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Ce livre ; "L'énergie du Tout" est une traduction nouvelle du Tao-Te-King, recueil des paroles de Lao-Tseu. Cette traduction, vous le verrez, n'utilise pas le mot Tao, car ce mot a été traduit aussi, selon le contexte par "le Tout", "l'Unité" ou "La Voie". En effet, le mot "Tao" signifie tout cela.

 

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Ce livre ; « L'énergie du Tout » est une traduction nouvelle du Tao-Te-King, recueil des paroles de Lao-Tseu. Cette traduction, vous le verrez, n'utilise pas le mot Tao, car ce mot a été traduit aussi, selon le contexte par « le Tout », « l'Unité » ou « La Voie ». En effet, le mot « Tao » signifie tout cela. Cette traduction est éclairée par la pratique quotidienne de La Voie, qu'enseignait Lao-Tseu, de son vivant et qui n'a rien à voir avec le taoïsme, de la même manière que le christianisme n'a rien à voir avec l'enseignement de Jésus ni le bouddhisme avec celui de Gautama, le bouddha historique.

 

Ce livre fut écrit vers 600 ou 500 av.J.C, en Chine par Lao-Tseu ( ou Laozi, de son vrai nom Li Er ), un maître spirituel chinois, contemporain de Confucius et de sri Gautama, le bouddha historique. Lao-Tseu était un maître-éveillé, comme le bouddha et révélait, aux quelques très rares disciples qu'il eut de son vivant, la même connaissance (non-apprise ou vijnana), les mêmes techniques de méditation que beaucoup d'éveillés indiens. Peu de gens le savent, mais il existe des techniques de méditation taoïstes, dont certaines très similaires au prànàyàma du yoga.

 

 

« Mon enseignement est facile à comprendre et à pratiquer. Pourtant, peu cherchent à le comprendre et à le pratiquer. Mon enseignement a de profondes racines, mes actes ont une règle ancienne. Les Hommes ne comprennent pas, c'est pourquoi ils ne prêtent aucune attention à mon enseignement. Rares sont ceux qui m'entendent et privilégiés sont ceux qui me suivent. L'éveillé, sous son apparence banale, cache un véritable trésor, un trésor de Jade. » (Tao-Te-king, livre deux, phrase 70)

 

Lao-Tseu parlait du « Tao », ce mot signifie, en ancien chinois, « La Voie ». Le mot « Tao-Te-King » ou « Dao-De-jing » signifie : « classique sur les vertus de La Voie » et date de trois cents ans avant notre ère. « Tao-Te » peut se traduire par : « L'énergie du Tout », car « Te », ou « vertu » parle de l'énergie et « Tao » signifie « Tout » , « Unité ». Le mot vertu (le « Te » de Tao-Te-king » ou le « De » de Dao-De-Jing), n'est pas à prendre dans le sens de « vertus morales », mais plutôt comme « propriétés », comme on dit : « les vertus de la camomille », par exemple. Le mot « king » ou « jing » est un titre donné aux ouvrages importants. Le Tao-Te-King est composé de deux livres : le premier, intitulé « Tao » ou « La Voie » et le second intitulé « De » ou « vertu ».

 

C'est comme le mot Tao (ou Dao), il signifie deux choses différentes : le Tout et le chemin pour y arriver, ainsi le « Tao-Te-King » pourrait tout aussi bien se traduire par : « Le pouvoir du Tout ». J'ai pris le parti de différencier ces deux significations, le Tout et le chemin qui y mène, dans la réécriture que je vous propose dans le blog : « Le livre du Tao », en les écrivant différemment : pour le Tout, l'Unité, le mot « Tao » est écrit avec une majuscule. Pour le chemin qui y mène, c'est-à-dire sa pratique (sadhana), le mot « tao » est écrit avec une minuscule.

 

Lao-Tseu était le contemporain de Confucius, de Sri Gautama, le bouddha historique et du jaïnisme. Le Védisme était florissant, issu de la fusion entre une spiritualité issue de la civilisation de l'Indus et celle des Aryas, venus de l'Asie-centrale (la Bactriane) via la Perse et le Penjab, au nord-ouest de l'Inde.

 

Un épisode mystérieux, de la vie de Lao-Tseu est particulièrement intéressant, c'est son fameux voyage « secret » qu'il entreprit au sud-ouest de la Chine. Entre le nord du Penjab ou du Pakistan actuel (l'Inde avant la création du Pakistan) et le sud-ouest de la chine il y a peu de distance et de nombreux passages. Il aurait appris ces techniques auprès d'un maître-éveillé, peut-être même sri Gautama en personne, qui l'initia. L'enseignement de Lao-Tseu est parfaitement identique à celui du bouddha, à celui de la Bhagavad-Gîtâ et du yogasûtra. Évidemment Lao-tseu parlait le chinois classique, pas le sanskrit et sa culture était aussi différente de celle des sages de l'Inde.

 

 

Il s'agit du même enseignement

 

 

Est-ce que je veux dire que Lao-Tseu était yogi ? Hindouiste ? Védiste ? Ou que Patanjali était taoïste ? Non : Lao-Tseu n'était pas taoïste, Patanjali n'était pas un pratiquant du raja-yoga, du hatha-yoga ou de l'ashtanga-yoga, pas plus que sri Gautama n'était bouddhiste ou Jésus chrétien ou juif. Quelle était la spiritualité du bouddha ? Quelle était sa pratique ? Quelle était la pratique de mahavira, le guru qui a initié bouddha ? Le bouddhisme, le taoïsme, le christianisme ont été inventés après la disparition des éveillés que ces religions prennent pour références.

 

La spiritualité de Lao-Tseu n'est pas taoïste, pas plus que celle du bouddha n'était bouddhiste. Il s'agissait de La Voie et La Voie d'aujourd'hui est l'héritière directe de celle de Lao-Tseu, de Krishna, de Patanjali, de bouddha, de Mani, du Christ et d'autres maîtres encore.

 

 

Livre premier :

le chemin est le but

 

 

1.1

 

La parole qui peut se dire, n'est pas la Parole, le Verbe, le Saint-Nom, l'Éternel, créateur du ciel et de la Terre, le Tout. Quand furent créés les choses et les êtres, le son qui se répète apparu, menant à l'Unité. Le réaliser, c'est pouvoir s'y confondre. Dans le Tout, il y a le non-être et l'être. Les deux sont choses profondes. C'est dans la profondeur que l'on trouve l'Unité du Tout.

 

1.2

 

Au début, l'Homme était droit, puis le mal a paru. L'Homme, voyant le mal, sut ce qu'était le bien. Les contraires existent l'un par l'autre, comme l'être et le non-être, la connaissance et l'ignorance, la lumière et les ténèbres. Celui qui a réalisé, agit dans le non-agir, détaché des fruits de ses actes, conscient de l'Unité du Tout. L'éveillé enseigne sans rien dire, et le suivent ceux qui le veulent. Il ne se croit pas le propriétaire des disciples et n'attend rien d'eux. Il ne s'attache pas à sa sagesse, c'est ainsi qu'il reste sage.

 

1.3

 

Un prince sage se garde de glorifier les sages, de promouvoir le luxe et se méfie des objets du désir, afin de ne pas blesser le peuple, qu'il reste dans sa pureté originelle, loin des vaines connaissances-apprises. Il demande aussi aux savants de se méfier de leurs savoirs. Ce prince pratique le non-agir, ainsi tous ses actes sont sages.

 

1.4

 

Le Tout, l'Unité est un vide inépuisable, l'essence de tous les êtres vivants. Éternellement, l'Unité, ramène tout à elle. Le Tout n'a pas eu de commencement et n'aura pas de fin.

 

1.5

 

Le ciel et la Terre ne distinguent pas les passions humaines, ni les créatures. Pareillement, l'éveillé considère chacun comme important. L'Unité ressemble à un soufflet de forge. Restant dans le non-agir, l'éveillé reste attentif à son souffle.

 

1.6

 

L'Unité, ne meurt pas ; elle est le Tout, à l'origine des racines du ciel et de la Terre, sans fin et toujours nouvelle.

 

1.7

 

L'éveillé s'oublie pour les autres. Passant en dernier, il devient le premier. Le détachement lui garde sa jeunesse. Parce qu'il s'oublie, la vie lui sourit.

 

1.8

 

L'éveillé est comme l'eau qui, utile à tous, coule librement dans la pente. Il aime les lieux que déteste la foule désireuse de s'élever. Il se plaît dans la profondeur et le secret de l'Unité. Ce qu'il fait, il le fait toujours au mieux, sans le dire, dans le non-agir. Quand il gouverne, c'est pour le bien de tous.

 

1.9

 

Quand vous agissez, n'oubliez pas votre impermanence et gardez toujours une part de votre attention sur l'Unité. Restez loin de la vanité.

 

1.10

 

L'âme doit commander au mental et au corps, rester dans l'Unité, pareille à un petit-enfant. L'Homme doit se libérer de l'illusion de son intelligence, à l'abri de la confusion. Tout s'ouvre et se ferme, agit et se repose, alternativement. L'éveillé reste discret. Il enseigne dans le non-agir. Ainsi est La Voie.

 

1.11

 

Sans le trou du moyeu, le char ne servirait à rien. C'est le vide qui justifie le vase, pas l'argile. Une maison, sans le vide des portes et des fenêtres, ne servirait à rien. Comment y entrer, en sortir et comment le soleil pourrait-il l'éclairer ? L'Unité est faite de l'être et du non-être, de matière et de vide.

 

1.12

 

Les sens, tournés vers le dehors, font que les Hommes ne voient plus, n'entendent plus, ne sentent plus l'essentiel. Sans conscience-intérieure, l'Homme devient fou. Le sage se tourne vers l'intérieur, c'est ce qui le libère.

 

1.13

 

Le sage redoute autant la gloire que la disgrâce. Les honneurs sont pour lui une grande calamité, car la vanité engendre la confusion et la confusion est une grande calamité. Le sage ne cherche pas l'éloge et sert, en s'oubliant dans le non-agir. Comme il ne se bat contre personne, il ne peut être battu, ainsi il connaît la paix.

 

1.14

 

On dit l'Unité incolore, silencieuse et sans corps. Ces trois qualités n'en font qu'une. Sa lumière ne rayonne pas, son énergie est en tout, mais on ne la voit pas. C'est en pratiquant que l'on peut connaître le début, qui est aussi la fin. Venu de l'Unité, du Tout, vous y retournez, c'est pour ça qu'il est le début et la fin.

 

1.15

 

Depuis toujours, la parole des éveillés ne peut être comprise. Ils sont insondables, prudents, circonspects et réservés. Solides, ils s'effacent et sont emplis d'espace, comme une vallée. Ils apaisent le trouble de l'esprit, en le laissant reposer et naissent à la paix, par la méditation. Celui qui reste sur La Voie, aime la vacuité du Tout. Il s'est vidé de celui qu'il croyait être et ne veut pas être de nouveau plein.

 

1.16

 

Ayant atteint l'Unité du Tout, je me laisse porter par le silence. Tous les êtres sont venus en même temps. Finissant par le commencement, après avoir atteint son but, chacun d'eux revient au Tout, leur demeure véritable. C'est la loi éternelle, celui qui ne veut pas s'y soumettre se perd dans la confusion et la souffrance. Connaître cette loi, c'est avoir été éclairé. Celui qui a cette connaissance est tolérant et juste. Celui qui est juste est grand. Celui-là atteint l'Unité du Tout, au delà de la mort.

 

1.17

 

Dans le passé, le peuple ne connaissait que le nom des rois sages. Les suivants, qui étaient justes, il les aima. Les suivants, qui jugeaient, il les craignit. On n'a pas confiance en celui qui n'a pas confiance. Les suivants, qui étaient prudents, il les méprisa. Les rois sages parlaient avec sagesse. Ils étaient des exemples pour tous, alors le peuple disait : « C'est nous qui avons tout fait, nous sommes libres. »

 

1.18

 

Dans les temps passés, les Hommes suivaient l'harmonie, puis l'harmonie fut oubliée. Les Hommes et leur justice devinrent les maîtres. Ce fut le temps de l'intelligence, de l'habilité et les désirs ne connurent plus de limites. Quand le calcul et la prudence s'emparèrent de l'esprit des princes, on vit naître l'hypocrisie et la trahison. On vit la piétée filiale et l'affection remplacées par la morale et le monde sombra dans le désordre. C'est alors qu’apparaissent les serviteurs loyaux, ainsi est l'Unité du Tout, toujours près de l'Homme, pour lui offrir son secours.

 

1.19

 

Vous serez mieux sans la vanité des savoirs. Mettez les vertus familiales au dessus des lois et de la justice humaine. Renoncez au luxe, au profit et les voleurs disparaîtront et soyez sûr de la vanité des apparences, c'est le vrai détachement. Soyez simple, fidèle à vous-même. Rejetez la vanité, les désirs et La Voie s'ouvrira.

 

1.20

 

Les connaissances-apprises n'apportent pas la paix. Petite est la différence entre les sentiments humains, mais grande est celle entre le bien et le mal. Reste calme, étranger aux désirs, au tumulte des Hommes, à leurs peurs. Moi je reste comme un nouveau-né, le regard tourné vers le dedans, détaché. Les Hommes amassent les biens. Je suis comme un ignorant qui a tout perdu. Les Hommes cherchent à briller. Je reste dans l'ombre, insondable et flottant comme feuille dans le vent. Je ne suis pas comme tout le monde, parce que je bois à la source de Tout.

 

1.21

 

Tout vient du Tout, indistinct, profond et insondable. En lui sont l'essence et la preuve de l'être. Depuis toujours son nom, son énergie, nous sont transmis par la vie qu'il nous donne. Comment je le sais ? Par la fréquentation de l'Unité.

 

1.22

 

Ce qui est imparfait se fondra dans l'Unité du Tout. Avec peu de connaissances, on gagne la paix ; avec beaucoup de savoirs, on gagne la confusion. Le sage reste dans l'Unité. Il est comme l'eau, qui va toujours au plus bas, et à cause de ça, comme l'eau, il est indispensable à tous. On le voit comme le dernier, quand il est le premier. Détaché, il ne lutte contre personne. Celui qui sait être souple et plier reste entier. Tout vient à ce qui est entier, comme les eaux vont à l'océan.

 

1.23

 

Celui qui se tait connaît l'harmonie. L'impermanence est la règle pour l'Homme et pour toute la Création. Si l'Homme fréquente assidûment l'harmonie de l'Unité, il s'identifiera à l’harmonie de l'Unité. Si l'Homme ne vit que pour les plaisirs et les possessions, il connaîtra la souffrance, fruit de ses actes. Celui qui s'identifie à l'harmonie de l'Unité, gagne l'harmonie, celui qui s'identifie à ses possessions, gagne ces possessions. L'action, comme l'inaction, sont harmonie.

 

1.24

 

Celui qui veut se dépasser ne tient pas longtemps. Attaché à son avis, on apprend rien. La vanité abaisse le vaniteux. Ces conduites repoussent la conscience et la paix de l'Unité. Celui qui, humblement, suit La Voie est à l'abri.

 

1.25

 

Indéfinissable, immatérielle, en tout constamment, l'Unité du Tout existait avant le ciel et la Terre. Elle est à l'origine de tout. Invisible, elle est infinie, immobile et partout en même temps. Le Tout, l'univers, la Terre et l'Homme sont les quatre grandes puissances. L'Homme se réfère à la Terre, la Terre à l'univers et l'Univers au Tout et le Tout ne se base que sur lui-même.

 

1.26

 

Les racines de la légèreté sont dans la profondeur. Le calme est maître de l'action, ainsi le sage reste dans l'Unité, il ne quitte pas sa paix profonde. Pourquoi l'esprit devrait-il aller et venir comme un fou, perdant le contact avec la source ? Si tu laisses l’agitation te gouverner, tu perds le contact avec celui que tu es vraiment.

 

1.27

 

Celui qui va sur La Voie, ne génère pas de résidus. Celui qui parle dans l'Unité parle en vérité. Celui qui assume ses devoirs, n'a pas besoin d'y être obligé. Éclairé deux fois : une fois par la lumière de l'Unité, une autre fois par sa propre sagesse, l'éveillé peut enseigner aux autres Hommes. Pour le maître, le disciple est une occasion de servir. Si l'un n'estime pas son maître, si l'autre néglige son disciple, ils se trouvent plongés dans l'aveuglement. L'un a besoin de l'autre, telle est La Voie.

 

1.28

 

Celui qui connaît sa force et sa valeur, mais qui reste doux et humble, est le centre où mènent toutes les routes. S'il est digne d'être un modèle, la Grâce ne l'abandonnera pas ; il redeviendra comme un enfant, à la simplicité parfaite et les portes du Royaume, pour lui, s'ouvriront. Son esprit, avide de vérité, verra l'harmonie dans les choses les plus triviales.

 

1.29

 

L'Homme qui veut gouverner le monde parfaitement n'y réussit pas. S'il y travaille, il le détruit ; s'il veut se l'approprier, il le perd. Le monde est l'œuvre parfaite de Dieu. Il y a des Hommes qui avancent, d'autres qui suivent ; les uns sont forts et les autres faibles. L'éveillé évite l'incohérence et toute extrême, il vit dans la vérité.

 

1.30

 

L'éveillé ne cherche pas à soumettre, ni à gouverner les Hommes par la force. On subit les conséquences des actes faits hors de l'Unité. La guerre transforme les champs en ronciers et provoque la famine. L'homme vertueux, par nécessité frappe un coup décisif, s'arrête et n'en tire nulle gloire, ne désirant pas se montrer fort. Arrivé à la plénitude de sa force, l'Homme vieillit. Celui qui ne fait pas les choses dans l'Unité, va à sa perte.

 

1.31

 

Plus les armes sont bonnes, plus elles tuent. Celui qui reste dans l'Unité ne s'en sert que lorsqu'il ne peut pas faire autrement. S'il gagne une bataille, il ne s'en félicitera pas. S'en réjouir, c'est être sans compassion et sans compassion, on n'atteint pas la maîtrise. En temps normal, la paix et le bonheur sont la règle, dans le trouble, la guerre et la mort s'imposent. En temps de paix, le cœur dirige, en temps de guerre, c'est la raison qui commande. Le carnage d'une multitude d'Hommes doit être pleuré. Celui qui a vaincu dans un combat doit porter le deuil.

 

1.32

 

Le Tout est éternel et insaisissable, dans l'infiniment petit et l'infiniment grand, contenu et contenant. Si les Hommes pouvaient tous être unis en lui, ils vivraient en paix. Dès que l'Unité fut divisée, il y eu des mots pour la nommer. Alors les Hommes furent divisés par contrées et par nations, et distingués chacun par un nom. L'Observance de La Voie nous garde dans l'Unité. Depuis toujours, l'Unité réunit toutes les eaux dans l'océan.

 

1.33

 

Celui qui connaît les Hommes apprend à être sage. Celui qui se connaît lui-même est éclairé. Celui qui dirige les hommes est puissant. Celui qui plie sa volonté et la garde au centre est le plus fort. Riche est celui qui sait se contenter de peu. Être libéré du désir, c'est posséder le monde. Celui qui persévère, fait preuve de volonté. Celui qui meurt dans l'Unité, se libère et retrouve le Tout, le Royaume.

 

1.34

 

Le Tout est partout, à gauche comme à droite, en même temps. Tous les êtres naissent et vivent à cause de lui. Infini, il commande tous les êtres, sans vouloir en être maître et sans désirs ni ambitions. Tous les êtres vivants retournent à lui. Nul ne peut le contenir. Il est grand parce qu’il ne fait jamais valoir sa grandeur.

 

1.35

 

L'éveillé reste dans l'Unité et les vrais chercheurs viennent à lui. Il ne les domine pas et leur donne la connaissance de la véritable paix et de la liberté. Lorsque la vérité sort de la bouche de l'éveillé, elle est fade pour celui qui veut le plaisir des sens et de la vanité et cette vérité, il la regarde, mais ne la voit pas, il l'écoute sans l'entendre. Qui puise la vérité a puisé l'inépuisable.

 

1.36

 

On sait que la dilatation précède la contraction, la force, l'affaiblissement, la splendeur, la décadence et la richesse, le dépouillement. Cette évidence, à la fois cachée et éclatante, n'est pas évidente pour tout le monde. Ce qui est mou peut triompher de ce qui est dur ; ce qui est faible, de ce qui est fort. La force de L'Unité, en conscience, ne doit pas être montrée à tous.

 

1.37

 

L'Unité est constamment dans le non-agir, pourtant elle fait tout. Si tous, puissants et moins puissants, pouvaient garder leurs consciences en elle, l'humanité serait en paix. L'Unité demande plus que le désir, il faut une soif. La paix vient avec la maîtrise du désir.

 

 

 

Livre second :

les vertus de l'Unité

 

 

 

2.38

 

Le sage ne s'admire pas. Les autres Hommes se disent sages sans l'être. Le sage ne pense pas à la sagesse, les autres Hommes font tout pour paraître sages. Les Hommes de valeur le sont sans le vouloir, ceux qui n'ont que des vertus venues de leur éducation, finissent toujours par imposer aux autres leurs principes. Quand on a perdu la conscience de l'Unité, on fait semblant d'être bon, c'est une cause de confusion. Les connaissances-apprises, l'intelligence, ne sont que des fleurs sans parfum, sources d'erreurs. C'est pourquoi le sage se fie à l'Unité et non aux apparences. Il considère le fruit, plutôt que la fleur, ignorant l'une, il cueille l'autre.

 

2.39

 

En harmonie avec le Tout, le ciel est vaste et pur, la Terre est stable et fertile, les esprits sont légers et profonds, l'eau coule dans les vallées, les êtres prospèrent ensemble, satisfaits de ce qu'ils sont, se renouvelant sans cesse, les princes et les rois sont des modèles. Voilà les fruits de l'Unité.

 

Si le ciel perdait sa pureté, il s'évaporerait, si la Terre perdait sa stabilité, elle s'écroulerait, si les esprits perdaient leur transcendance, ils s'anéantiraient, si les vallées ne se remplissaient plus, elles se dessécheraient, si les êtres ne se reproduisaient plus, ils s'éteindraient et si les princes et les rois s'enorgueillissaient de leur noblesse et n'étaient plus des modèles, ils seraient renversés.

 

C'est pourquoi la noblesse regarde le peuple comme son berceau et l'humilité comme son fondement. Ce qui est grand, a pour base ce qui est petit. C'est pourquoi les souverains se considèrent comme orphelins sans valeur et de peu de mérites. Ils manifestent ainsi leur compréhension de l'ordre profond des choses. L'honneur suprême est exempt de vanité. L'éveillé ne cherche ni a briller, ni a être rejeté, il vit au-dessus de l'estime et du mépris.

 

2.40

 

Le non-être est le mouvement de l'Unité, par essence subtil. Tout, dans le monde, est né de l'être et l'être est né du non-être.

 

2.41

 

Quand un esprit sage connaît l'Unité, il veut y rester tout le temps. Un esprit moyen n'y montre aucune constance. L'esprit superficiel se moque de La Voie, s'il en était autrement, elle ne serait pas La Voie. Les anciens nous enseignent que La Voie lumineuse semble sombre aux aveugles, pour qui le sage est un simple d'esprit.

 

L'éveillé paraît banal, il est comme une vallée ; plein d'espace invisible aux yeux aveuglés. Il semble ne pas avoir de mérites, il les cache. L'Homme simple et vrai semble sans charmes, comparé à ceux pourvus d'apparats précieux.

 

On ne peut voir les limites d'un espace trop grand. La musique céleste est au-delà des sons que les sourds entendent. L'Unité est invisible pour les yeux, elle n'a pas de nom prononçable, elle est en même temps qu'elle n'est pas, mais c'est elle qui maintient le monde et lui donne un sens.

 

2.42

 

Le Tout fit le un, le un engendra le deux, qui donna naissance au trois et le trois aux êtres vivants. Tous cherchent le mouvement, oubliant l'harmonie du souffle. L'Unité semble sans valeur ni mérites, elle a pourtant tout créé. L'Homme déteste ce qui est humble, sans valeur ni mérites, mais les rois se disent ainsi, sachant que celui qui se rabaisse s'élève et que celui qui veut s'élever se rabaisse. Quand certains enseignent à devenir fort, j'enseigne la force de la faiblesse. Les hommes violents n'ont pas une mort douce. Je parle à ceux qui ont des oreilles pour entendre, appelant à La Voie.

 

2.43

 

Même les choses les plus dures ne peuvent résister à l'eau. L'énergie invisible et impalpable du Tout, traverse ce qui semble plein. Le non-agir fait plus qu'une action pleine de vanité. Restant dans le non-agir, le sage enseigne par l'exemple.

 

2.44

 

Nous valons plus que la gloire et la richesse. De grands désirs imposent de grands sacrifices. Plus vous possédez et plus vous avez à perdre. Celui qui n'a que peu de désirs, est à l'abri de la confusion. Celui qui ne veut pas s'élever, ne tombe jamais.

 

2.45

 

La sagesse d'un éveillé ne se voit pas. Il reste dans l'Unité. Inconnu, il n'a pas à répondre aux vanités. Sa parole de vérité paraît fausse au plus grand nombre et ne persuade personne. Le mouvement triomphe du froid et le repos de l'ardeur. Le vrai bonheur est dans le calme et la sérénité. La création repose sur l'harmonie du Tout.

 

2.46

 

Quand l'harmonie régnait sur le monde, les chevaux de guerre étaient aux champs. Depuis que la confusion et la vanité ont pris le pouvoir, les chevaux de guerre se massent aux frontières et les champs restent en friches. Il n'y a pas de plus grande erreur, que d'écouter ses désirs, de plus grandes désolations, que de ne pas savoir se contenter, de plus grand fléau, que l'envie de possessions. Celui qui sait se satisfaire est toujours content de son sort.

 

2.47

 

Sans sortir de chez-moi, je connais l'univers. Sans regarder par ma fenêtre, je vois les chemins du ciel. Plus on cherche dans le monde, plus on s'éloigne de l'essentiel et moins on connaît l'harmonie du Tout. Le sage touche au but sans marcher ; il sait sans apprendre et fait de grandes choses dans le non-agir.

 

2.48

 

Celui qui, par l'étude, veut sans cesse augmenter son savoir, voit grandir sa vanité. Celui qui se consacre à l'Unité, la voit diminuer, jusqu'à connaître le non-agir, alors la maîtrise vient et il n'est rien qu'il ne puisse accomplir. Celui qui lutte, pour gagner la maîtrise, ne l'obtient jamais.

 

2.49

 

Le sage n'est pas attaché à ses concepts, il se fie à l'harmonie du Tout. Il traite tout le monde de la même manière, le vertueux comme celui qui ne l'est pas, c'est ainsi que fait un homme vertueux. Il fait de même pour l'homme sincère et pour celui qui ne l'est pas, c'est ainsi que fait un homme sincère. Le sage ne traite pas les Hommes selon leurs consciences, mais en suivant la sienne. Les Hommes le considèrent avec étonnement, le traitant comme un enfant.

 

2.50

 

L'Homme quitte l'existence pour le Tout et le Tout pour l'existence. Il y a treize causes qui mènent à la vie spirituelle, comme il y a treize causes-contraires, pour rester dans l'illusion. À peine né, que ces causes-contraires entraînent l'Homme et le gardent dans la dualité et l'aveuglement. Il en est ainsi à cause du désir et de l'ambition. Celui qui reste dans l'Unité ne craint ni l'adversité, ni la mort.

 

NB : les causes menant à la vie spirituelle sont : la disponibilité (ou le vide de concepts), l'attachement au non-être, la pureté, la quiétude, l'amour de la discrétion, la pauvreté, la douceur, la faiblesse, l'humilité, le dépouillement, la modestie, la souplesse, l'économie. Les treize raisons contraires sont : se croire plein, arrivé, l'attachement, l'impureté, l'agitation, le désir de briller, la richesse, la dureté, la force, la vanité, l'excès de l'opulence, la hauteur, l'inflexibilité, la prodigalité.

 

2.51

 

Le Tout crée les êtres, son énergie les garde en vie. Le Tout et son énergie leur donnent forme et les poussent sur La Voie, par une secrète impulsion. C'est pourquoi ils révèrent le Tout et honorent sa force. Personne ne l'a décidé ; faisant cela, les êtres obéissent simplement à leur programmation. C'est pour ça que le Tout crée les êtres, les garde en vie, les fait croître, devenir meilleurs et les guide jusqu'au bout. Il les crée sans se les approprier ; sans en tirer profit ni gloire. Il règne sur eux et les laisse libres, comme le soleil règne au milieu du ciel.

 

2.52

 

Le Tout est la mère du monde. Dès qu'on connaît la mère, on connaît ses enfants. Celui qui connaît les enfants et qui garde un lien avec la mère, vivra longtemps, en toute sérénité. S'il tourne ses sens vers le dedans, il vivra en toute conscience. Mais s'il ne se tourne que vers le dehors et ne voit plus que ses désirs, celui-là ne pourra être sauvé. Celui qui voit les choses subtiles est éclairé ; celui qui reste humble est fort de la Grâce. S'il pratique La Voie et revient à la lumière du Tout, il n'aura plus de craintes. C'est ça, cultiver la conscience de l'Unité.

 

2.53

 

Si j'étais appelé à de hautes fonctions, voici ce que j'enseignerais : la vrai voie est simple, mais les Hommes aiment divaguer sur des chemins de traverse, des raccourcis qui ne sont que des impasses. Devant vous se dresse un superbe palais, mais ce n'est qu'une illusion : regardez tout autours ; les champs sont en friches, les greniers sont vides. La richesse des uns se fait au détriment de la majorité. C'est ce qu'on appelle voler et en être fier. Ceci est très éloigné de la conscience du Tout.

 

2.54

 

Celui qui est bien planté dans la pratique de La Voie, ne pourra en être arraché. Sa réalisation accomplie, son nom sera honoré de générations en générations. Pour celui qui cultive la conscience de l'Unité, son énergie devient réalité. Plus il y a d'esprits conscients de l'Unité et plus l'Unité grandit, régnant sur le monde. Dans le multiple, le sage voit l'Unité. Comment je sais tout ça ? Par ce qui précède.

 

2.55

 

Celui pour qui la conscience du Tout est solidement installée, est comme un nouveau-né qui n'a peur de rien. Ses os et ses nerfs sont fragiles, mais quelle force ont ses petites mains ! Il ne connaît pas encore l'amour charnel, pourtant sa virilité se manifeste déjà. Il crie tout le jour et sa voix reste claire, tant il est dans l'harmonie. Connaître l'harmonie c'est connaître le Tout et sa lumière. Abuser des plaisirs est néfaste. Être fort, c'est soumettre le désir au souffle. Trop d'énergie dépensée nous éloigne de l'Unité, dès lors la fin est proche.

 

2.56

 

Celui qui a conscience de l'Unité, ne peut en parler. Celui qui n'a pas cette conscience, en parle savamment. Celui qui connaît l'Unité, ferme sa bouche, ses oreilles et ses yeux. Il reste dans le non-agir, dégagé de tous liens, et voile l'éclat de son rayonnement, ressemblant à tout le monde, faisant, en cela, comme la discrète harmonie du Tout. Il prend de la même façon l'amitié et l’inimitié, le mal et le bien, le profit et la perte, les honneurs et l’anonymat. Par l'Observance, il est arrivé au vrai détachement.

 

2.57

 

Avec l’honnêteté, on gouverne un pays, avec la ruse, on fait la guerre, avec le non-agir, on devient maître de soi. Comment je sais qu'il en est ainsi ? En considérant ceci : plus il y a d'interdits, dictés par les Hommes, plus la confusion et le désordre règnent. Plus il y a d'armes et plus il y a de violence. Plus les hommes sont ingénieux et habiles, plus leurs inventions sont néfastes. C'est pourquoi le sage dit que les choses s'améliorent par le non-agir et la paix. La richesse vient quand on ne la cherche pas. Dégagé de tous désirs, on retrouve le bonheur d'une vie simple.

 

2.58

 

Lorsque l'administration est simple ; le peuple est honnête et prospère. Lorsqu'elle est soupçonneuse, le peuple est roué et mesquin. Le bonheur prend racine dans le malheur, le malheur est caché au cœur du bonheur. Qui peut prévoir l'avenir ? Si le prince n'est pas droit, les autres seront tordus. Cela fait longtemps que les Hommes sont aveuglés et tordus ! C'est pourquoi le sage admoneste sans blesser ; conseille sans vexer, redresse sans contraindre. Il éclaire sans éblouir.

 

2.59

 

Rien de mieux que la sobriété, quand on veut gouverner les hommes en restant dans l'Unité. Ce doit être une priorité pour l'Homme. Quand c'est le cas, la conscience de l'Unité, en lui, devient grande et tout lui devient possible. Personne ne connaît ses limites. Sans limites, celui qui observe, avec assiduité les piliers de La Voie, connaîtra l'Unité et un bonheur sans objet, aux racines profondes et à la tige solide. Voilà comment vivre longtemps dans la joie.

 

2.60

 

On gouverne un état comme on cuit un petit poisson, avec précaution. Lorsque le prince gouverne en conscience du Tout, la vanité est désarmée. Ce n'est pas qu'elle disparaisse, c'est qu'elle ne commande plus l'esprit du sage. Ce n'est point que la vanité soit rendue incapable de faire mal, c'est que le sage reste doux, humble, ne blessant personne. Il soumet la vanité, afin qu'elle ne puisse plus nuire. Cet état de chose est une manifestation de la force du Tout dans le monde.

 

2.61

 

Un grand royaume doit être comme un plaine où toutes les eaux arrivent. Le rôle de la femelle, dans le monde, est comme cette plaine : en restant celle qui attend et reçoit, elle prend le pas sur le mâle. Cette posture est la force de la femelle, qui fait qu'elle triomphe constamment du mâle. Si un grand royaume se montre modeste, devant les petits, il les gagnera à sa cause.

 

Si les petits royaumes se montrent modestes, face au grand royaume, ils gagneront sa protection. C'est pourquoi les uns se montrent humbles, pour recevoir, les autres pour être reçus. Ce que veut le grand royaume, c'est de réunir et de gouverner les autres. L'unique souhait d'un petit royaume, c'est d'être admis aux côtés des princes. Ainsi tous obtiennent ce qu'ils désiraient. Mais les grands doivent se montrer humbles !

 

2.62

 

Le Tout est à l'origine de tous les êtres ; le trésor de l'initié et le refuge de celui qui ne l'est pas. Les paroles de vérité sont profitables, le non-agir élève la conscience. Il ne faut pas repousser celui qui n'est pas initié. C'est pour l'éclairer qu'on avait établi un maître-éveillé et trois de ses dévots.

 

Le jour où le maître-éveillé est intronisé, avec ses trois dévots, quelle est la plus précieuse des offrandes ? Les bijoux de jade, pour en parer ses mains ? Les quadriges de chevaux pour ses cortèges ? Ou la conscience que l'Unité donne ? Pourquoi les anciens respectaient-ils autant La Voie ? C'est parce qu'elle est la réponse au chercheur et le rachat de celui qui a failli. C'est pour cela qu'elle est la Grâce la plus grande.

 

2.63

 

Le sage pratique le non-agir et savoure ce qui est sans saveur. Il regarde toutes choses, grandes ou petites, nombreuses ou rares avec le même regard. Il répond aux injures par le détachement et la sérénité.

 

Il fait ce qui est difficile, en commençant par le plus simple. Les choses les plus compliquées ont nécessairement commencé par être simples : toutes choses prennent leurs origines dans ce qui est simple, l'Unité du Tout.

 

C'est la raison qui fait que le sage ne cherche pas à accomplir de grandes choses et que finalement, il en accomplit. Celui qui promet à la légère, ne tient que très rarement ses engagements. Celui qui trouve tout facile, rencontre de nombreux obstacles. Le sage trouve tout d'une égale difficulté, ainsi fait-il tout sans peine.

 

2.64

 

Le calme déjà installé est facile à garder ; ce qui n'est pas encore arrivé est facile à éviter ; ce qui est fragile est facile à briser ; ce qui est léger est facile à disperser. Ne laissez pas le mal s'installer ; prévenez le désordre avant qu'il n'éclate.

 

Un arbre géant est né d'une racine aussi fine qu'un cheveu ; une tour est sortie d'une poignée de terre ; un long voyage commence à la pointe de son pied. Celui qui agit selon sa volonté échoue ; celui qui s'attache à une chose, la perd.

 

De là vient que le sage n'agit que dans le non-agir, c'est pourquoi il n'échoue point. Il ne s'attache à rien, c'est pourquoi il ne perd rien. Lorsque le peuple fait les choses, quand elles sont sur le point de réussir, il se relâche et échoue toujours.

 

Soyez concentré du début à la fin et vous n'échouerez jamais. Le sage a comme désir de ne point en avoir. Il n'accorde pas de valeur aux bien difficiles à gagner. Il sait sans apprendre et se préserve ainsi de la confusion. Il laisse à chacun la possibilité de suivre sa propre volonté.

 

2.65

 

Dans l'Antiquité, ceux qui excellaient dans l'Observance de La Voie, n'instruisaient pas le peuple de vaines connaissances, mais cherchaient à le garder simple. Enseigner l'Unité au peuple est difficile, car il est trop méfiant. Celui qui gouverne, dans l'harmonie et la simplicité, fait le bonheur du monde. Celui qui gouverne, selon ce principe, possède une juste-vue, il a, pour le guider, le modèle des modèles. La vérité de l'Unité est profonde, immense, différente de celles des créatures. Par elle, on connaît une paix parfaite.

 

2.66

 

Les fleuves et les mers se tiennent au dessous des eaux, c'est ainsi qu'ils en sont les empereurs. Étant en dessous, ils reçoivent toutes les eaux du dessus ! Aussi, lorsque le sage souhaite éclairer le peuple, il doit se tenir en dessous de lui. S'il veut le guider, il doit se considérer comme le dernier de tous, de là vient que le sage est considéré comme le premier, qu'il n’opprimera personne et que personne ne sera abaissé. Aussi on aime à le mettre en avant et ne s'en lasse point. Comme il ne revendique pas le premier rang, il n'y a personne qui puisse le lui disputer.

 

2.67

 

La voie que j'enseigne est grande, mais on dit que je ressemble à un homme borné. C'est justement parce que grande est La Voie que je suis borné. Quant à ceux qui se croient éclairés, leur ignorance est grande !

 

Il y a trois trésors que je garde en moi : le premier est l'harmonie, le deuxième est la frugalité ; le troisième est l'humilité qui m'empêche de me croire meilleur que je ne suis. Dans l'harmonie de l'Unité, je n'ai pas d'ennemi. Maître de mes désirs, je contrôle mes dépenses. Je me place en dernier, c'est pourquoi je peux enseigner aux Hommes.

 

Maintenant, on délaisse la paix, pour faire montre de courage, on délaisse la sobriété, pour dépenser sans compter, on se croit le premier, quand on est le dernier. Voilà ce qui conduit à une mort violente. Conscient de l'harmonie, on n'a pas à se battre. La Grâce vient en aide à celui qui reste dans l'Unité, cette Grâce est, pour lui, comme un bouclier.

 

2.68

 

Le meilleur général n'est pas un va-t'en-guerre. Un bon combattant n'a ni colère ni haine. Il vainc sans combattre. Un meneur se montre humble et ceux qui le suivent le font par amour. C'est ainsi quand on a les propriétés du non-agir. C'est la force d'un seigneur de paix, ayant l'art de conduire les hommes ; vivre avec l'harmonie qui régit la nature. Celui qui gagne contre lui-même est le vrai triomphateur.

 

2.69

 

Un grand guerrier des temps anciens a dit : je ne porte pas le premier coup, je préfère attendre celui de l'ennemi. Je préfère reculer d'un pas que d'avancer d'un pouce. Ainsi on vainc sans se battre, c'est ne pas avoir d'orgueilleuse ambition, d'ennemis à poursuivre, ni d'armes à saisir. Il n'y a pire désastre que de sous-estimer l'ennemi. C'est perdre son humanité. S'il faut engager la bataille, les forces étant égales, le vainqueur sera celui qui n'avait pas souhaité se battre. Il vaincra par des armes invisibles. Son triomphe sera plus grand qu'il témoignera de sa victoire sur lui-même.

 

2.70

 

Mon enseignement est facile à comprendre et à pratiquer. Pourtant, peu cherchent à le comprendre et à le pratiquer. Mon enseignement a de profondes racines, mes actes ont une règle ancienne. Les Hommes ne comprennent pas, c'est pourquoi ils ne prêtent aucune attention à mon enseignement. Rares sont ceux qui m'entendent et privilégiés sont ceux qui me suivent. L'éveillé, sous son apparence banale, cache un véritable trésor, Un trésor de Jade.

 

2.71

 

Savoir et se rendre compte que l'on ne sait pas grand-chose, voilà l'humilité de celui qui sait. Ne pas savoir et croire que l'on sait, voilà une maladie commune chez les Hommes. Si vous ne vous en rendez pas compte, que vous souffrez de cette maladie, comment pourriez-vous en guérir ? Le Sage est conscient des difficultés et de ses erreurs. Ainsi, il peut, serein, continuer de progresser.

 

2.72

 

Lorsque les Hommes ne craignent pas ce qu'ils devraient craindre, alors arrive ce qui est grandement à craindre. Ne soyez pas insatisfait de votre séjour, ne vous dégoûtez pas de votre sort. Je ne me dégoûte point du mien, c'est pourquoi il ne m'inspire point de dégoût. Le sage se contente de sa vie, il ne se vante pas. C'est pourquoi en tout, il peut faire librement son choix et c'est dans la profondeur et non à la surface, qu'il puise sa connaissance et son amour.

 

2.73

 

Celui qui met son courage à oser, trouve la mort. Celui qui met son courage à ne pas oser, trouve la vie. De ces deux choses, l'une est bonne, l'autre mauvaise. Qui peut comprendre les voies du Tout ? C'est pourquoi le sage ne prend pas parti. Telle est La Voie du Tout, qui gagne sans même se battre. Il ne parle point et tous les êtres lui obéissent. Il ne les appelle pas et ils viennent d'eux-mêmes. Il paraît immobile, invisible, mais personne ne lui échappe.

 

2.74

 

Quand le peuple ne craint pas la mort, pourquoi le menacer de mort ? Mais s'il craint la mort et que quelqu'un fasse le mal, je puis le saisir et le tuer, alors peu voudront suivre son exemple. Il existe un juge suprême, maître de la vie et de la mort. Celui qui voudrait se substituer à lui, pour infliger la mort, ressemble au maladroit, qui voudrait refaire son toit sans l'aide d'un charpentier. Lorsqu'on veut tailler le bois, à la place d'un charpentier, il est rare qu'on ne se blesse pas.

 

2.75

 

Le peuple a faim, parce que ses princes le chargent d'impôts. Le peuple murmure et s'agite parce que ses princes le harcèlent. Le peuple n'a pas peur de mourir, quand sa vie est pénible et c'est pourquoi il gronde, méprisant la mort, prêt à tout. Seul celui qui n'est pas réduit à lutter pour survivre, peut apprécier sagement la vie. Le sage ne vit pas que pour vivre, ainsi il peut apprécier la valeur de la vie.

 

2.76

 

Quand l'Homme vient de naître, il est souple et faible ; quand il meurt, il est raide et fort. Quand les arbres et les plantes naissent, ils sont souples et tendres ; quand ils meurent, ils sont raides et secs. La raideur et la force sont les compagnes de la mort ; la souplesse et la faiblesse sont celles de la vie. C'est pourquoi, une armée forte ne remporte pas la victoire. Lorsqu'un arbre est devenu fort, on l'abat. Ce qui est fort et grand vient en dernier ; ce qui est souple et faible vient en premier.

 

2.77

 

La Voie du Tout peut être comparée à un arc que l'on tend. Le haut est tiré vers le bas. Le bas est tiré vers le haut. Si la corde est trop longue, on la raccourcit, si elle est trop courte, on la rallonge. La Voie du Tout prend à celui qui a trop, pour donner à celui qui n'a pas assez. La voie des Hommes est différente : ils prennent à celui qui n'a pas assez, pour donner à celui qui a déjà trop. Qui sait se séparer du superflu pour en faire don aux autres ? Seulement celui qui va sur La Voie. Celui-là fait toutes choses dans le non-agir, sans le désir de montrer ce qu'il sait faire.

 

2.78

 

Rien n'est plus fluide et plus inconsistant que l'eau et pourtant, l'eau attaque et emporte ce qui est dur et puissant. Dans la lutte éternelle entre l'eau et le roc, c'est toujours l'eau qui gagne. Rien ne lui résiste et rien ne peut la vaincre. Car la souplesse s'impose à la dureté. Tout le monde sait cela, mais personne ne se conforme à cette réalité et le sage dit : « L'esprit du sol reçoit toutes les ordures du pays et devient le seigneur des moissons ». Ainsi, celui qui accepte les échecs devient maître de lui. Les paroles de vérité ressemblent à un paradoxe.

 

2.79

 

Même apaisée, une grave querelle laisse une rancune. Que peut-on faire en suivant les préceptes de La Voie ? En répondant au ressentiment par l'harmonie, c'est pourquoi le sage donne sans rien attendre. Il honore ses engagements et n'en veut pas plus. L'homme qui ne connaît pas La Voie veut s'approprier le maximum de choses. La Voie du Tout comble de Grâce l'homme de bien.

 

2.80

 

Si je gouvernais un petit royaume, avec peu d'habitants, je leur défendrais d'utiliser leurs armes. Le peuple devrait considérer la mort comme redoutable et rester chez lui. Bien qu'ayant des armes, il ne s'en servirait pas pour guerroyer loin de ses frontières. Il les laisserait dans leurs caches. Il garderait vivantes les coutumes de ses ancêtres et se contenterait de ce qu'il peut produire. Il considérerait avec joie les hommes du pays voisin, entendant chanter leurs coqs et aboyer leurs chiens. Il vivrait au rythme des saisons, et mourrait de vieillesse, sans avoir connu le pays voisin, sinon pour partager.

 

2.81

 

Les paroles vraies ne sont pas toujours agréables, les paroles agréables ne sont pas toujours vraies. La vérité n’argumente pas. Les arguments ne sont que vaines paroles. L'ignorant croit tout savoir. Le sage pense qu'il ne sait rien. Le sage ne garde rien pour lui. Plus il donne aux autres, plus il s'enrichit et il possède un trésor précieux : ce qu'il a donné aux autres. Ayant tout donné, tout lui est rendu par la Grâce. La Voie du Tout est d'agir sans demander, d'obtenir sans lutter, de s'enrichir en donnant. Telle est la voie de l'harmonie, de l'Unité, du Tout.

 

 

 

 

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