 (13:29)

 

Quand l'homme d'intelligence cesse de voir en termes d'identités multiples, dues à des corps multiples, il atteint la vision de l'âme-universelle*.

 

* L'âme-universelle : le Tout. Lao-Tseu disait le Tao.

 

 

11.23 (13:30)

 

Celui qui peut voir que c'est le corps, de nature matérielle, qui accomplit toute action, que jamais l'âme n'agit, celui-là, en vérité, voit.

 

 

11.24 (13:31)

 

Quand l'homme d'intelligence cesse de voir en termes d'identités multiples, dues à des corps multiples, il atteint la claire-vision*, alors il ne voit que l'Unité dans le multiple.

 

* La claire-vision : la vision de l'absolu que donne l'éveil.

 

 

11.25 (13:32)

 

Ceux qui ont la vision d'éternité peuvent voir que l'âme est spirituelle, éternelle, au-delà des trois gunas. Bien que sise dans le corps de matière, jamais l'âme n'agit, ni n'est liée par les contingences du corps.

 

 

11.26 (13:33)

 

Comme l'éther, qui, partout répandu, ne saurait pourtant, lui de nature subtile, se mêler à rien, ainsi l'âme, issue de l'âme-universelle, bien que dans le corps, ne se mêle pas avec lui.

 

 

11.27 (13:34)

 

Comme le soleil, à lui seul, illumine tout l'univers, ainsi l'âme-spirituelle, à elle seule, éclaire de la conscience le corps tout entier.

 

 

11.28 (13:35)

 

Celui qui, à la lumière de la connaissance, voit ainsi ce qui distingue le corps du possesseur du corps* et connaît également par où l'on se libère de l'emprise de la nature matérielle, celui-là atteint le but suprême.

 

* Possesseur du corps : l'âme.

 

Chapitre 12

Les trois gunas

 

 

 

12.1 (14:1)

 

Encore une foi, je te parle à propos de la sagesse suprême, la plus haute des connaissances, par laquelle tous les sages sont élevés à la perfection ultime*.

 

* La perfection ultime : cette perfection n'est pas celle des sages, qui seraient devenus parfaits, mais c'est celle de L'Unité.

 

 

12.2 (14:2)

 

Celui qui s'établit dans cette connaissance* peut atteindre la nature spirituelle et absolue. Alors, il ne renaît pas au temps de la création et à l'heure de la dissolution, n'en est pas affecté.

 

* Connaissance : ici, la connaissance est le nom que le maître éveillé, surnommé, par les Aryas, Krishna (ou le noir), donnait à la pratique qu'il enseignait, la sadhana de sa voie. Le mot connaissance, dans la bouche de Krishna, signifie aussi « savoir-intime », « communion » avec l'Unité. Le sens du mot change selon le contexte de la phrase. S'établir dans la connaissance c'est s'installer, avec constance, dans l'Observance de la sadhana (l'agya).

 

 

12.3 (14 :3)

 

L'âme-universelle est la matrice de toute la création. Le Saint-Nom*, la féconde, donnant ainsi naissance à tous les êtres.

 

* Le Saint-Nom : pour Lao-Tseu la « vertu du Tao », le Verbe, l'énergie divine créatrice de toute vie.

 

 

12.4 (14:4)

 

Toutes les formes de vie sortent du sein de la nature-matérielle*, le Seigneur-Suprême, son Saint-Nom, en donne la semence qui la féconde.

 

* La nature-matérielle : la création.

 

 

12.5 (14:5)

 

Chez l'Homme, la nature-matérielle se manifeste sous la forme des trois gunas : sattva, rajas et tamas*. Que l'âme s'incarne et elle en subit l'influence.

 

* Sattva, la pureté, la vérité, la vertu. Rajas, l'énergie, la force, la passion, les désirs, les instincts. Tamas, l'obscurité, la lourdeur, l'inertie, l'ignorance.

 

 

12.6 (14:6)

 

La vertu*, le plus pur des trois gunas, éclaire l'être et l'affranchit du karma. Celui que la vertu gouverne, développe la connaissance, mais en même temps est conditionné par le bonheur qu'elle procure.

 

* La vertu : un des trois gunas, Sattva (pureté, vérité, lumière)

 

 

12.7 (14:7)

 

La passion* consiste en désirs ardents et sans fin. Elle rive l'âme incarnée, qu'elle domine, à l'action matérielle et à ses fruits*.

 

* La passion : Rajas, un autre des trois gunas (énergie, passions, force, désir, instincts)

* Ses fruits : le karma.

 

 

12.8 (14:8)

 

Quant à l'ignorance*, elle cause l'égarement de tous les êtres. Ce guna entraîne folie, indolence et sommeil*, qui enchaînent l'âme incarnée.

 

* Ignorance : le troisième des trois gunas, Tamas (ignorance, ténèbres, obscurité, lourdeur, inertie), ou nescience (voir le Yogasûtra), c'est-à-dire l'absence de « la connaissance », celle non-apprise (vijnana), qui vient par la pratique et la « fréquentation » régulière de l'Unité.

* Sommeil : de la conscience.

 

 

12.9 (14:9)

 

La vertu attache au vrai-bonheur, la passion aux fruits des actes et l'ignorance à la confusion, à la souffrance et à la folie.

 

 

12.10 (14:10)

 

Tantôt, dominant la vertu et l'ignorance, la passion l'emporte et tantôt, c'est la vertu qui vainc la passion et l'ignorance. Ainsi jamais, entre les gunas, ne cesse la lutte pour dominer.

 

 

12.11 (14:11)

 

Quand, par toutes les portes du corps, pénètre le flot lumineux de la connaissance, alors on peut être assuré que la vertu croît en puissance.

 

 

12.12 (14:12)

 

Quand grandit la passion, alors grandissent avec elle le grand attachement, les désirs incontrôlables, des aspirations ardentes et des efforts intenses pour assouvir ces passions, ces attachements et ces désirs.

 

 

12.13 (14:13)

 

Quand monte l'ignorance*, alors naissent les ténèbres, l'inertie, la démence, la confusion et l'illusion.

 

* L'ignorance : la nescience ou absence de la connaissance (vijnana), qui vient pas la « fréquentation » de l'Unité, de la lumière-intérieure.

 

 

12.14 (14:14)

 

Qui meurt sous la vertu est libéré des chaînes du samsara.

 

 

12.15 (14:15)

 

Qui meurt sous la passion et l'ignorance renaît parmi les Hommes qui se vouent à l'action-intéressée*.

 

* L'action-intéressée : action faite hors de la conscience du Saint-Nom, sans pratiquer la technique homonyme, autrement dit, action faite hors du service (un des quatre piliers de l'agya, la sadhana de La Voie ou « connaissance », pour Krishna). Le service c'est le « non-agir » de Lao-Tseu.

 

 

12.16 (14:16)

 

Il est dit que les actes accomplis dans la vertu entraînent la purification de leur auteur ; sous l'influence de la passion, la détresse, sous celle de l'ignorance, la sottise et l'aveuglement.

 

 

12.17 (14:17)

 

De la vertu naît la connaissance non-apprise et de la passion l'avidité. La folie et la sottise, comme l'illusion, viennent de l'ignorance.

 

 

12.18 (14:18)

 

Ceux que gouverne la vertu, peu à peu s'élèvent jusqu'au Royaume, ceux que domine la passion et l'ignorance, demeurent incarnés en proie à la confusion et aux souffrances des ténèbres.

 

 

12.19 (14:19)

 

Quand on voit, dans tous actes, que rien n'échappe aux trois gunas, mais que le Saint-Nom les transcende, alors on peut connaître la vérité.

 

 

12.20 (14:20)

 

Quand l'initié dépasse les trois gunas, il se libère de la naissance et de la mort et de leurs souffrances. Il peut alors goûter au Nectar*.

 

* Nectar : l'ambroisie. Guru Nanak (xve siècle), un autre éveillé auquel les sikhs se réfèrent, aimait beaucoup le Nectar et en parlait souvent (voir le Guru Granth-Sahib).

 

 

12.21 (14:21 à 25)

 

Celui qui n'éprouve nulle aversion, qu'il soit devant l'éclairement, l'attachement ou l'illusion, qui n'éprouve également nulle soif de ces choses, en leur absence ; qui, au-dessus de ces fruits que portent les trois gunas, se tient comme neutre, toujours inflexible, conscient de ce que rien n'agit en dehors d'eux.

 

Celui qui regarde d'un même œil le plaisir et la souffrance, et pour qui la motte de terre, l'or et la pierre sont d'égale valeur, qui est sage et tient pour identique et l'éloge et le blâme ; qui n'est affecté ni par la gloire ni par l'opprobre, qui traite également amis et ennemis, et qui a renoncé à toute entreprise intéressée, celui-là a transcendé les trois gunas.

 

 

12.22 (14:26)

 

Celui qui tout entier s'absorbe dans le service*, sans jamais faillir, transcende dès lors les trois gunas et atteint la conscience de L'Un.

 

* Service : un des quatre piliers de la sadhana de La Voie (ou connaissance, comme la nommait « Krishna »). Le service c'est faite tout ce que l'on a à faire en gardant une part de son attention (conscience) sur le Saint-Nom, en pratiquant la technique du même nom. Lao-Tseu disait « la vertu du Tao ». Krishna disait le service, le service de dévotion et l'abandon du fruit de ses actes.

 

 

12.23 (14:27)

 

Le Seigneur-Suprême, son Saint-Nom est le fondement de l'âme-universelle*, qui est immortelle, intarissable, éternelle, et qui constitue le principe même du bonheur ultime.

 

*L'âme-universelle : Dieu, l'Unité, le Tao.

 

Chapitre 13

La Personne Suprême

 

 

 

13.1 (15 : 1)

 

Le banian a ses racines qui pointent vers le haut et vers le bas, formant, avec les branches, un dédale où se perd celui qui y reste. Seules ses feuilles s'en échappent et s'élèvent comme la vraie-connaissance élève l'initié.

 

 

13.2 (15:2)

 

Les branches de cet « arbre* », que nourrissent les trois gunas*, s'étendent en hauteur comme en profondeur ; leurs rameaux sont les objets des sens. Ses racines, qui pointent vers le bas, sont liées aux actes accomplis dans l'incarnation.

 

* Arbre : le champ, c'est-à-dire l'ensemble du paradigme existentiel de l'incarnation, lieu et temps donnés pour l'accomplissement de la Réalisation. Ce champ est dominé par l'influence de l'ignorance, de l'aveuglement qui créent le faux-ego. Couper cet arbre c'est, par le vrai-détachement, vivre, incarné, en conscience de la béatitude, l'harmonie de l'Unité.

* Les trois gunas : les trois « qualités » dont les interactions produisent toutes les formes de la création émanant de la nature originelle ou Prakrti.

 

 

13.3/4 (15:3/4)

 

Nul ne peut percevoir la forme exacte de cet arbre, en voir la fin, le commencement ni la base. Mais il faut trancher ce banian aux puissantes racines, avec le glaive du vrai-détachement et de la détermination, puis chercher l'endroit où, quand on l'a atteint, l'arbre ne peut pas repousser, pour s'abandonner à la Personne-Suprême, Dieu, celui de qui tout provient et en qui tout demeure depuis toujours.

 

 

13.5 (15:5)

 

L'Homme libéré de l'illusion, de l'orgueil et de l'hypocrisie, qui comprend l'éternel, qui triomphe de la concupiscence, des joies et des peines et qui connaît La Voie de l'abandon à la Personne-Suprême, celui-là atteint l'éternel Royaume.

 

 

13.6 (15:6)

 

Ce Royaume-suprême, ni le soleil, ni la lune, ni les flammes ne l'éclairent. Pour qui l'atteint, point de retour en ce monde.

 

 

13.7 (15:7)

 

Les êtres, dans le monde matériel, sont des fragments du Tout. Parce qu'ils sont conditionnés, ils luttent avec acharnement contre les sens et parmi eux, le mental.

 

 

13.8 (15:8)

Comme l'air emporte les odeurs, l'être vivant en ce monde, emporte avec lui, d'un corps à un autre, les diverses manières dont il conçoit la vie.

 

 

13.9 (15:9)

 

Revêtant ainsi un nouveau corps, l'être vivant se voit doté du sens de l'ouïe, de la vue, du toucher, du goût et de l'odorat et d'autres, qui tous gravitent autour du mental. Il a à sa disposition toute une gamme d'objets propres à chaque sens.

 

 

13.10 (15:10)

 

Les ignorants ne sauraient concevoir comment l'être vivant quitte le corps, ou de quelle sorte de corps, sous l'empire des trois gunas, il veut jouir. Mais tout cela, celui dont les yeux sont initiés à la connaissance* peut le voir.

 

* Celui dont les yeux sont initiés à la connaissance : celui qui a reçu la Révélation de La Voie, dont celle de la lumière-intérieure.

 

 

13.11 (15:11)

 

L'initié, pratiquant la vraie voie, comprend tout cela avec clarté. Ceux qui n'ont pas cette conscience profonde, cette juste-vue, ne peuvent pas comprendre.

 

 

13.12 (15:12)

 

La splendeur du soleil, qui dissipe les ténèbres, l'univers entier, sache-le, émane de la Personne-Suprême, du Tout.

 

 

13.13 (15:13)

 

La Personne-Suprême est en chacune des planètes et son énergie les garde en orbites. Par la lune, elle donne le suc de la vie à tous les végétaux*.

 

* Elle donne le suc de la vie à tous les végétaux : elle permet à la sève de monter des racines vers les feuilles.

 

 

13.14 (15:14)

 

La Personne-Suprême, son Saint-Nom est en chaque corps animé, le feu de la digestion et le souffle vital, dans l'inspiration comme dans l'expiration. Ainsi, elle permet l'assimilation des quatre sortes d'aliments*.

 

* Quatre sortes d'aliments : on distingue quatre sortes d'aliments, ceux qu'on avale, mâche, lèche et suce.

 

 

13.15 (15:15)

 

La Personne-Suprême, son Saint-Nom se tient au centre de chaque être et d'elle viennent le souvenir, le savoir et l'oubli. Le but de la connaissance* est de la connaître ; en vérité. C'est elle qui en a élaboré la conclusion.

 

* Connaissance : ici, le mot connaissance parle de ce que l'on sait, par la pratique, la fréquentation de l'harmonie de l'Unité et il parle aussi de la pratique en elle-même, de La Voie, de sa sadhana.

 

 

13.16 (15:16)

 

Il est deux sortes d'êtres ; les faillibles et les infaillibles. Dans l'univers matériel, tous sont faillibles ; mais dans le monde spirituel, il est dit que tous sont infaillibles.

 

 

13.17 (15:17)

 

Mais au-dessus de tous est le plus grand des êtres, le Seigneur en personne, qui est dans les mondes et les soutient.

 

 

13.18 (15:18)

 

Puisque la Personne-Suprême est absolue, au-delà du faillible et de l'infaillible, puisque Elle est la plus grande de tous, la création et la connaissance la célèbrent.

 

 

13.19 (15:19)

 

Celui qui, libre de doutes, connaît Dieu, celui-là, sache-le, a une connaissance qui embrasse tout. C'est pourquoi il est un dévot.

 

 

13.20 (15:20)

 

Ce qui est maintenant révélé* est la part la plus secrète des écritures. Qui en saisit la teneur connaîtra la sagesse et ses efforts le mèneront à la perfection*.

 

* Révélé : ce qui est révélé ne l'est pas par les écrits mais par le maître, directement. Cette Révélation ne peut pas se faire par des explications trouvées dans un livre. Une révélation se montre.

* La perfection : ici il n'est pas question que le disciple assidu, réalisé, devienne une personne parfaite. La perfection qui est atteinte, par la compréhension de la vérité, est celle du Seigneur, du Tout, de l'Unité, du Tao, etc.

 

Chapitre 14

Natures éclairées et enténébrées

 

 

 

14.1 à 3 (16:1 à 3)

 

Absence de crainte, simplification de l'existence, constance dans la pratique de la connaissance*, maîtrise de soi*, dédication, sobriété et simplicité, non-violence*, vérité, maîtrise de la colère, vrai-détachement, sérénité, compassion, absence de convoitise, douceur, modestie, ferme détermination, vigueur, pardon, force morale, pureté, absence d'envie des honneurs, telles sont les qualités spirituelles sur La Voie de la Libération.

 

* La connaissance : ce mot, utilisé dans ce contexte, est le nom de la voie.

* Maîtrise de soi : application des recommandations des angas (quatrième pilier de La Voie).

* Non-violence : sauf violence légitime pour se défendre et pour défendre d'autres gens attaqués injustement et ayant besoin d'aide.

 

 

14.4 (16:4)

 

Arrogance, vanité, colère, suffisance, âpreté, soif de jouissance sont les traits marquants des hommes plongés dans les ténèbres de l'ignorance.

 

 

14.5 (16:5)

 

Les qualités spirituelles servent la Libération de l'être, les traits de l'ignorance poussent à l'asservir.

 

 

14.6 (16:6)

 

En ce monde existent deux sortes de consciences, les unes éclairées, les autres dans enténébrées.

 

 

14.7 (16:7)

 

Ce qu'il faut faire ou ne pas faire, les êtres dans l'ignorance* l'ignorent. Ils ne connaissent pas la juste-conduite ni la vérité.

 

* Dans l'ignorance : qui n'ont pas la connaissance, c'est-à-dire, qui n'ont pas été initiés à la vraie-voie.

 

 

14.8 (16:8)

 

Les ignorants prétendent que l'humanité n'a ni but, ni Dieu ; qu'elle résulte du désir sexuel et n'a d'autre cause que la concupiscence.

 

 

14.9 (16:9)

 

Partant de telles conclusions, les ignorants se livrent à des œuvres qui visent à s'enrichir, à la jouissance et qui détruisent le monde.

 

 

14.10 (16:10)

 

Les ignorants, qui se réfugient dans la vanité, l'orgueil et l'insatiable concupiscence, deviennent la proie de l'illusion. Fascinés par l'éphémère, ils consacrent leur vie à des actes vains.

 

 

14.11/12 (16:11/12)

 

Jouir des sens jusqu'au dernier moment, tel est, croient-ils, l'impératif majeur pour l'Homme. Aussi, leur angoisse ne connaît-elle pas de fin. Enchaînés par le désir, qui n'a pas de fin, par la concupiscence et la colère, ils entassent des richesses, pour satisfaire l'appétit de leurs sens.

 

 

14.13 à 15 (16:14 à 15)

 

Telles est la pensée de l'ignorant aveuglé par son ignorance : « Tant de richesses sont aujourd'hui miennes, et par mes plans, davantage encore viendront. Je possède aujourd'hui tant de choses, et demain plus et plus encore ! Cet homme était de mes ennemis, je l'ai tué ; à leur tour, je tuerai les autres. De tout, je suis le Seigneur et le maître, de tout le bénéficiaire. Moi parfait, moi puissant, moi heureux, moi le plus riche, et entouré de hautes relations. Nul n'atteint ma puissance et mon bonheur. J'accomplirai des sacrifices, ferai la charité, et par là me réjouirai ».

 

 

14.16 (16:16)

 

Embrouillé par des angoisses multiples et pris dans un filet d'illusions, il s'attache trop aux plaisirs des sens et sombre dans les souffrances que génèrent les ténèbres de l'ignorance.

 

 

14.17 (16:17)

 

Vaniteux, toujours arrogant, égaré par la richesse et la fatuité, il accomplit parfois des sacrifices ; des actes de bigoterie, mais hors de toute vérité, ces sacrifices, ces bigoteries sont vains.

 

 

14.18 (16:18)

 

Ayant cherché refuge dans le faux-ego, la puissance, l'orgueil, la concupiscence et la colère, l'ignorant se moque de la connaissance* et voudrait être parfait, se prenant pour Dieu.

 

* La connaissance : La Voie.

 

 

14.19 (16:19)

 

Les envieux et malfaisants, les pleins d'eux-mêmes sont plongés dans l'océan de l'existence matérielle sans le secours de la Grâce.

 

 

14.20 (16:20)

 

Ceux-là, revenant vie après vie, jamais ne peuvent approcher de la vérité, de sa lumière. Ils sombrent dans la destinée la plus sinistre.

 

 

14.21 (16:21)

 

Trois portes ouvrent sur les ténèbres : la concupiscence, la colère et l'avidité. Que tout homme sain d'esprit les referme, car elles conduisent l'âme à sa perte.

 

 

14.22 (16:22)

 

L'homme qui a su éviter ces trois portes voue son existence à la Réalisation spirituelle. Il atteint ainsi, peu à peu, le but suprême*.

 

* le but suprême : La Libération.

 

 

14.23 (16:23)

 

 Celui en revanche, qui rejette les enseignements de la connaissance*, pour agir selon son caprice, n'atteint ni la perfection du Seigneur, ni le bonheur de l'accomplissement, ni le but suprême.

 

*la connaissance : ce mot désigne ici la voie spirituelle, sa pratique.

 

 

14.24 (16:24)

 

Ce qu'est ton devoir et ce qu'il n'est pas, sache donc le déterminer à la lumière de la connaissance, par elle agis de manière à approfondir ta conscience de l'Unité.

 

Chapitre 15

Les ordres de la foi

 

 

 

15.1 (17:1)

 

Selon la nature des influences matérielles reçues par l'être incarné, sa foi peut appartenir à trois ordres : la vertu, la passion, ou l'ignorance*.

 

* la vertu, la passion, ou l'ignorance : Sattva, Rajas, ou Tamas.

 

 

15.2 (17:2)

 

Selon quel guna* marque son existence, l'être développe une foi particulière. On le dit de telle foi, selon qu'il baigne en l'un ou l'autre.

 

* Les gunas sont les trois qualités principales, Sattva, Rajas et Tamas, dont l'interaction produit tout le vivant et sous les influences desquels les êtres se trouvent, sauf d'avoir leurs consciences en Dieu.

 

 

15.3 (17:3)

 

La nature de la foi de chaque Homme correspond à sa nature intime. Les Hommes que gouverne Sattva* se vouent à la lumière, ceux que domine Rajas* vivent sous l'emprise de la passion et du désir, ceux qui sont dominés par Tamas* sont dans les ténèbres, la confusion et la souffrance.

 

* Sattva, Rajas et Tamas : sont les trois gunas, catégories, qualités dont l'interaction produit les différentes sortes d'êtres vivants et qui, en l’occurrence, influent sur la sorte de foi qui anime les Hommes (les ordres de la foi).

 

 

15.4 (17:5/6)

 

Les Hommes de Sattva* se vouent à l'harmonie de l'Unité, ceux de Rajas adorent les mauvais esprits et l'or, les autres, ceux de tamas, sacrifient aux morts et aux fantômes. Les Hommes qui s'imposent des austérités sévères, mais non conformes à la sadhana*, s'y livrant par orgueil*, égoïsme et concupiscence, contrarient l'Harmonie de l'Unité qui est en eux, ceux-là sont opposés au Seigneur.

 

* Sattva : Guna de la pureté, de la lumière, de la vérité, de la spiritualité-authentique, etc.

* Sadhana : ensemble des pratiques d'une voie spirituelle (pour Krishna « la connaissance » ou La Voie).

* Orgueil : en spiritualité, cette sorte de vanité est nommée l'ego-spirituel.

 

 

15.5 (17:7)

 

Les aliments chers à chacun se divisent aussi en trois ordres*, qui correspondent aux trois gunas. De même pour la dédication, l'abnégation et l'altruisme.

 

*En trois ordres : la nourriture sattvique est fraîche, complète, naturelle et de bonne qualité, peu épicée. Elle est cuite à point et entraîne un état alerte et calme le mental, lui apportant une énergie calme. On dit que ces aliments nourrissent la conscience. La nourriture sattvique comprend les fruits et les baies frais et séchés, les jus de fruit purs, les légumes crus ou légèrement cuits, les salades, les céréales, les noix, les graines, les pains complets, le miel, les herbes fraîches, les tisanes, le lait et le beurre frais. Cette alimentation se digère aisément et fournit de l'énergie, augmentant la vitalité, la vigueur et l'endurance de l'intérieur. Ce type d'aliments donne de l'énergie et favorise la méditation. Le fait de choisir naturellement des aliments sattviques indique généralement une capacité de choisir la joie intérieure et de résister à la tentation. L'association d'un régime sattvique et d'une attitude appropriée peut améliorer le contrôle du mental.

 

Aliments rajasiques, c'est la nourriture qui est mijotée pendant longtemps pour accentuer la saveur ou qui est cuite dans des sauces riches. Ces aliments stimulent le système nerveux et accélèrent le métabolisme. Les oignons, le gingembre, les radis, le café, le thé, la nourriture épicée et salée, les repas rapides, le sucre raffiné, le chocolat sont de cette sorte. La nourriture rajasique fournit au corps de la stimulation excessive et ne favorise pas un équilibre des énergies, elle éveille les passions et suscite l'activité physique et donne souvent envie de continuer de manger, alors que le corps est rassasié. Un tel régime alimentaire incite à chercher à assouvir passions et désirs et mène à une vie de douleur, d'afflictions et de maladies.

 

Nourriture tamasique : vous pourriez vous demander qui aime manger de la nourriture rance, putride et sans saveur, mais sachez que même la nourriture qui s'est refroidie est considérée comme rance. Les restants d'aliments préparés, il y a plus de trois heures, sont considérés comme rances. Les boissons fermentées font aussi partie de cette catégorie. Tous les restes sont considérés comme tamasiques, sauf le prashad, ainsi que la nourriture dégageant une odeur forte et déplaisante. La nourriture impure est celle qui a été fortement transformée. La nourriture tamasique comprend la viande, le poisson, les œufs, les champignons, les aliments transformés ou préservés, ou les aliments trop cuits, cuits au barbecue ou réchauffés plusieurs fois, l'ail, l'alcool et les glaces. Sur les plans physique et mental, un régime alimentaire tamasique n'est pas bénéfique. Il peut contribuer à la substance matérielle du corps physique, mais il crée un sentiment de lourdeur et de léthargie. En çaa, comme en tout, il faut savoir raison garder et doser chaque type d'aliments en fonction des besoins du corps, de son activité et des besoins de l'âme.

 

 

15.6 à 8 (17:8 à 10)

 

Aux êtres de Sattva, les aliments de la connaissance qui purifient l'existence, en prolongent la durée et qui procurent force, santé, joie et satisfaction. Ces aliments substantiels sont doux, juteux, gras et plein de saveur.

 

Aux êtres de Rajas*, les aliments trop amers, acides, salés, piquants, secs ou chauds*, ils causent déplaisir, souffrance et maladie.

 

Chers aux êtres de Tamas* sont les aliments cuits plus de trois heures* avant d'être consommés, les aliments privés de goût, de fraîcheur, malodorants, décomposés ou impurs, voire les restes.

 

* Sattva : Guna de la pureté, de la lumière, de la vérité, de la spiritualité-authentique, etc.

* Rajas : guna des passions, de l'animalité, des instincts, du désir, de la guerre, de la dualité, etc.

* Chauds : le terme « chaud » n'a rien à voir ici avec la température, mais avec le classement des aliments, selon l'ayurvéda, en aliments chauds (miel, jus d'orange, cannelle, etc.) et froids (yaourt, banane, menthe, beurre, etc.)

* Tamas : guna de l'obscurité, des ténèbres, de la lourdeur, de l'inertie, de l'ignorance, de l'illusion, du faux-ego.

* Cuits plus de trois heures : ici il ne s'agit pas du temps de cuisson mais on parle de plats refroidis.

 

 

15.9 (17:11)

 

Parmi les actes de dédication, ceux que l'on accomplit par devoir, selon les règles de la connaissance, dans l'Observance de la sadhana et sans attendre de fruit en retour, appartiennent à l'harmonie de l'Unité et sont l’apanage des êtres de Sattva.

 

 

15.10 (17:12)

 

Mais la dédication en vu de quelques résultats, ou bienfaits matériels, ou d'une manière ostentatoire, par orgueil, vient de l'attachement aveugle et sont le propre des êtres de Rajas.

 

 

15.11 (17:13)

 

Quant à la dédication accomplie sans foi aucune et hors des enseignements de la sadhana, où nulle nourriture consacrée* n'est distribuée, nul hymne* chanté, où les dévots qui servent ne reçoivent aucune aide en retour de leur dévouement, il est dit qu'elle appartient à l'ignorance, aux êtres du Tamas.

 

* Nourriture consacrée : Prashad. La nourriture consacrée peut l'être, parce qu'offerte à Dieu. En Inde, on pose, sur l'autel, des mets, des fruits, des plats cuisinés et puis, après, on les mange, c'est le prashad. Mais de manger ses repas, en gardant sa conscience dans l'Unité du Saint-Nom, en pratiquant la technique de méditation homonyme et ainsi consacrer cette nourriture, que l'on mange, à Dieu.

* Hymne : « Aarti » et « twameva », par exemple. Ce sont des chants dévotionnels traditionnels. On dit que Aarti date de « Krishna ».

 

 

15.12 (17:14)

 

Observer la sadhana* de la connaissance, suivre l'enseignement de son maître et respecter tous ceux qui sont au-dessus de nous, tels le père et la mère ; privilégier la pureté*, la simplicité, la tempérance et la non-violence, voilà ce qu'on appelle l'Observance.

 

* Observer la sadhana : c'est le fait de suivre assidûment les différentes pratiques et règles morales qui font une voie spirituelle.

* La pureté : ici ce mot est employé pour parler de l'activité sexuelle, c'est un appel à la tempérance.

 

 

15.13 (17:15)

 

Parler vrai, avec bienveillance, éviter les mots blessants, ainsi que méditer sur le son qui se répète*, telles sont les règles pour ce qui est de la parole.

 

* « Le son qui se répète » : Tat Japah (tadarthabhavanam). Dans le yogasûtra, livre premier, aphorisme 28, il est question de ce « son qui se répète ». En général la traduction de « tat Japah » est « répéter, psalmodier ce son » ou « psalmodier le Ôm », or cet aphorisme devrait se traduire ainsi : «  La méditation sur ce son qui se répète est la méditation sur Dieu »Ou Saint-Nom (c'est le son qui se répète et qui n'est pas un mantra).

 

 

15.14 (17:16)

 

Sérénité, simplicité, sérieux, maîtrise de soi et pureté de la pensée, telles sont les règles à suivre pour le mental.

 

 

15.15 (17:17)

 

Pratiqué avec foi, par des Hommes dont le but n'est pas d'obtenir pour eux-mêmes quelques bienfaits matériels, mais de satisfaire le Tout, la réunion de ces trois vertus* procède du Sattva.

 

* « Ces trois vertus » : sont la foi, l'abandon du fruit de ses actes (le détachement et le non-agir) et la soif de servir (bhakti).

 

 

15.16 (17:18)

 

Quant aux pénitences ostentatoires, qui recherchent le respect, l'honneur et la vénération des hommes, on les dit appartenir à l'attachement aveugle. Elles ne sont qu'instables et éphémères et participent du Rajas.

 

 

15.17 (17:19)

 

Enfin, les pénitences et austérités accomplies par sottise, et faites de tortures obstinées, ou subies en vue de blesser, de détruire, on les dit issues de tamas.

 

 

15.18 (17:20)

 

L'altruisme dans la conscience de ses devoirs sacrés, exprimé sans rien attendre en retour, vis-à-vis de ceux qui le méritent et dans des conditions qui conviennent est de nature Sattvique.

 

 

15.19 (17:21)

 

Mais la charité inspirée par l'espoir de la récompense, ou le désir d'un fruit matériel, ou encore faite à contrecœur, celle-là est dite appartenir à Rajas.

 

 

15.20 (17:22)

 

Enfin, la charité qui n'est faite ni en temps ni en lieu convenable, ni à des gens qui en sont dignes ou qui s'exerce de façon irrespectueuse et méprisante, on la dit relever de Tamas.

 

 

15.21 (17:23)

 

Le son qui se répète*, depuis les origines de la création, est la manifestation de la vérité Suprême et Absolue. Pour l'accomplissement de leur destinée spirituelle, les dévots l'écoutent sans discontinuer*.

 

* Le son qui se répète : le Satnam, ou Saint-Nom, ou Verbe

* l'écoutent sans discontinuer : cette écoute continue, tout au long de la journée, est possible grâce à une technique dédiée, cette technique est dite du « Saint-Nom », est une des quatre techniques révélées sur La Voie. Le fait de pratiquer cette technique dans l'action est le « service » ou, pour Lao-Tseu, le « non-agir ».

 

 

15.22 (17:24)

 

Ainsi, les dévots se concentrent-ils un instant sur le son qui se répète avant de faire quoi que ce soit, afin d'atteindre l'Unité.

 

 

15.23 (17:25)

 

On doit tout faire en écoutant ce son, si l'on veut s'affranchir des chaînes de la matière et des conséquences de ses actes*.

 

* conséquence de ses actes : le karma.

 

 

15.24/25 (17:26/27)

 

La vérité absolue constitue le but des pratiques dévotionnelles faites en conscience du Saint-Nom*, en harmonie avec l'Absolu, la Personne-Suprême*.

 

* Saint-Nom : en même temps l'énergie créatrice du Tout, ce que Lao-Tseu nommait la « vertu-du-Tao » et technique de méditation ou « son qui se répète ».

* la Personne-Suprême : Dieu ; le Tout, l'Unité, le Tao (pour Lao-Tseu).

 

 

15.26 (17:28)

 

Mais les sacrifices, les austérités et les actes charitables accomplis sans foi sont éphémères, quels que soient les rituels qui les accompagnent. On les dit « asat »*, et ils sont vains, dans cette vie, comme dans la prochaine.

 

* « asat » : ne participant pas de la perfection.

 

 

Chapitre 16

 

Le renoncement et la délivrance

 

 

 

16.1 (18:2)

 

Les éveillés appellent « renoncement* » l'abandon du fruit de ses actes et ceux qui sont dans le renoncement, les érudits les nomment : « sannyâsa ».

 

* renoncement : « tyâga ». C'est ce que Lao-Tseu nommait le « non-agir » et que, sur La Voie, nous nommons le « service », un des quatre piliers de la sadhana et une des trois pratiques.

 

 

16.2 (18:3)

 

Certains préconisent l'abandon du fruit de ses actes*, d'autres soutiennent les actes de sacrifices, d'austérité et de charité.

 

* « L'abandon du fruit de ses actes » : c'est le service, un des quatre piliers.

 

 

16.3 (18:4)

 

Il faut distinguer trois sortes de renoncements.

 

 

16.4 (18:5)

 

On ne doit pas renoncer aux actes de sacrifices, d'austérité ni de charité car ils sanctifient même les grandes âmes*.

 

* Grandes âmes : mahatmas.

 

 

16.5 (18:6)

 

Mais toutes ces pratiques doivent être accomplies dans le renoncement à leurs fruits*.

 

* Le renoncement à leurs fruits : dans le service ou (pour Lao-Tseu) le non-agir.

 

 

16.6 (18:7)

 

On ne doit jamais renoncer à ses devoirs. L'homme qui, sous l'emprise de l'illusion, y renonce, on dit de son comportement qu'il est dicté par l'ignorance*.

 

* L'ignorance : c'est ici l'absence de la connaissance non-apprise (vijnana), c'est-à-dire l'initiation et la conscience approfondie par une pratique assidue de la connaissance (La Voie). L'ignorance est une conséquence de l'emprise de « tamas », un des trois gunas.

 

 

16.7 (18:8)

 

Celui qui, redoutant d'accomplir un devoir pénible, s'y refuse et dit : « Cela est pénible » n’agit là que par instinct, dominé par la passion*. En faisant ainsi il ne profitera jamais de la réalisation apportée par le renoncement*.

 

* Dominé par la passion : sous l'influence du guna « rajas ».

* renoncement : du fruit de ses actes.

 

 

16.8 (18:9)

 

Mais celui qui, parce qu’il faut le faire, sans attachement ni à l’action ni au fruit de l’action, accomplit le devoir prescrit, on dit que son renoncement relève de la vertu*.

 

* Relève de la vertu : on pourrait, tout aussi bien, dire : relève du Saint-Nom, puisque le Saint-Nom est nommé, par Lao-Tseu, « vertu du Tao » et que Lao-tseu pratiquait et enseignait la même voie que celle décrite par la Bhagavad-Gîtâ, sauf que « Krishna » l’appelait « connaissance », tandis que Lao-Tseu la nommait « tao ».

 

 

16.9 (18:10)

 

Un homme détaché, dont la conscience est profonde et l'intelligence élevée, un tel homme est à l'abri du doute. Il ne refuse jamais un acte nécessaire et ne s'attache pas aux bénéfices de ses actes.

 

 

16.10 (18:11)

 

Pour l'être incarné, le vrai renoncement est impossible, en vérité, car renoncer à tout acte ne se peut pas. On dira que le pratique celui qui renonce aux fruits de l’acte*.

 

* « Celui qui renonce aux fruits de l’acte » : celui qui pratique le Saint-Nom, autrement dit : celui qui est dans le service (un des quatre piliers de l'agya, la sadhana de La Voie).

 

 

16.11 (18:12)

 

Le triple fruit des actes, désirable, non-désirable, ou un peu des deux, telle est, après la mort, la récompense de ceux qui n’ont point pratiqué le renoncement*. Le sannyâsi n'aura pas à goûter à ce fruit*.

 

* Le renoncement : aux fruits de ses actes, c'est-à-dire le service, agir en gardant une part de son attention sur le Saint-Nom (la technique).

* N'aura pas à goûter à ce fruit : un sannyasi, c'est-à-dire un initié pratiquant la vraie voie et l'ayant réalisé, peut raisonnablement être considéré comme un bon candidat à la Libération, donc il n'est plus question de karma, puisqu'il ne se réincarnera pas.

 

 

16.12 (18:13)

 

Voici les cinq facteurs de l'acte que décrit la philosophie du Sâmkhya : le lieu, l'auteur, les sens, l'effort et l'âme suprême.

 

 

16.13 (18:14-15)

 

Toute œuvre, bonne ou mauvaise*, que l’homme accomplit en action, en parole ou en pensée, procède de ces cinq facteurs.

 

* Bonne ou mauvaise : le bon est ce qui favorise l'accomplissement spirituel, le mauvais ce qui le défavorise.

 

 

16.14 (18:16)

 

Cela étant, celui qui, par ignorance, se considère comme l’agent unique de ses actes, en ne considérant pas les cinq facteurs, ne fait pas preuve d'intelligence et se trouve, à cause de ça, dans l'impossibilité de voir les choses avec justesse.

 

 

16.15 (18:17)

 

Celui dont les actes ne sont pas motivés par le faux-ego* et dont l'intelligence n’est point obscurcie, peut accomplir son devoir, même s'il doit provoquer la mort d'autres êtres, sans être en faute et ses actes ne produiront point de fruits.

 

* Faux-ego : résultat de l'ignorance, vanité, aveuglement.

 

 

16.16 (18:18)

 

Le savoir, l'objet du savoir et celui qui sait, tel est le triple moteur de l’action. Les sens, l'acte lui-même et son auteur forment la triple base de toute action.

 

 

16.17 (18:19)

 

Il y a trois sortes de savoirs, d'actes et d'acteurs qui correspondent aux trois gunas*. Les voici décrits en suivant.

 

* Trois gunas : ces gunas sont « Sattva : l'amour (divin), l'équilibre, l'harmonie, la pureté, tous fruits du « Verbe ». « Rajas » : l'énergie, la passion, la force, le désir. « Tamas » : l'inertie, la lourdeur, l'ignorance.

 

 

16.18 (18:20)

 

Le savoir par lequel on distingue l'Unité dans le multiple est la connaissance qui procède du Verbe*.

 

* « Verbe » ou « Saint-Nom » : le guna sattva.

 

 

 

16.19 (18:21)

 

Mais le savoir qui nous fait voir la vie comme aussi diverse qu'il y a d'êtres vivants, de natures différentes, cette connaissance appartient à la passion*.

 

* Passion : le guna rajas.

 

 

16.20 (18:22)

 

Quand au savoir par quoi, aveugle à la vérité, on s'attache à une seule sorte d'action*, cette petite connaissance relève des ténèbres de l'ignorance*.

 

* Une seule sorte d'action : toujours selon les trois gunas (voir le verset 16.13).

* l'ignorance : le guna tamas.

 

 

16.21 (18:23)

 

Un acte dicté par le devoir, accompli sans attachements, sans attrait ni passion et qui est fait dans le service* procède de la vérité*.

 

* Service : ou, pour Lao-Tseu, le « non-agir ». C'est le renoncement aux fruits de nos actes... enfin, pas exactement aux fruits mais aux mérites, c'est aussi ce que l'on nomme, sur La Voie, le service. Krishna utilisait aussi ce mot, « service », pour parler d'agir dans le renoncement.

* La vérité : actes sous l'influence du guna Sattva.

 

 

16.22 (18:24)

 

Un acte accompli avec de grands efforts et pour satisfaire un désir, en ne considérant que sa propre personne, motivé par le « faux-ego », est un acte de passion*.

 

* Passion : la passion est influencée par le guna Rajas.

 

 

16.23 (18:25)

 

Un acte accompli dans l'inconscience et l'égarement, sans considérer ses conséquences, qui fait violence à autrui ou qui s'avère irréaliste, cet acte relève des ténèbres de l'ignorance*.

 

* L'ignorance : actes influencés par le guna tamas.

 

 

16.24 (18:26)

 

Celui qui agit libre de tout attachement, affranchi du faux-ego, enthousiaste, résolu et sans se soucier ni du succès ni de l'échec, on le dit sous la guidance du Verbe*.

 

* La guidance du Verbe : sous l'influence du guna sattva.

 

 

16.25 (18:27)

 

L’Homme, attaché aux fruits de ses actes, envieux, ballotté par les joies et les peines, on le dit dominé par la passion*.

 

* La passion : influencé par le guna Rajas.

 

 

16.26 (18:28)

 

Pour ce qui est de celui qui va toujours à l'encontre des enseignements de la vraie voie, matérialiste, fourbe et savant dans l'insulte, paresseux, morose, qui remet tout au lendemain, on le dit pris dans les ténèbres de l'ignorance*.

 

* Ténèbres de l'ignorance : influencé par le guna tamas.

 

 

16.27 (18:29)

 

Voici maintenant la triple division de l'Intelligence et de la détermination, selon les trois gunas.

 

 

16.28 (18:30)

 

Une intelligence qui distingue ce qu'il est bon ou mauvais de faire, ce qui est à craindre et ce qui ne l'est pas, ce qui enchaîne et ce qui libère, une telle Intelligence procède du Verbe*.

 

* Verbe (ou Saint-Nom) : influencé par le guna sattva.

 

 

16.29 (18:31)

 

Une Intelligence qui distingue confusément le juste et l’injuste, ce qu’il faut faire ou éviter, est une intelligence influencée par la passion *.

 

* La passion : influencée par le guna rajas.

 

 

16.30 (18:32)

 

Quant à l'intelligence, baignant dans l'illusion, qui prend le juste pour l'injuste, le bien pour le mal et qui toujours choisi des voies mauvaises, cette intelligence relève des ténèbres de l'ignorance*.

 

* L'ignorance : influencée par le guna tamas.

 

 

16.31 (18:33)

 

Une détermination à toute épreuve, que la pratique assidue de La Voie soutient avec constance et qui, ainsi, maîtrise le mental, les sens et voit qui éclaire l'existence, une telle détermination procède du Verbe.

 

 

16.32 (18:34)

 

Mais la détermination qui est motivée, à travers la piété, par la satisfaction des sens et qui est attachée fortement aux biens personnels, cette détermination appartient à la passion.

 

 

16.33 (18:35)

 

Quant à la détermination incapable de mener au-delà du rêve, de la peur, des lamentations, de la tristesse et de l'illusion, cette détermination vaine relève des ténèbres de l'ignorance.

 

 

16.34/35 (18:36/37)

 

Voici maintenant les trois types de bonheurs dont jouit l'être conditionné*. Quand, pour lui, ce qui d’abord était comme un poison se révèle, à la fin, comparable au Nectar* éveillant à la réalisation spirituelle, ce bonheur procède du Verbe.

 

* Nectar : les hindouistes le nomment l'Amrita » ou « Amrit », ou « ambroisie » et qu'ils considèrent comme la boisson des Dieux, donnant l'immortalité. Guru Nanak a parlé beaucoup du nectar. Les sikh, pourtant censés être des disciples de guru Nanak, pensent que le nectar, qu'aimait tant leur maître disparu, est l'eau bénie qui sert aux cérémonie, comme le baptême (Amrit Sankar). Mais le nectar est, en fait, une sorte de liquide secrété par la glande pinéale, quand elle a été réactivée (le troisième œil), par l'initiation. On peut goûter au nectar en pratiquant une technique particulière, Khechari-Mudra. Rares sont les initiés qui ont goûté au nectar. Le nectar est source de dévotion (bhakti). Il coule en nous à partir de l'arrière du nez, en haut du pharynx, dans ce qu'en Inde, dans des livres comme le « Yogatattva-Unpanishad », la « Dhyanabindu-Upanishad », la « Gheranda-Samhita » on nomme « la voûte éthérée ».

* L'être conditionné : par les trois gunas.

 

 

16.36 (18:38)

 

Le bonheur né des sens, et des objets de leurs plaisirs, qui est d'abord comme un nectar, mais qui devient un poison, ce bonheur vient de la passion.

 

 

16.37 (18:39)

 

Quant au bonheur qui ne se préoccupe pas de la Réalisation spirituelle et qui est une chimère, du début à la fin, fruit du sommeil, de la paresse et de l'illusion, ce bonheur relève des ténèbres de l'ignorance.

 

 

16.38 (18:40)

 

Il n’existe ni sur terre, ni au ciel parmi les dévas, nul être qui ne soit sous l'influence des trois gunas.

 

 

16.39 (18:41)

 

Les êtres-humains, quels qu'ils soient, se distinguent pas les qualités qu'ils manifestent dans leurs actes, selon l'influence des trois gunas.

 

 

16.40 (18:42)

 

Sérénité, maîtrise de soi, sobriété, pureté, tolérance, intégrité, sagesse, connaissance et dévotion telles sont les qualités qui accompagnent les actes d'un Homme sur La Voie de la Réalisation spirituelle.

 

 

16.41 (18:45-46)

 

En suivant, dans ses actes, sa nature propre, en adorant le Seigneur, l'omniprésent à l'origine de tous les êtres, chaque homme peut connaître la perfection.

 

 

16.42 (18:47)

 

Mieux vaut s’acquitter de son devoir propre, même imparfaitement, que d’assumer celui d’un autre, même parfaitement. Ainsi on ne fait pas de faute.

 

 

16.43 (18:48)

 

Comme le feu est couvert par la fumée, toute entreprise est voilée par quelque faute, aussi, nul ne doit abandonner l’acte propre à sa nature, fut-il empreint de taches.

 

 

16.44 (18:49)

 

L’homme peut goûter aux fruits du renoncement* par la simple maîtrise de soi, le vrai détachement et un certain recul vis-à-vis du plaisir des sens. Là réside la perfection du renoncement.

 

* Fruits du renoncement : ces fruits, du renoncement aux fruits de ses actes est la conscience de la béatitude.

 

 

16.45 (18 : 51 à 53)

 

Tout entier purifié par l’intelligence, maîtrisant le mental avec détermination, renonçant aux objets qui font le plaisir des sens, affranchi et de l’attachement et de l’aversion, l’Homme qui vit en un lieu retiré, qui mange peu et maîtrise le corps et la langue, qui toujours demeure en contemplation, détaché, sans écouter le faux-ego, sans vaine puissance ou vaine gloire, sans convoitise ni colère, qui se ferme aux choses matérielles, libre de tout sentiment de possession, serein, cet Homme a réalisé la connaissance.

 

 

16.46 (18:54)

 

Celui qui a réalisé la connaissance réalise du même coup le Brahman-Suprême*, et y trouve une joie infinie. Jamais il ne s’afflige, jamais il n’aspire à quoi que ce soit ; il se montre égal envers tous les êtres. Celui-là est dans une parfaite dévotion.

 

* Le Brahman-Suprême : c'est évidemment Dieu ou, pour Lao-Tseu, le Tao.

 

 

16.47 (18:55)

 

À travers le service de dévotion, et seulement ainsi, on peut connaître le Brahman-suprême et l’être qui, par une telle dévotion, devient pleinement conscient de la béatitude, peut connaître le Royaume-absolu*.

 

* Royaume-absolu : Satçitananda ou la parfaite conscience de la béatitude.

 

 

16.48 (18:56)

 

Bien qu'occupé à des activités de toutes sortes, le dévot, sous la protection de la Grâce, atteint l’éternelle et impérissable demeure.

 

 

16.49 (18:57)

 

Dans tous tes actes, ne dépends que du Saint-Nom et place-toi toujours sous sa protection. Le service doit toujours se faire en pleine conscience.

 

 

16.50 (18:58)

 

Si tu est conscient du Saint-Nom, tu franchiras, par la Grâce, tous les obstacles de l’existence. Si toutefois, tu n’agis pas animé par une telle conscience, mais par le faux-ego, tu seras perdu.

 

 

16.51 (18:59)

 

Si tu ne suis pas la vraie-voie, si tu refuses de livrer le combat contre l'ignorance, tu seras dans l'erreur et ta nature te poussera quand même à te battre.

 

 

16.52 (18:60)

 

Sous l’emprise du faux-ego, tu refuses d’agir selon les enseignements de la vraie-voie, mais contraint par ta propre nature, tu devras agir tout de même.

 

 

16.53 (18:61)

 

Le Seigneur-suprême est en chaque être vivant et dirige les pas de tous, même s'il semble que tout est fait d'énergie matérielle.

 

 

16.54 (18:62)

 

Abandonne-toi tout entier et, par sa Grâce, tu connaîtras la paix absolue et atteindras l'éternelle et suprême demeure.

 

 

16.55 (18 :63)

 

Maintenant que tu sais que cette vérité existe, réfléchis-y et tu auras toujours le libre-arbitre de l'adopter ou de la refuser.

 

 

16.56 (18:65)

 

Si tu choisis la vérité, emplis toujours ton mental du Saint-Nom et aime-le, alors, à lui, tu viendras.

 

 

16.57 (18:66)

 

Laisse là toute autre forme de religion et abandonne-toi simplement au Saint-Nom. Toutes tes fautes te seront pardonnées.

 

 

16.58 (18:67)

 

Cette connaissance secrète ne saurait être dévoilée aux Hommes aveuglés par l'ignorance et qui ne veulent rien entendre de la vérité.

 

 

16.59 (18:68)

 

Pour l'initié, pratiquant la vraie voie et partageant le bonheur de la connaissance, avec ceux qui ont des oreilles pour entendre, la réalisation est assurée et il n'y a nul doute qu'à la fin, il entrera et demeurera au Royaume.

 

 

16.60 (18:69)

 

Aucune Homme au monde n'est plus cher à Dieu que celui-là.

 

 

16.61 (18:70)

 

Celui qui étudiera ce texte et en tirera les conclusions qui se doivent, adorera Dieu avec intelligence.

 

 

Fin

 

 

 

 

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Tag(s) : #Bhagavad-gîtâ, #spiritualité, #krishna, #méditation, #lavoie, #bonheur

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